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Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1107 du 22 février 2014/Deuxième page

Deuxième page

Martinique : Ghislaine Joachim Arnaud conduit la liste "Combat Ouvrier-Faire entendre le camp des travailleurs" à Fort-de-France.

Zoom  Extraits de sa déclaration à la conférence de presse. (suite de la page 1)
Les élections municipales n’ont pas le pouvoir de changer le rapport de force, mais elles permettront à une fraction au moins du monde du travail d’affirmer qu’elle ne croit  plus les bonimenteurs qui lui serinent que la seule voie du changement, c’est de bien voter...                                                                                                                                 ...Pour réduire le chômage de masse, il faut des embauches de masse. Et pour cela,  il n'y a pas d'autre mesure que de répartir le travail entre tous sans diminution de salaire !...
...Autre mesure qu'il faut imposer : l'interdiction des licenciements. Il faut rendre les licenciements illégaux ! Tout comme il est illégal en France d'expulser une personne d'un logement en hiver et pendant la saison cyclonique ici !                                                      

Notre programme est un programme de lutte !                                                                ...Il faut imposer une véritable échelle mobile des salaires. Il faut que les salaires augmentent en même temps que le coût de la vie ! Les salaires, mais aussi les allocations et les pensions car il est inhumain de faire vivre des personnes âgées avec 500 euros de retraite mensuelle...                                                                                               ...La situation des  travailleurs, et des classes populaires  se dégrade. La pauvreté augmente énormément, non seulement parmi les chômeurs, mais parmi les travailleurs en activité, les salariés à temps partiel ou avec des contrats précaires. Combien de dizaines de jeunes errent désœuvrés dans les quartiers populaires, dans les cités ?
En revanche, les profits des grosses sociétés ne cessent de croître. Et le gouvernement multiplie les cadeaux aux capitalistes, au grand patronat. Le dernier en date c'est ce "pacte de responsabilité" qu'il propose aux patrons, avec, comme première mesure, la suppression du paiement par les patrons de ce qu'ils versent pour la caisse d'allocations familiales. Déjà ils ont eu 20 milliards de crédit d'impôt. Et malgré cela le patronat refuse de s'engager sur une quelconque contrepartie. On le sait depuis des dizaines d'années : toutes les exonérations dont bénéficient les patrons ne les ont pas fait embaucher pour autant ! Mais le Medef réclame encore plus : les 35 milliards d'allègements  d'allocations familiales ne sont pas suffisants !...
...Voilà pourquoi nous sommes candidats : pour dénoncer ce système d'injustices organisées !
...Mettre un coup d’arrêt à la politique anti-ouvrière au service des possédants et des riches, menée par le gouvernement Hollande, c’est une question vitale. Il faut que les travailleurs mènent cette lutte sur leurs propres revendications de classe...
...Et je suis la seule femme candidate à Fort-de-France !
...en tant que femme je m'adresse aussi à mes sœurs femmes pour leur dire qu'elles ne doivent pas accepter sans rien dire leur double exploitation ! Car, femmes, vous êtes exploitées non seulement en tant que travailleuses ou en tant que chômeuses, mais aussi en tant que femme. Car les femmes vivent une discrimination sexiste ! Il y a quelques jours en Martinique même, un homme a jeté de l'essence sur une femme et l'a enflammée car il n'acceptait pas la rupture. Chaque jour dans toute la France une femme meurt sous les coups de son mari ou de son conjoint. Les femmes sont quotidiennement victimes de sévices graves ou de viols. Et dans le travail, à travail égal, elles sont moins bien payées que les hommes...
...Les femmes ont intérêt à se battre pour que ça change ! Cela aussi fait partie de mon programme de lutte !...

...COMBAT OUVRIER  se  revendique  clairement  de  la  classe ouvrière  et  du  communisme.  Cela  signifie  qu’on  milite pour que les travailleurs prennent conscience de leurs intérêts collectifs, de leurs intérêts de classe et se donnent les moyens de les défendre.
Dans cette campagne, nous voulons aussi relever le drapeau de la classe ouvrière, pour mieux préparer les luttes de demain !...  
La campagne de Ghislaine Joachim-Arnaud commence donc ! Menée à partir de Fort-de-France, elle devra se faire entendre de tous les travailleurs de l'île. Tous peuvent nous apporter leur soutien, tous peuvent faire en sorte que leurs frères et sœurs foyalais fassent entendre leur voix en votant le 23 mars pour la liste «COMBAT OUVRIER – FAIRE ENTENDRE LE CAMP DES TRAVAILLEURS».
 

Ile de La réunion. SIB : les patrons s’attaquent aux travailleurs

Ile de La réunion. SIB : les patrons s’attaquent aux travailleurs
Nous publions ci dessous une brève de l'Union Régionale Est de la CGT R
Lors de la dernière réunion de négociations, les représentants de la direction parisienne du groupe Colgate Palmolive ont déclaré qu’ils maintenaient leur décision de fermer la SIB et de licencier ses trente trois salariés ajoutant, avec cynisme, qu’ainsi ils augmenteraient annuellement leurs profits de 2 millions d’euros.
Face à ce coup de force patronal et comme il l’avait annoncé, le délégué CGTR de la SIB a décidé de planter sa tente et d’entamer une grève de la faim dans l’enceinte de l’entreprise, accompagné d’un camarade de travail.
Lundi 17 février après-midi, des vigiles intervenaient pour évacuer les deux grévistes de la faim, mais finissaient par y renoncer face à leur détermination
Non contents de licencier tout le personnel d’une entreprise bénéficiaire, les patrons de Colgate Palmolive n’hésitent pas en plus à employer la manière forte pour tenter de faire taire les victimes de sa politique. S’estiment-ils à ce point intouchables qu’ils se permettent encore d’utiliser des vigiles pour casser une grève ? Un procédé formellement interdit par le code du Travail.
Non à la fermeture de la SIB, non aux licenciements ! Soutien aux grévistes ! Que la SIB rembourse les millions d’aide publique qu’elle a reçus de l’Etat et des collectivités, pour continuer à assurer les salaires des ouvriers de l’entreprise 
Union régionale Est CGT R

Il y a 40 ans En Martinique, la tuerie de Chalvet.

Le mois de février en Martinique et en Guadeloupe est marqué par de sinistres commémorations : tuerie du 14 février 1952 au Moule en Guadeloupe, tuerie du 14 février 1974 à Chalvet, en Martinique, assassinat de Jacques Bino à Pointe-à-Pitre dans la nuit du 17 au 18 février 2009. Que les responsables de ces massacres aient été ou non clairement identifiés, ces événements dramatiques ont un point commun : ils ont permis indirectement de mettre un terme à des mouvements de révolte des travailleurs qui menaçaient  la domination du patronat et le pouvoir colonial.
 
Chalvet, commune de Basse Pointe, 14 février 1974
Dans le contexte de la grève des ouvriers agricoles commencée le 17 janvier, un groupe de travailleurs de l’Habitation Fonds Brûlé, au Lorrain, s’apprêtent à rejoindre leurs camarades dans la commune de Basse Pointe. Ils sont pris en chasse par une dizaine de camions de gendarmes. Un affrontement a lieu sur le site de Chalvet : les forces de répression tirent, faisant plusieurs blessés : Omer Cyrille, Guy Crétinoir, Rasroc, François Rosaz, et un mort : Renord Ilmany, un ouvrier de 55 ans, père de famille nombreuse.
Deux jours plus tard, quelques heures avant l’enterrement d’Ilmany, un corps est retrouvé à l’embouchure de la rivière Capot, commune du Lorrain. Il s’agit de Georges Marie-Louise, un ouvrier du bâtiment de 19 ans. L’état lamentable de son corps indique qu’il a été tabassé. Selon des témoignages, il faisait partie d’un groupe de jeunes qui avait affronté les policiers. Le coupable du meurtre ne sera jamais identifié.
L’enterrement d’Ilmany, le 16 février, ne sera pas qu’une journée de tristesse et de deuil. De la foule révoltée qui suit le convoi funéraire jaillissent des cris de vengeance : «Orsetti, assassin» (le préfet de l’époque),  «Ilmany, nous te vengerons», et des slogans politiques «A bas la répression coloniale, songé l’Algérie, sonjé l’Indochine, Matinik lévé».
 
La grève générale de janvier-février 1974
Depuis la fin 73, les conflits se multipliaient en Martinique, avec comme revendication principale la hausse des salaires. En février, les travailleurs de France Antilles en sont à leur deuxième mois de grève contre leur patron, le capitaliste Hersant. Les travailleurs du bâtiment sont en grève depuis 3 semaines, et ceux de la SPEDEM (énergie) décident d’entrer en grève le 7 février. La ville de Fort-de-France est paralysée et le mouvement s’étend à d’autres communes : Rivière Pilote, Lamentin, Robert, Gros Morne. Il touche l’ensemble des travailleurs : les employés du public et du privé ainsi que les ouvriers agricoles, ceux du bâtiment. Les ouvriers agricoles réclament la suppression du SMAG (Salaire Minimum Agricole Garanti), inférieur au SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti) qui est lui-même à cette époque inférieur à celui appliqué en France. Les élèves des CET (collèges d’enseignement technique), des enfants d’ouvriers, se mettent eux aussi en grève suite à une augmentation des prix de la cantine, et rejoignent leurs parents travailleurs dans les manifestations. Les grévistes ne se contentent pas de défiler : ils sont actifs, débauchent des chantiers, contraignent les magasins de la ville restés ouverts à baisser leurs rideaux, affrontent la répression en ripostant à coups de pierres aux tirs de gaz lacrymogène.
Les 12 et 13 février, point culminant de la grève, environ 5 000 travailleurs bloquent la ville de Fort-de-France. La grève est reconduite en assemblée générale. Le mouvement est clairement issu et conduit par la base des travailleurs en colère. Les directions syndicales se montrent plus timorées, tirant le mouvement en arrière, craignant d’être débordées. Cependant, devant la force de la colère de leur base,  la CGTM, la CGT-FO et la CFTC ont lancé le mot d’ordre le grève générale illimitée à partir du 11 février. Les PCM et le PPM dénoncent dans leur presse «les agitateurs gauchistes», alors que de jeunes militants appellent les travailleurs à diriger eux-mêmes leur mouvement en se constituant en comités de grève.
 
Les causes de la révolte
C’est bien sûr la situation sociale dramatique, devenue intenable, qui a enclenché l’explosion de rage des travailleurs. En 1974, les usines à sucre ont fermé et les travailleurs les plus âgés se sont retrouvés au chômage. Les  plus jeunes trouvaient encore de l’embauche dans le bâtiment ou les nouvelles plantations de banane, mais c’était pour des salaires de misère et en plus des conditions de travail pénibles, ils devaient affronter l’arrogance grandissante du patronat. Ce dernier, appuyé par les pouvoirs publics et les forces de répression, était décidé à serrer la vis dans le contexte de crise. La crise pétrolière orchestrée par les grandes compagnies, le passage au Nouveau Franc, l’inflation avaient engendré une hausse du coût de la vie insupportable : les transports, les produits alimentaires de base, tout augmentait alors que les salaires restaient au niveau le plus bas. Pour maintenir les travailleurs dans la soumission, la répression devenait plus dure, avec l’appui du pouvoir colonial, représenté par le préfet Orsetti, et du Conseil Général présidé par Emile Maurice et sa majorité de droite. C’était sans compter avec la réactivité d’une classe ouvrière digne et combative, décidée à arracher de meilleures conditions de vie.
 
La fin de la grève
L’ampleur et la force de la mobilisation ouvrière a fait peur au patronat. La SICABAM, organisation des planteurs Békés, demanda à la préfecture de mettre fin de manière radicale à ce mouvement qui aurait pu aller beaucoup plus loin que des revendications de hausses de salaire. L’attentat de Chalvet fut décidé froidement, dans les salons de la préfecture, pour casser le mouvement ouvrier. Après l’enterrement d’Ilmany puis celui de Marie Louise, les mobilisations se poursuivirent dans certains secteurs, mais avaient perdu de leur force. Les patrons de la banane furent contraints d’augmenter les salaires, qui passèrent de 35,46F à  39,50F pour une journée de 8 heures. Ceux de l’énergie obtinrent également satisfaction sur plusieurs revendications.
Ces événements méritent d’être gardés en mémoire car ils font partie de l’histoire du mouvement ouvrier, qui est celle de la lutte de classe ici comme partout dans le monde. Le patronat n’a ni origine géographique ni race. C’est une classe prête au pire pour conserver son pouvoir. C’est un adversaire organisé, épaulé par une administration et des forces de répression aux ordres. Les travailleurs ont su le combattre avec courage, mais le plus souvent sans l’organisation nécessaire pour aller jusqu’au bout de leur lutte. Ce parti ouvrier reste à construire pour que les luttes à venir aient les meilleures chances d’être victorieuses.
 

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