Site

Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1106 du 08 février 2014/Quatrième page

Quatrième page

ÉTATS-UNIS : Obama fait semblant de s’intéresser aux pauvres

Le 28 janvier, dans son «discours sur l’État de l’Union» devant le Congrès, le président américain Obama a affirmé qu’il fallait une augmentation générale des salaires et qu’en tant que chef de l’État, il montrerait l’exemple en augmentant les fonctionnaires. Il a terminé, s’adressant aux grands patrons par ces mots: «Augmentez l’Amérique !»
Détail amusant, les journalistes et autres experts français qui nous serinent depuis des années que  c’est la crise, que la seule politique possible est de prendre dans les poches des travailleurs et des pauvres pour renflouer les riches capitalistes, tous ces gens ont failli en avaler leur cravate. Dans tous les médias, ils ont passé plus de temps à nous expliquer qu’il ne fallait pas prendre ce discours au pied de la lettre qu’à expliquer pourquoi le président américain s’est senti obligé de dire ça.
Depuis 30 ans, les salaires réels des travailleurs n’ont jamais cessé de stagner ou de baisser aux USA. Le salaire minimum fédéral – 7,5 dollars (moins de 5,6 euros) de l’heure – est de 30 % inférieur à ce qu’il était en 1968. Pourtant les États-Unis n’ont jamais été aussi riches. Simplement, les 1 % les plus riches de la population ont doublé leur part du gâteau national (un cinquième à eux seuls), tandis que plus de la moitié des travailleurs salariés doit aujourd’hui vivre avec moins de 20 000 dollars (14 800 euros) par an, soit moins de 1700 euros par mois. Beaucoup de travailleurs au salaire minimum sont obligés, quand ils le peuvent, de cumuler plusieurs emplois. Et depuis 2008, leurs conditions de vie ou de travail ont encore empiré.
C’est la raison pour laquelle depuis un an, des luttes pour l’augmentation des bas salaires – comme chez McDo ou les supermarchés Wal Mart qui ont popularisé la revendication d’un salaire minimum à 15$ (dollars) – ont bénéficié d’une audience et d’une sympathie importante dans le pays. C’est aussi pourquoi la colère contre l’administration Obama n’a cessé de s’accumuler. Ses 5 ans de présidence ont été parmi les pires pour les travailleurs et, loin de donner l’exemple avec «ses» salariés, l’État fédéral lui-même a fait exploser le recours au travail précaire sous payé : plus de deux millions de personnes. C’est aussi pourquoi, d’après un sondage, 70 % des américains pensent qu’il faut que le gouvernement fasse quelque chose pour réduire les inégalités  (ils sont même 61 % parmi les électeurs républicains).
Rien d’étonnant à ce que pour sauver un peu leur image, les politiciens américains de tout bord se sentent aujourd’hui obligés de parler d’augmentations… Quant à ce qu’ils «feront», on le sait déjà ! La réforme de la santé d’Obama (que les Républicains ont qualifiée de «socialiste») a en réalité permis aux compagnies d’assurance privées de s’engraisser de façon indécente sur le dos des familles les plus pauvres. Il y a fort à parier que ses promesses d’augmentation suivront un chemin similaire !

                                                                                    

Il y a 80 ans en France, février 1934 : les ligues fascistes puis le réveil ouvrier

LE 6 FÉVRIER 1934
Hitler fut nommé chancelier en Allemagne en janvier 1933. La crise économique mondiale de 1929 débouchait sur un profond recul, notamment en Allemagne : l'arrivée du nazisme au pouvoir. C'était une grave défaite pour le puissant mouvement ouvrier allemand écrasé par les nazis.
Cet exemple a enhardi l'extrême-droite en France.
Le 6 février 1934 les ligues fascistes, les associations d'anciens combattants nationalistes, etc. appelèrent à manifester place de la Concorde contre la révocation par le gouvernement du Préfet de Police Chiappe. Les organisateurs jouaient sur le discrédit des milieux parlementaires et financiers causé par le scandale Stavisky, le prétendu suicide d'un escroc protégé en haut lieu. Les défilés ont eu lieu aux cris de : «Vive Chiappe» «A bas les voleurs».
Les manifestants, encadrés par des militants armés de matraques, rasoirs et d’armes à feu, essayèrent de prendre d’assaut l'Assemblée Nationale. Ils furent repoussés par la police.
Les combats, violents, se poursuivirent jusque tard le soir. Ils firent une quinzaine de morts, pour la plupart du côté des manifestants. La police resta finalement maître du terrain.
En réalité les organisations fascistes, Croix de Feu, Camelots du Roi, Jeunesse Patriote, étaient divisées et sans leaders capables d’entraîner la masse. Elles avaient des complicités, mais pas l'appui financier de la grande bourgeoisie. La petite bourgeoisie, bien que ruinée par la crise économique n'était pas encore prête, comme elle l'avait été en Allemagne, à porter les fascistes au pouvoir. Ceux-ci  avaient surestimé leurs forces.
L’émeute fasciste ne fut en fait qu’une demi-défaite car elle entraîna la démission du gouvernement de Daladier du parti radical. Le nouveau Premier Ministre, Doumergue, forma un gouvernement «d’Union Nationale», sous les acclamations de l'extrême droite.
 
LA REMONTÉE OUVRIÈRE
Si jusqu’au 6 février le Parti Socialiste et la CGT (réformiste) n’attachaient pas d’importance à l’agitation fasciste, ils réagirent tout de même et décidèrent une manifestation pour le 12 février au Cours de Vincennes, en plus de la grève générale.
Le Parti Communiste, lui, suivait une politique sectaire hostile à l'unité d'action, même antifasciste, entre socialistes et communistes. Le journal du Parti Communiste Français, L'Humanité, avait d'ailleurs appelé  l’Union des Anciens Combattants à manifester le 6, place de la Concorde, en même temps que les fascistes. En dernière minute la CGTU (liée au Parti Communiste) décidera néanmoins de se rallier à la grève du 12  et de participer à la manifestation.
La grève fût une réussite. On compta quatre millions et demi de grévistes.  Au Cours de Vincennes se retrouvèrent cent cinquante mille manifestants et les cortèges socialistes et communistes fusionnèrent spontanément.
Finalement la classe ouvrière avait relevé le gant, et la base du PC et du PS avait  imposé une unité d’action nécessaire et vitale. C'était le début de la remontée ouvrière qui allait déboucher sur les grèves avec occupation en mai-juin 1936.
 
ET AUJOURD'HUI  ?
Aujourd'hui, en 2014, la situation, bien qu'elle ne soit pas tout à fait la même, pourrait mener à un nouveau renforcement de l'extrême-droite.  D'autant plus qu'il y a actuellement une absence de la scène politique de la classe des travailleurs et de ses luttes. S'y ajoute le fait que l'impopularité croissante du gouvernement Hollande, qui se dit de gauche, peut favoriser les attaques politiciennes démagogiques contre  des organisations ouvrières, des syndicats, voire contre toute réaction de défense des couches populaires.
C'est dans ce cadre qu'apparaissent à côté du renforcement électoral du Front National, d'autres indices d'une résurgence d'idées réactionnaires et racistes : antisémitisme de Dieudonné, propos racistes envers C. Taubira, campagnes intégristes contre l'école publique, etc.
Tout cela rend cruciale la propagande, au sein des travailleurs, d'un programme de luttes, luttes qui pourraient donner une vraie perspective à tous les exploités. Cela rend cruciale aussi la formation, l'implantation de militants qui font leurs les idées socialistes et communistes qui étaient celles du mouvement ouvrier à ses débuts. Ce mouvement ouvrier a été depuis longtemps trahi par les partis de gouvernement dits socialistes et communistes, au fil du temps. C'est une des raisons de la démoralisation qui gagne aujourd'hui les rangs des travailleurs. C'est donc fort de cette analyse que les communistes révolutionnaires d'aujourd'hui devront  aider à reconstruire le mouvement ouvrier sur la base des véritables traditions révolutionnaires ouvrières.
 
 
 

Pete Seeger est mort

Chez nous, beaucoup de gens connaissent la chanson «Si j’avais un marteau» de Claude François, mais presque personne ne sait qu’avant que le chanteur français n’en change les paroles, la version originale de cette chanson fut écrite en 1949 par un chanteur populaire américain, Pete Seeger, membre du Parti communiste. Il l’a écrite en défense des militants qui étaient alors poursuivis pour avoir osé parler de révolution aux États-Unis et… elle fut interdite là-bas pendant près de 13 ans !
Pete Seeger fut, comme son ami Woody Guthrie, un chanteur engagé toute sa vie, poursuivi lors de la «chasse aux sorcières» menée par le gouvernement américain contre les militants ouvriers, engagé dans le mouvement des droits civiques aux côtés de Martin Luther King (dont il devint l’ami) et dans le mouvement contre la guerre du Vietnam. Il servit de modèle aux chanteurs protestataires des années 1960.
Pete Seeger aimait dire : «Vous pouvez être le grain de sable qui fera un jour basculer le monde dans le bon sens. N’est-ce pas une raison d’espérer ?». Il est mort à New York à l’âge de 94 ans.
 

HAÏTI : manifestations des élèves en soutien aux enseignants

Lundi 3 février dans plusieurs villes du pays, des lycéens ont manifesté. Au Cap Haïtien, des milliers d’élèves ont bloqué les rues et réclamaient des autorités et du ministère de l’éducation nationale le retour régulier des enseignantes et enseignants dans les salles de cours. Ils soutiennent les professeurs qui se battent depuis le mois d’octobre pour améliorer leurs conditions de travail dans les lycées et écoles publiques
Les enseignants  revendiquent d’une part le paiement des arriérés de salaires des travailleuses et travailleurs du système éducatif en attente depuis plus de 6 mois, une augmentation de salaire mensuel  à 50 000 gourdes  (790 €), d’autre part l’embauche de professeurs. Par ailleurs ils réclament une amélioration des conditions de travail avec  la mise en place de cafétérias dans les écoles publiques et les universités pour les élèves, professeurs et étudiants.
Faute de professeurs, depuis la réouverture officielle des classes, en octobre 2013, des établissements scolaires publics ne fonctionnent pas normalement, au contraire des écoles privées. Les travailleurs qui ne peuvent pas payer les écoles privées ne peuvent pas scolariser leurs enfants. Seuls ceux qui ont de l’argent envoient leurs enfants à l’école.
Martelly avait promis l’école pour tous et gratuite. Un Fonds National pour l’Éducation (FNE) a été créé à partir d’un surplus de tarif sur  les appels téléphoniques entrant dans le pays et contrôlé par la Compagnie Nationale de téléphonie. Ce fonds a recueilli, pour la période allant du 15 juin 2011 au 27 janvier 2014, la somme de 175 millions de dollars américains.
Ce pactole, censé financer l'école obligatoire et gratuite pour les plus défavorisés en Haïti, est bloqué au niveau du Sénat qui ne signe pas les décrets permettant de l'utiliser.
Les enseignants ne lâchent pas et les élèves poursuivent leur soutien.

Bookmark and Share