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Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1107 du 22 février 2014/Quatrième page

Quatrième page

Visite d’État aux USA : Hollande et Obama vantent «les aspects positifs» de l’impérialisme

Dès l’arrivée de Hollande à Washington le 10 février dernier, son discours et celui d’Obama ont donné le ton : la France et les États-Unis ne seraient pas des pays comme les autres. Ils seraient spéciaux parce que ces deux «pays des droits de l’Homme» interviennent un peu partout dans le monde «non pas pour leurs intérêts particuliers, mais en définitive dans l’intérêt de toute l’humanité». Pendant trois jours, on a eu droit au sinistre refrain du «rôle civilisateur de l’occident» en version glamour. 
L’hypocrisie des «bons sentiments» a continué lorsque les deux présidents se sont rendus à Monticello, la demeure, nous a-t-on dit, du plus «francophile» des présidents américains, Thomas Jefferson… en oubliant que Monticello était une plantation esclavagiste dans laquelle 163 Noirs trimaient pour le rédacteur de la déclaration d’Indépendance. On comprend pourquoi ce président-là fut aussi le promoteur du blocus contre Haïti dont il craignait que l’exemple n’inspire les Noirs du continent. On comprend aussi pourquoi il fut un fervent admirateur de Bonaparte, et pourquoi il refusa toute reconnaissance diplomatique à la première république noire à partir de 1804. Et ça ne s’est pas arrêté là.
 Rien qu’au cours des 60 dernières années, «l’amitié franco-américaine», ce sont les 100 000 morts de la première Guerre du Golfe, les 20 000 morts d’Afghanistan, le million de mort de la Guerre d’Indochine et les autres 3 millions de morts du Vietnam, lorsque l’allié américain remplaça l’ancienne puissance coloniale française. Ce sont des dizaines de pays ravagés. C’est la sale guerre menée par la France en Algérie et la façon dont les techniques de terreur qui y furent mises au point ont été par la suite enseignées aux «barbouzes» américains : ce n’est pas un hasard si les «simulations de noyade» décrites par le militant communiste algérien Henri Aleg ont été abondamment pratiquées récemment à Guantanamo. La gégène électrique aussi est un des fruits de cette longue alliance entre la France et l’Amérique : apportée en Asie par l’armée américaine à la fin de la 2 guerre mondiale, les français ont appris à s’en servir pendant la guerre d’Indochine, avant de dépasser leurs maîtres en Algérie et d’aller former les dictatures alliées des USA en Argentine et au Chili… L’alliance entre les bourgeoisies française et américaine est effectivement ancienne, et elle s’est toujours faite pour leurs seuls intérêts égoïstes. Nos alliés à nous, ce sont les travailleurs américains, et en particulier la classe ouvrière noire, qui nous aideront un jour à renverser les impérialistes de toutes nationalités.
                                                                          

Centrafrique : une intervention coloniale qui n’a rien d’humanitaire

Depuis le 5 décembre, 1600 soldats français sont déployés en Centrafrique.  Les autorités  prétendent que les troupes n’interviennent que pour protéger la population africaine et éviter un génocide.  Ils prétendent que cette intervention est totalement désintéressée et ne vise que des buts humanitaires.
C’est  vrai que le risque de guerre interethnique et religieuse existe. Cette situation est en grande partie due aux agissements de l’État français dans la région. L’État français est entièrement responsable  de la situation actuelle de la Centrafrique et des massacres qui en découlent. C’est la France qui a mis en place  à partie de  1960 (date de l’indépendance de la Centrafrique) une bombe à retardement en organisant la Centrafrique.  Cette  ancienne colonie  française enclavée au centre du continent, n’a aucun débouché  maritime. Elle renferme en son sein plus de 80 ethnies sans relations sociales et économiques entre elles. Ce pays n’est pas viable. C’est un des pays les plus pauvres d’Afrique. Bangui, la capitale,  regroupe toute l’activité économique du pays. Ailleurs  c’est  l’économie de subsistance qui prévaut. Les mines d’aluminium, d’uranium sont aux mains de sociétés étrangères.  Leur exploitation ne bénéficie qu’aux capitalistes étrangers qui arrosent le  dictateur en place et sa clique. Le commerce des diamants est  aux  mains de quelques commerçants musulmans.  La population, elle,  vit misérablement. Le revenu par habitant n’est que de 350 euros par an.
A la tête de cette construction artificielle qu’est la Centrafrique, se sont succédé des dictateurs, avec l’appui de la France et de son armée.  Parmi eux, le sanguinaire Jean Bedel Bokassa,  qui s’était  autoproclamé maréchal puis empereur de la Centrafrique. L’avant dernier, Bozizé,  a été renversé en mars 2013. C’était une intervention de l’armée française qui l’avait installé au pouvoir en 2003. Si en mars 2013 il a été lâché par la France c’est qu’il ne donnait  plus les garanties demandées pour protéger ses intérêts dans cette région.  Alors la France a laissé son allié Tchadien installer au pouvoir un nouveau dictateur : Djotodia, appuyé par les rebelles Séléka à majorité musulmane. Les ex-Rebelles de la Séléka ont été baptisés «armée de la  Centrafrique».  Au pouvoir,  ils s’en sont pris à la population chrétienne (80% de la population totale). Cette dernière s’est  défendue en rejoignant les milices anti-balaka (anti-machette)  qu’avait mises en place Bozizé. Milices qui avaient pour but lors de leur constitution d’assassiner des  musulmans.  La situation glissait vers une guerre civile entre musulmans et chrétiens. Une telle situation rendait impossible l’exploitation  des richesses de la Centrafrique et des pays de la région : Mali, Tchad, Cameroun  et Niger par les grandes sociétés.
Donc  la France se devait d’intervenir pour préserver les intérêts de ses capitalistes.  Elle s’en ira quand elle aura installé un nouveau dictateur capable tenir la population dans sa misère et rendre possible la poursuite de l’exploitation de la région. Le rôle de sauveur que la France donne à son action a pour but de faire accepter par son opinion publique cette nouvelle intervention coloniale.

Martinique : L’État se moque de notre santé

Le mardi 11 février, une partie du personnel de l’hôpital de Trinité soutenu par le syndicat UGTM a exercé un droit d’alerte. Il s’est mobilisé, pour protester contre des dysfonctionnements au sein de l’établissement, mais aussi sur des problèmes de sécurité.
Depuis des années, le personnel est confronté quotidiennement à des surcharges de travail, à un manque d’effectif, entraînant une dégradation de ses conditions de travail.
Ce qui a entraîné la mobilisation, c’est que le lundi 3 février, à la suite d’une coupure électrique d’EDF touchant le Nord-Atlantique, l’hôpital s’est retrouvé sans alimentation électrique de secours. Le groupe électrogène de secours n’a pas démarré, et le second groupe devant prendre le relais n’avait pas été financé. Résultat : l’activité dans l’hôpital s’est arrêtée.
Depuis deux ans, les représentants du personnel au sein du CTE (Comité Technique d’Établissement) et au CHSCT (Comité d'Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail) ont alerté leur direction sur ces dysfonctionnements qui ont des conséquences inadmissibles pour le personnel et les patients.
Les vraies raisons de cette situation sont que les autorités locales, mais aussi l’État, le véritable responsable, ne font rien pour subvenir aux besoins en termes de Santé et de soins de la population. Ils refusent d’embaucher du personnel soignant et technique sous prétexte de crise économique. Ainsi, le budget de fonctionnement des hôpitaux a considérablement diminué. Les gouvernements successifs, au lieu d’assurer un véritable service public, permettant à la population d’être soignée dans de bonnes conditions, préfèrent détourner l’argent des contribuables pour en faire cadeau aux entreprises capitalistes, afin que ces dernières préservent leurs profits.
Cette situation révoltante finit par susciter un mécontentement de l’ensemble de la population qui subit une dégradation de sa situation sociale et, en plus, se trouve confrontée à des représentants de l’État et des politiciens irresponsables, incapables de lui assurer de véritables soins.

Île de La Réunion : de l'argent pour l'enseignement !

Nous publions ci dessous un article de nos camarades de Lutte Ouvrière
Pendant plus d'une semaine, des lycéens de la Réunion ont manifesté contre les températures excessives dans les salles de cours, qu'ils n'arrivent plus à supporter. Parti du sud de l'île, le mouvement des lycéens s'est propagé surtout dans l'ouest, où les températures sont les plus élevées.
Les lycéens se plaignent de la chaleur insupportable due à l'absence de ventilateurs ou de climatiseurs dans les salles de classe, ou bien à leur dysfonctionnement quand ces appareils existent. À ce problème de manque de matériel s'ajoutent le peu de zones ombragées à l'extérieur des établissements et l'absence de distributeurs d'eau. Ces maux récurrents dans les lycées existent aussi dans les collèges, les écoles primaires et les maternelles.
 S'il est vrai que, ces dernières années, certains établissements dits de haute qualité environnementale ont été construits, ils sont peu nombreux et ne règlent pas le manque d'entretien et le besoin de rénovation des anciens qui, pour certains, datent des années 1970.
 Les Collectivités locales et l'État, qui ont la charge de la réalisation et de l'entretien des établissements scolaires, n'y ont pas accordé les priorités nécessaires. Ils ont laissé les choses se dégrader peu à peu, aux dépens du confort et de la santé des élèves et des étudiants.
Un responsable de la Région a estimé que le coût de l'équipement en climatiseurs pour tous les établissements de l'île (entretien compris) s'élèverait à un peu moins de 30 millions d'euros. Trop onéreux, a-t-il osé dire, donc pas faisable. Dans le même temps, l'ordre des experts comptables de La Réunion a estimé que le crédit d'impôt compétitivité emploi du gouvernement va permettre aux patrons de l'île d'empocher 96 millions d'euros en 2013 et 144 millions d'euros en 2014.
 De l'argent, il y en a pour améliorer les conditions de travail des jeunes scolarisés, à condition qu'il n'aille pas se perdre dans les poches sans fond du patronat.
Émile GRONDIN
 
Île de La Réunion : recul du rectorat
Parmi les revendications des lycéens réunionnais mobilisés, figurait la révision du calendrier scolaire. Ils demandaient un allongement de la durée des vacances de l'été austral (au moment de l'hiver en France) ou un décalage de celles-ci, pour une rentrée plus tardive.
Le Recteur de La Réunion, qui affirmait au début du mouvement qu'il était impossible de modifier ce calendrier décidé pour trois ans, jusqu'en 2017, a finalement cédé et accepté de repousser la rentrée à la fin du mois de janvier, et ce dès l'an prochain.
Ce recul du rectorat sur le calendrier scolaire ne réglera pas à lui seul le problème de la chaleur dans les salles de classe, mais il n'a été possible que grâce à la mobilisation des élèves.

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