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Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1106 du 08 février 2014/Troisième page

Troisième page

Martinique : Le personnel de Géant Batelière fait annuler une mise à pied.

Zoom Le samedi 25 janvier, un incident banal s'est produit au Géant Batelière, une cliente avait  dissimulé des courses dans un chariot. Après s’en être pris à la cliente qui a dû payer ses courses, l’employeur Ho Hio Hen s'est retourné contre l’hôtesse de caisse l’accusant d’être complice de la cliente. Il décida de la mettre à pied sur le champ à titre conservatoire.
 Trois jours après, le mardi 28, la direction a convoqué l’hôtesse à un entretien. Les salariés, informés, se sont mobilisés pour soutenir la caissière. La direction, malgré une heure de débrayage, resta campée sur ses positions.  C’est alors qu’une grosse délégation, composée des représentants du personnel accompagnés de salariés, se rendit  à la direction pour y remettre à l’employeur une plate forme revendicative et exigea l'annulation de la mise à pied de l’hôtesse de caisse.
N’ayant toujours pas de résultat le mercredi 29, les salariés reprirent leur mobilisation en décidant de faire encore une heure de débrayage avec en plus, un blocage de l’activité de l’hypermarché. C’est à ce moment là qu’ils ont eu raison de l’arrogance de Ho Hio Hen, récemment consacré «grande fortune de France». Leur détermination a permis d'obtenir la levée de la mise à pied de l’hôtesse de caisse. Pour les autres points de la plate forme, l’engagement est pris qu’ils seront discutés dans les jours qui viennent.

La grève générale de Février 2009... 5 ans après

Cela fait déjà cinq ans que la Martinique et la Guadeloupe ont connu une grève générale d'une ampleur non égalée depuis des décennies : celle de février à mars 2009.
Démarrée  le 20 janvier en Guadeloupe et le 5 février en Martinique, ce mouvement  a mobilisé plusieurs dizaines de milliers de personnes dans les rues de Fort-de-France et de Pointe-à-Pitre. Avec les travailleurs des entreprises, leurs syndicats, il y eut aussi des pauvres, des chômeurs, beaucoup de femmes, les groupes et associations de quartiers, surtout en Guadeloupe autour du LKP (Lyannaj Kont pwofitasyon - unité contre la surexploitation). Les principales revendications qu’exigeait la population étaient l’augmentation des salaires, retraites et pensions de 354 euros net par mois en Martinique, 200 euros en Guadeloupe  et la baisse des prix des produits de première nécessité. Le mouvement était dirigé par le K5F (Collectif du 5 février, réunissant des représentants de syndicats et d’associations) en Martinique et le LKP  en Guadeloupe qui avait regroupé plus de 40 syndicats et organisations dont des partis politiques du mouvement ouvrier.
Durant toute cette mobilisation, les exploiteurs, les capitalistes de tout poil et de toutes les couleurs que la population avait qualifiés de «pwofitê vôlê», se sont faits plutôt discrets et n’osaient guère mettre le nez dehors. En Martinique, ils ont tenté de le faire une seule fois, le vendredi 6 mars, avec un défilé de 4x4 et d'engins agricoles descendant sur Fort-de-France pour protester contre la gêne occasionnée par les barrages érigés par les manifestants à l’entrée des zones commerciales. Ce défilé était composé en grande partie de patrons békés. Mais très rapidement, des jeunes, travailleurs, chômeurs ou pauvres des quartiers populaires de Fort-de-France se sont portés à leur rencontre sur la rocade en exprimant leur colère. Pris de panique, les 4x4 ont rebroussé chemin en catimini.
A l’issue de ce mouvement, les salariés ayant des revenus inférieurs à 1,4 fois le SMIC, soit environ  1900€ brut par mois, ont pu obtenir une augmentation de 200 euros net par mois. Les prix de certains articles de première nécessité furent bloqués : les fameux prix  « BC BA » (Baissez Bas) en Martinique.
Ce mouvement fut une expérience enrichissante  pour les militants et tous ceux qui combattent les injustices et l’exploitation capitaliste.
On se rend compte aujourd'hui que certains prix ont baissé, notamment ceux de la téléphonie et des forfaits internet-télé-téléphone.  Mais il n'empêche qu'une fois la mobilisation retombée, le patronat, les «pwofitê» donc, ont cherché à se venger en faisant grimper des prix, tout en organisant pendant des mois, la pénurie sur les «prix BC BA». À tel point que bon nombre de gens disaient que la situation était devenue encore plus difficile pour eux.
Cependant, la leçon que les travailleurs et les exploités doivent tirer de cette grande mobilisation, c’est que pour une fois, pendant quelques jours, la peur a changé de camp car les travailleurs et la population ont montré leur force, dans la rue. Ce sont les patrons qui craignaient les exploités mobilisés et en colère. C’est important. 
Bien sûr, l’exploitation, la pwofitasyon continuent. Après la grève de 2009, les capitalistes, les patrons qu’ils soient noirs ou blancs, ont continué à pressurer les salariés et l’ensemble des masses populaires : hausse des prix, licenciements, fermetures d’entreprises… Et ils prennent prétexte de la crise pour continuer y compris en revenant sur les acquis de 2009, les 200 euros et l'accord Bino en Guadeloupe. Mais ils le feront encore plus si les travailleurs et l’ensemble des masses populaires ne se mobilisent pas pour préparer un nouveau 2009, mais bien plus fort, plus organisé, plus déterminé.
L’histoire du mouvement ouvrier a montré que pour obtenir les congés payés, la semaine de quarante heures ou les conventions collectives, il a fallu des mois de luttes acharnées et sans merci contre un patronat vorace et méprisant. Aujourd’hui, les capitalistes sont encore plus voraces. Pour se faire respecter et sauvegarder leurs emplois et leur vie, les travailleurs n’ont comme solution que de se préparer pour mener la lutte à un niveau encore plus haut.

Guadeloupe : filière canne-sucre-rhum : les négociations annuelles obligatoires (nao)

Les NAO 2014 ont débuté depuis le mois de décembre 2013 entre les représentants syndicaux CGTG, UGTG de la filière et Pascal Aboso, médiateur des usiniers. Les syndicats ont présenté pour l’ouverture de la campagne une plateforme de revendications en 18 points.
Les patrons font des propositions à minima. Ainsi, le mardi 28 janvier, la 6 rencontre a tourné court. Et ce n’est que le vendredi 31 décembre 2013 que les négociations sérieuses ont effectivement commencé.
Ces discussions bloquent sur :
1)L’application de la clause de convertibilité de l’article 5 de l’accord Bino
2)L’information sur le projet en cours pour l’avenir de l’industrie sucrière de Marie Galante et du développement de l’emploi direct et indirect
3)L’information sur le devenir de la filière Canne-Sucre-Rhum.
S’agissant des planteurs, ils exigeaient,
 - Le paiement de toutes les indemnisations agricoles de 2013 avant le 31 janvier 2014.
 - La revalorisation du prix de la tonne de canne de 4€ sur la part de l’État (une enveloppe arrive chaque année, dans le cadre du plan quinquennal, de l’ordre de 20 000 000 € pour un quota de 800 000 tonnes de cannes broyées. Mais comme les 800 000 tonnes ne sont jamais atteintes, il reste généralement un reliquat de fin de campagne autour de 8 000 000 € à partager avec les planteurs.)
- la révision d’un élément de calcul du coefficient modérateur de la richesse saccharine. Le Coefficient actuel remonte à 1981. Et ils se disent prêts à aller jusqu’à l’action judiciaire pour sa révision.
En fait, chaque année c’est le même scénario. Les patrons de la filière crient misère et font durer les négociations. Aux représentants des ouvriers de rester vigilants. Aucune date de reprise ne semble avoir été fixée. A l’heure où nous écrivons, c’est le statu quo.

Saint-Domingue : Les criminels en action contre les Haïtiens

Depuis quelques mois, une vague de violence raciste et xénophobe a déferlé sur la République Dominicaine, incitée par le gouvernement dominicain, en ciblant les travailleurs immigrés haïtiens.
 Il ne se passe pas de jours sans que la presse ne rapporte un fait divers odieux où il est question de massacre de travailleurs haïtiens par la police mais aussi par la population. 
Il y a hélas une bien triste tradition de ces pogroms anti-Haïtiens à Saint-Domingue. Mais les événements de ces derniers mois sont liés à la crise économique qui sévit dans le monde et ce sont les Haïtiens qui servent de bouc émissaire à la détresse de la population pauvre.
 
Haïti fait frontière avec Saint-Domingue et les travailleurs haïtiens ont toujours servi de main d’œuvre dans ce pays voisin dont le niveau de vie un peu plus élevé attirait les chômeurs. Cette main d’œuvre bon marché était très prisée par la bourgeoisie dominicaine qui l’achetait à prix d’or au gouvernement haïtien. Ces travailleurs, traités comme du bétail, ont construit le pays, employés dans des travaux éreintants pour quelques dollars par jour. L’industrie sucrière qui fut durant des décennies le pilier de l’économie dominicaine, a été construite grâce au travail  des travailleurs haïtiens. Ils ont fait la fortune des grands propriétaires terriens, les barons du sucre, de la banane et du café, tout en restant dans la pire misère.  
Avec la crise actuelle, une fraction plus importante de la population de Saint-Domingue tombe dans la précarité, et la colère d'un certain nombre est encore une fois déviée vers les travailleurs les plus pauvres, les plus démunis, les plus noirs ! Les travailleurs  haïtiens.
Pour se dédouaner, la bourgeoisie dominicaine trouve à son service des politiciens nationalistes réactionnaires qui font appel aux propos racistes, aux rafles arbitraires, aux expulsions sans le moindre souci de légalité. Il y a une couche de la population (environ 1 million de travailleurs d’origine haïtienne) qui a grandi sans droit légal, maintenue dans la l’ignorance forcée et la pauvreté, et périodiquement soumise à la terreur parrainée par l’État.
 
Cette vague de terreur actuelle s’est accentuée quand la cour suprême de la République Dominicaine décréta que toute personne descendant de parents haïtiens, à partir de 1929, serait déchue de sa nationalité. Cette dernière infamie  fut le déclencheur pour le redémarrage des pogroms anti-Haïtiens. Les meutes de lyncheurs sont lâchées, et il ne se passe pas de jour ou des Haïtiens ne soient  assassinés à coups de machettes, par armes à feu, ou brulés vifs ! Les miliciens brulent les maisons, la police déporte à tour de bras.
Au milieu de cette orgie de meurtres et d’incendies xénophobes, il ne faut pas oublier que les bandes, ou même l’individu isolé, ont été mis en mouvement par les dirigeants au service de la bourgeoisie, qui par leurs appels xénophobes et racistes attisent les lyncheurs dans la rue. Les plus grands criminels sont bien ces dirigeants !

Martinique :chantiers en lutte

arcélor-Mittal  envisage des licenciements
Depuis quelques mois, et à chaque passage en Martinique à la Pointe des Grives d’un membre la direction venant de France, celui-ci joue avec nous au chat et à la souris.
A plusieurs reprises, il nous a rabâché que nos activités ont diminué, donc il faudra envisager une diminution des effectifs.
Bref, la direction veut licencier une partie d’entre nous pour mieux préserver ses profits.
 
par contre, ce qu’elle ne nous cache
C’est qu’au premier semestre 2013, Arcélor-Mittal a fait 1,7 milliard d’euros de profits. Soit une augmentation de 19 %. Et que sa production et expédition d’acier ont pratiquement doublé. Déjà ses profits avaient pratiquement doublé en 2011, par rapport à l’année précédente.
Mais en plus, elle garde le silence pour ne pas nous informer sur les dividendes partagés entre les actionnaires sur notre dos.
 
alors, pas question pour nous d’en faire les frais
Nous constatons que la crise n’est pas pour tout le monde, surtout quand on fait partie des exploiteurs et des profiteurs.
Alors, pour ce qui nous concerne notre meilleure garantie est de n’accepter aucun licenciement. Mais comment ?
Seulement par la mobilisation. En créant un rapport de force suffisant en solidarité avec tous nos camarades travailleurs des sites de Martinique, Guadeloupe et de Guyane.
 

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