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Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1106 du 08 février 2014/Première page

Première page

Éditorial : LES COMPAGNIES PÉTROLIÈRES IMPOSENT LEUR LOI !

Les gérants de stations service ont mis fin à la fermeture de leurs stations le mercredi  5 février au soir, après 7 jours de blocage. Les gérants ont expliqué durant leur mouvement  qu'ils n'acceptaient pas de signer le nouveau décret Lurel impliquant une baisse de leurs bénéfices et qu'ils voulaient obtenir la garantie que les compagnies pétrolières ne  reprendraient pas les stations en gestion directe après  les avoir "virés". Victorin Lurel, ministre de l'Outre-mer et donc l'Etat, nous ont expliqué que ce décret était rédigé pour qu'une entière transparence apparaisse dans le mode de fixation des prix du carburant, que ce décret prévoyait une  "baisse des marges des compagnies pétrolières  et des gérants" et donc une baisse à la pompe pour les consommateurs.
Aujourd'hui, personne ne peut dire s'il y aura une baisse à la pompe. Le consommateur n'est pas aujourd'hui plus avancé qu'avant ! Lurel, qui voulait se donner une image de défenseur de ce dernier, de chevalier blanc (!) partant à l'assaut de Total et des compagnies pétrolières, n’aura pas gagné son coup.
Il y aura semble-t-il une baisse dans les jours prochains. Mais cette baisse ne sera pas due au décret Lurel. C'est une baisse mécanique due à la baise des prix du pétrole dit " Brent" de la mer du Nord, comme d'habitude.
En réalité, ce sont les grosses compagnies pétrolières dont la plus importante aux Antilles, Total, qui ont, de bout en bout mené la danse. Elles ont envoyé les gérants en première ligne contre le gouvernement pour sauvegarder leurs immenses profits- Total c'est plus de 12 milliards de profits en 2012-. Ce sont ces capitalistes, ces " sans visages", comme les nommait dans le temps un  chroniqueur du Parti Communiste Guadeloupéen, qui ont refusé de livrer les rares stations ouvertes en Martinique et en Guyane quand les stations se sont rouvertes, ce sont les compagnies qui ne livraient pas.
Les compagnies pétrolières sont les maîtres du monde et imposent leurs prix et leurs profits gigantesques au monde entier. Aucun gouvernement, jamais en système capitaliste, ne les fera plier au bénéfice des consommateurs. Ce sont elles qui dès 1973 ont créé une pénurie artificielle du carburant pour faire monter les prix  et sonné le début d'une crise économique qui dure jusqu'à  nos jours. Il fallait alors relever par n'importe quel moyen la baisse tendancielle de leur taux de profit. Les "majors" sont rompues aux méthodes de gangster!
On nous dit que les prix du carburant aux Antilles, contrairement à la France, sont administrés par l'État en raison du manque de concurrence entre  compagnies pétrolières aux Antilles. Mais l'État fixe les prix non pas en fonction des difficultés de la population mais en fonction des intérêts des grosses compagnies pétrolières dont Total en particulier. Et même si le décret Lurel  devait aboutir à une transparence totale du mode de fixation des prix des carburants, ce dont nous avons toutes les raisons de douter, il ne ferait pas plus que cela : nous montrer comment les prix sont fixés. Mais si le carburant ne baisse pas notablement à la pompe, il n'y aura rien de changé pour la population. Toute cette histoire n'a été qu'un duel à fleuret moucheté entre petits patrons gérants, milliardaires du pétrole d'une part et l'État français d'autre part.
En 2009 lors de la grève générale contre la "pwofitasyon", des dizaines de milliers de travailleurs et de membres de la population ont défilé pour exiger des baisses de prix et la fin des abus de position dominante des grandes compagnies. Ces manifestations populaires énormes avaient abouti  de suite à une baisse de 50 centimes du prix du carburant en Guadeloupe. Quand le mouvement est retombé, les prix sont ensuite remontés comme auparavant. Aujourd'hui on  voit bien que ce que le mouvement de masse avait obtenu, même l'Etat ne peut l'obtenir. C'est donc bien la preuve que la lutte de masse la plus large et la plus déterminée, elle seule, peut faire baisser les prix. Dont  acte !
 

Martinique : DATEX et SERVICHEF ont dû reculer.

Zoom 104 salariés étaient concernés au départ par la délégation de service public de la restauration scolaire des communes du Sud. Aujourd'hui il ne reste plus que 7 salariés de Datex dont la situation est en suspens. Deux ont décidé de négocier leur départ, deux autres devraient être sous le coup d’une procédure de licenciement économique,  ainsi que les trois représentants du personnel pour lesquels la direction du travail aura à se prononcer. Pour ces salariés, le combat continue donc. Mais, après plusieurs mobilisations du personnel et menaces de grève des salariés de Datex et de Servichef, les patrons des deux entreprises de restauration collective ont dû revoir leur copie. La patronne de Datex a dû accepter de reprendre 14 salariés. Quant au nouveau délégataire, Servichef, il a dû prendre 4 salariés de plus que ce qu’il prévoyait au départ.
Le compte n’y est toujours pas puisqu’au départ les salariés avaient affirmé qu’il ne devrait y avoir aucun licenciement à l’occasion de la passation du nouveau marché. Mais en restant mobilisés, en se rendant en masse aux différentes réunions, en se montrant vigilants sur les documents transmis et sur les fameuses listes de personnels qui devaient être concernés par le marché, ils ont pu diminuer de 23 à 7 le nombre de salariés restant sur le carreau à cause de la rapacité et des magouilles de ces patrons.
Entre Servichef et Datex, les rebondissements ne sont peut être pas terminés, tant le gâteau de la restauration scolaire leur semble appétissant et surtout tant les patrons de ces deux entreprises se montrent voraces.
Les salariés quant à eux, tant ceux de Datex que ceux de Servichef, ont su se faire respecter et ont repris le travail la tête haute.

Guadeloupe : victoire des dockers de pointe-à-pitre

Zoom Après plus d’une année d’attente et de procédures juridiques, 5 dockers de Pointe-à-Pitre ont obtenu la condamnation de leur employeur, le Groupement d’Intérêt Economique (G.I.E.) AREMA. Le conseil de prud’hommes de Pointe-à-Pitre a ordonné la réintégration immédiate de quatre d’entre eux.
Pour ces dockers c’est une première victoire ! Ces quatre dockers, à la suite de 4 autres de leurs camarades, avaient décidé de refuser la précarité de leur contrat de travail. Sur le port, une bonne partie des dockers sont embauchés depuis des années en contrat à durée déterminée, dits d’usage constant. Ces contrats donnent la possibilité à l’employeur de faire travailler les ouvriers sur un contrat à la journée et de les arrêter quand bon lui semble. Les dockers occasionnels sont soumis à l’arbitraire patronal, à la pression constante, à des conditions de travail exécrables. Et celui qui refuse ou se rebiffe est sanctionné immédiatement par un arrêt de travail ou des humiliations constantes. Les dockers occasionnels sont obligés d’effectuer des heures supplémentaires au-delà des limites légales, lorsque l’activité portuaire est intense, et peuvent se retrouver à temps partiel, voire au chômage quand il n’y a pas de bateau à décharger.
Par un accord signé en 2010, le GIE AREMA s’est engagé à titulariser une partie des dockers occasionnels en contrat à durée indéterminée. Cet accord constituait un nouveau moyen de pression sur les dockers. Sur la liste qui comporte une centaine de noms tous n’avaient pas vocation, pour le patron, à être titularisés. C’était de nouveau la carotte et le bâton !
C’est ce qu’ont décidé de refuser 4 dockers. Ils ont, tout comme 4 anciens, qui avaient quitté l’entreprise, décidé de réclamer la requalification de leur contrat à durée déterminée d’usage constant en contrat à durée indéterminée. Le directeur a aussitôt refusé qu’ils embauchent sur le port et les a licenciés.
Les 4 dockers ont pu démontrer, preuve à l’appui, que la décision de les virer était une sanction du directeur prise pour dissuader leurs camarades de travail, dockers occasionnels comme eux-mêmes, de saisir les prud’hommes. C’est ce que le Conseil de Prud’hommes vient de reconnaitre en ordonnant leur réintégration immédiate en contrat à durée indéterminée à temps plein. Ils ont aussi obtenu, tout comme 3 des anciens dockers partis à la retraite, le paiement d’un reliquat de leur salaire à temps plein et de primes diverses prévues par la Convention collective de la Guadeloupe. Le GIE AREMA a aussi été condamné à verser des dommages et intérêts à ces ouvriers.
Pour les 7 dockers qui ont gagné leur affaire devant les prud’hommes de Pointe-à-Pitre, la lutte continue. L’ensemble des dockers occasionnels peuvent obtenir bien plus, par la mobilisation !
 
 
 
                                                   

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