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Documents/Articles de "Lutte de Classe"/Guadeloupe et Martinique /LDC n° 9, mai 1987 Martinique : Quand un Parti « Communiste » gère les affaires de la bourgeoisie de la colonie

LDC n° 9, mai 1987
Martinique : Quand un Parti « Communiste » gère les affaires de la bourgeoisie de la colonie



La Martinique - ainsi d’ailleurs que la Guadeloupe (deux des des Antilles sous domination coloniale Française) - est en train de vivre avec quelques années de retard l’expérience de l’Union de la Gauche.

En effet, depuis 1983, les partis de gauche, le Parti Progressiste Martiniquais - issu il y a trente ans d’une scission du Parti Communiste Martiniquais autour du poète Aimé Césaire - , le Parti Communiste Martiniquais et la Fédération Martiniquaise du Parti Socialiste Français sont rassemblés autour de ce qu’ils appellent un « pacte global d’unité ». Ils dirigent le Conseil régional de Martinique, sorte d’Assemblée locale élue.

Ces organisations de gauche ont fait liste commune à toutes les élections qui se sont déroulées en 1986 : élections régionales et législatives de mars, puis élections sénatoriales de septembre.

Au moins électoralement, cette démarche a été payante puisque les partis de gauche ont gagné un siège de député, un siège de sénateur et conservé leur majorité au Conseil régional.

Jusqu’à maintenant, l’accord à gauche a résisté aux péripéties électorales de France ainsi qu’aux multiples ambitions personnelles des notables locaux de gauche, qui ne sont pas moins ardents dans la course aux mandats électifs que leurs concurrents de droite.

Pour le Parti Progressiste Martiniquais et le Parti Socialiste, cette unité s’est révélée être une bonne affaire. Ils y ont gagné des mandats électifs et participent à la gestion des affaires locales par le biais de l’assemblée qu’ils contrôlent, le Conseil régional.

Le Parti Communiste Martiniquais a gagné beaucoup moins : d’une élection à l’autre, le nombre de ses élus n’a pas changé, alors que celui de ses partenaires a augmenté. C’est le Parti Progressiste Martiniquais, qui dirige l’union, et même le Parti Socialiste compte plus d’élus que le Parti Communiste.

Mais les résultats de cette politique ne peuvent pas se mesurer uniquement à l’aune électorale. Ces résultats se mesurent aussi aux conséquences qu’elles entraînent pour les travailleurs, dont beaucoup se reconnaissent dans le Parti Communiste Martiniquais, principal parti ouvrier de la Martinique. L’influence du Parti Communiste Martiniquais vient de loin.

Ses premiers militants (regroupés depuis le début des années vingt dans le Groupe Communiste Jean Jaurès) gagnèrent leur influence et leur crédit en participant aux luttes ouvrières des années 1935-37 et en créant l’embryon de ce qui est aujourd’hui la Confédération Générale du Travail de Martinique que le Parti Communiste Martiniquais dirige encore aujourd’hui et par l’intermédiaire de laquelle passe son influence dans la classe ouvrière.

L’insistance actuelle du Parti Communiste Martiniquais à jouer les « partis de gouvernement », son union avec le Parti Progressiste Martiniquais et le Parti Socialiste, tout cela entraîne des conséquences sur l’état d’esprit de la classe ouvrière.

De l’union de la gauche en france a l’union de la gauche en martinique

Lorsque François Mitterrand a été élu président de la République en mai 1981, la gauche martiniquaise était loin de pavoiser : le Parti Socialiste et le Parti Progressiste Martiniquais d’Aimé Césaire s’étaient inquiétés de voir que Mitterrand, pour lequel ils avaient fait campagne activement, avait rassemblé péniblement 20 % des suffrages exprimés en Martinique, alors que Giscard en avait obtenu 80 %.

Il est vrai que les élections présidentielles apparaissent aux Antilles comme des élections étrangères aux yeux de toute une partie de l’électorat, surtout celui de la gauche Le pourcentage d’abstentions a d’ailleurs atteint les 50 % des inscrits dans ces élections-là.

Mais tout de même, dans un pays où la gauche et la droite s’équilibrent, le coup était rude pour le PPM et le PS.

Le Parti Communiste Martiniquais, lui, avait appelé à l’abstention dans ces élections. Les deux autres partis de la gauche le traitaient de faux frère et l’accusaient de désertion, puisqu’il n’avait pas rallié l’Union de la Gauche.

Le Parti Progressiste Martiniquais et Aimé Césaire, eux, amorcèrent à l’arrivée des socialistes au gouvernement, un virage par rapport à leur politique antérieure. Depuis près de vingt ans, le Parti Progressiste Martiniquais s’est créé une image de parti de gauche autonomiste, d’un nationalisme modéré. Dans les quelques années précédant l’arrivée de Mitterrand au pouvoir, le Parti Progressiste Martiniquais a même accentué son langage contre la domination coloniale française, dénonçant par exemple alors « le génocide par substitution » dont était victime le peuple martiniquais et mettant en évidence le fait que la population martiniquaise, poussée par le chômage comme par la politique du gouvernement français, émigrait en France, tandis que les Européens trouvaient tout de suite un emploi.

Césaire parlait à l’époque de l’inéluctabilité de l’indépendance et affirmait que la Martinique était à la veille d’un nouveau 1789. Quant à Darsières, secrétaire général du Parti Progressiste Martiniquais, il « conseillait aux « amis blancs » de partir », de quitter la Martinique avant qu’il ne soit trop tard ! C’était, disait-il, un conseil donné aux « amis », car les ennemis, on les combat !

Puis vint 1981, la gauche au gouvernement, et subitement le Parti Progressiste Martiniquais oublia tout ce langage, proclama par la bouche de Césaire « le moratoire » et déclara accepter le jeu des institutions et en particulier, le statut de département français, même si cette acceptation était présentée comme provisoire et destinée, aux dires du Parti Progressiste Martiniquais , à permettre aux Martiniquais de souffler, afin de les rassembler dans le but de la construction économique de la Martinique.

Ce que le Parti Progressiste Martiniquais entendait par une telle politique, on allait le voir dans les mois qui suivirent, lorsque le secrétaire général du P.P.M. déclara péremptoirement qu’il fallait voir « ce que les békés ont dans le ventre ». (Les békés sont les descendants des anciens colons esclavagistes. Ils possèdent l’essentiel des bonnes terres et les affaires d’import-export. Ils forment donc pour l’essentiel la classe capitaliste de Martinique).

Ce tournant ne fut pas pris sans dommages. Le Parti Progressiste Martiniquais perdit une frange de militants nationalistes radicaux en paroles qu’il avait recrutés durant les années précédentes. Mais il gagna bien plus largement dans la petite bourgeoisie modérée. Il gagna aussi plusieurs militants responsables du Groupe Révolution Socialiste, la section antillaise du Secrétariat Unifié, en commençant par son principal dirigeant, Délépine, qui avait été, avant qu’il ne fonde le Groupe Révolution Socialiste, membre de la direction du Parti Communiste Martiniquais.

En ce qui concerne le Parti Communiste Martiniquais, la mue fut plus longue, sinon plus difficile. Ainsi, lorsque Darsières voulut sonder « le ventre des békés », il s’attira cette réplique virulente du Parti Communiste Martiniquais que les Martiniquais savaient ce qu’il y avait dans le ventre des békés, et qu’il n’y avait là rien de bon pour les travailleurs.

Mais c’est sur une autre question que les partis de gauche vont se rencontrer : la question du statut.

Jusqu’en 1981, les revendications politiques des partis de gauche étaient celles d’un nationalisme plus ou moins modéré. Ces parti réclamaient « l’autonomie », c’est-à-dire en réalité une décentralisation plus ou moins grande selon chaque parti et selon l’humeur du moment, cette humeur pouvant même conduire, comme dans le cas du Parti Progressiste Martiniquais que nous avons déjà mentionné, à la menace de l’indépendance !

Cette décentralisation impliquait l’octroi de plus de pouvoirs aux élus locaux, et notamment l’attribution par l’État d’une « enveloppe budgétaire globale », dont le contenu était mis à la disposition des élus afin qu’ils puissent mener la politique de leur choix.

A partir de 1981, cette revendication d’autonomie prit la forme de « l’Assemblée Unique ». Les partis de gauche martiniquais réclamèrent du gouvernement de gauche français la mise sur pied d’élections pour une seule assemblée, jouissant de larges compétences dans le domaine des affaires intérieures.

La droite fit violemment campagne contre cette revendication, qui allait mener selon elle à l’indépendance !

Le gouvernement de gauche céda et remballa son projet. Parti Progressiste Martiniquais et Parti Socialiste ne firent guère entendre leurs protestations. Par contre, le Parti Communiste Martiniquais se fit plus critique sur le papier. Il accusa le gouvernement de céder devant les pressions de la droite et de ne pas être réellement anti-colonialiste. Il reprocha aux autres partis de gauche de ne pas avoir fait campagne réellement pour l’Assemblée Unique et de se contenter des réformes que le gouvernement voudrait bien leur donner.

Mais on allait voir, à partir de 1983, la valeur exacte des propos du Parti Communiste Martiniquais. C’est que, à défaut de l’Assemblée Unique, les lois de décentralisation votées par la gauche pour toutes les régions, impliquaient pour la Martinique - comme pour les autres départements d’Outre-Mer - l’élection d’une nouvelle assemblée, le Conseil régional, qui s’ajoutait à une autre assemblée qui existait déjà, le Conseil général. Qui dit nouvelle assemblée, dit des postes à se partager. Et le Parti Communiste Martiniquais n’allait tout de même pas être absent du partage si l’occasion se présentait !

Alors, le Parti Communiste Martiniquais conclut en 1984 un accord avec les deux autres partis de gauche, pour partager.

Le Parti Communiste Martiniquais utilisa alors l’argumentation suivante : nous ne voulons pas de la décentralisation, mais on nous l’impose. Il nous faut donc voir ce qu’il y a de bon à en tirer pour les travailleurs !

Et il allait se rattraper de ses atermoiements en mettant les bouchées doubles dans la défense et l’illustration du Conseil régional.

La décentralisation, nouvelle poudre aux yeux coloniale

La décentralisation est, paraît-il, la grande réforme administrative réalisée par la gauche au pouvoir. En quoi consiste donc cette réforme ? Quelles sont ses compétences dont la gauche locale se gargarise tant ?

En dehors des mots et des titres, les lois de décentralisation proclament rendre les collectivités locales responsables d’un certain nombre de services publics dont la maintenance était auparavant à la charge de l’État.

Pompeusement, il est déclaré que le Conseil régional a en charge le développement économique tandis que le Conseil général se charge du quotidien.

Ainsi le budget dévolu en Martinique aux deux assemblées locales tourne autour de deux milliards de francs (dont 0,8 milliard pour l’assemble dirigée par la gauche). Le seul budget de l’État pour la Martinique était de 6,5 milliards de francs en 1985.

Mai il ne faut pas se tromper sur ces chiffres. L’essentiel des ressources de ces assemblées provient de l’État, à charge pour elles de les utiliser, mais en appliquant les directives de l’État. C’est ce qu’on appelle des « ressources affectées ». Dans ce cas, l’assemblée ne peut pas disposer à sa guise de l’argent qu’elle contrôle. Par exemple, l’État laisse aux assemblées le soin de fixer le taux de la taxe sur les produits pétroliers. Mais le produit de cette taxe ne peut servir qu’à la construction ou à la réfection du réseau routier, pas à autre chose. L’État pousse même le luxe jusqu’à prévoir les dérogations éventuelles et à en fixer les limites.

Ainsi, il a la garantie que les velléités « réformatrices » de telle ou telle assemblée n’iront pas plus loin que ce qui est tolérable. Et voilà pourquoi toute la discussion sur les compétences des régions est du charlatanisme. Ces compétences sont limitées à leur plus simple expression : aider autant que les assemblées le peuvent les capitalistes qui en font la demande. Pour le reste, elles sont incompétentes.

L’un des cas les plus typiques est celui de l’usine de Dénel. Cette conserverie d’ananas appartient à l’actuel président de la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Martinique, individu qui se trouve à la tête d’une des plus grandes fortunes des Antilles françaises : usines, milliers d’hectares de terre, supermarchés, ventes d’automobiles, de matériel agricole sont les plus beaux fleurons de ce groupe économique.

Sitôt que le propriétaire de l’usine eut déclaré qu’il était en difficulté, les deux Assemblées volèrent à son secours, lui distribuèrent plusieurs centaines de millions de centimes et lui en promirent d’autres. Bien entendu, le patron empocha l’argent et licencia plusieurs dizaines de travailleurs.

Le seul argument des partis de gauche pour justifier leur appui au patron, c’est qu’il fallait sauver l’emploi. On a vu comment !

Le parti communiste martiniquais gerant fidele et loyal des quelques sous laisses par le colonialisme

Dans Justice (l’organe du Parti Communiste Martiniquais) du 3 février 1983, Armand Nicolas, secrétaire général de ce parti, écrit en éditorial : « Nous considérons en effet que l’essentiel c’est la lutte des masses populaires, et que l’action des élus n’a de poids et de valeur que si elle s’appuie sur cette lutte... Il faudra briser les résistances des capitalistes et de leurs politiciens, il faudra vaincre les réticences ou l’incompréhension du gouvernement. Et cela, seule la lutte des masses peut le faire ».

Mais trois mois plus tard, les élections régionales eurent lieu, on commença des négociations pour l’union, et voilà que le 5 mai 1983, le ton change, et l’éditorialiste du même Justice découvre subitement des vertus à ce Conseil régional qui « est donc habilité à s’emparer - tel qu’il est - politiquement, sinon « légalement », des problèmes martiniquais ».

A défaut donc de s’emparer du pouvoir, ou des biens des riches, on peut toujours s’emparer des problèmes et écrire, comme le propose l’auteur de l’article, au président de la République pour résoudre les problèmes de la canne à la Martinique.

Le Parti Communiste Martiniquais s’est donc mis à gommer de sa politique tout ce qui pouvait déplaire à ses partenaires en gestion du Conseil régional, et en conséquence, au gouvernement français de « gauche ».

Ainsi, par exemple, à la fin de 1983, alors que quelques membres du Parti Communiste Martiniquais participent à des occupations de terres de békés, Armand Nicolas, promu vice-président de la formation professionnelle, fait disparaître à ce moment toute référence à la réforme agraire dans ses interventions officielles sur les problèmes de l’agriculture martiniquaise.

Au début de 1984, changement dans un autre domaine : pour ne pas être taxé de partisan de l’indépendance, ce qui n’était plus de mode, le Parti Communiste Martiniquais expulsa la fraction nationaliste qui s’était exprimée à l’occasion de son dernier congrès. Cette fraction forma un groupe du nom de Parti Communiste pour l’Indépendance et le Socialisme. Débarrassé de cette contestation interne, qui reprochait au Parti Communiste Martiniquais de ne pas être assez nationaliste et de mener une politique de collaboration avec le gouvernement au sein du Conseil régional, le Parti Communiste Martiniquais s’est intégré de mieux en mieux à la politique définie parle Parti Progressiste Martiniquais au Conseil régional. Il allait faire ce qu’il critiquait auparavant et « jouer le jeu de la décentralisation ». Et d’affirmer, par la bouche de son secrétaire général Armand Nicolas, à l’occasion d’un Forum de l’Entreprise en janvier 1986 : « Mais alors, dira-t-on, nous renforcerons le capitalisme ? Dans l’état actuel de la Martinique, le capitalisme n’est pas contraire aux intérêts de la collectivité martiniquaise, n’est pas contradictoire avec un devenir socialiste de notre pays ».

Et le seul remède proposé par le Parti Communiste Martiniquais aux 35 000 chômeurs du moment est de créer individuellement leur propre entreprise !

L’affaiblissement du parti communiste martiniquais et de la confederation generale du travail de la martinique

Depuis quatre ans, donc, le Parti Communiste Martiniquais participe pleinement à l’expérience actuelle, même si cela le discrédite aux yeux d’une partie des travailleurs. Et cela le discrédite.

L’essentiel de son influence, le Parti Communiste Martiniquais le doit non à ses élus ou à ses strapontins au Conseil régional, mais à la présence de ses militants parmi les travailleurs, et au fait que ce sont ces militants qui animent et dirigent pour l’essentiel le principal syndicat de Martinique, la Confédération Générale des Travailleurs Martiniquais (CGTM).

La politique du Parti Communiste Martiniquais qui a consisté pendant ces quatre dernières années à semer des illusions parmi les travailleurs, à leur faire croire qu’une partie des solutions à leurs problèmes, sinon la totalité, se trouvait au Conseil régional et dans sa majorité de gauche, cette politique-là a entraîné à la fois affaiblissement de la CGTM et démoralisation chez une fraction des travailleurs.

Pour ce qui est du nombre d’élus, la perte d’influence est encore relative, et se mesure en comparaison avec le renforcement électoral du Parti Progressiste Martiniquais et du Parti Socialiste. En regardant l’évolution électorale du Parti Communiste Français, le Parti Communiste Martiniquais peut même faire le calcul que sans l’union, il pourrait perdre davantage. Mais chose plus inquiétante pour le Parti Communiste Martiniquais, la CGTM se discrédite aussi et perd de l’influence au profit des syndicats nationalistes. Ceux-là restent encore largement minoritaires par rapport à la CGTM, mais devant la modération de la CGTM, devant son penchant à faire appel à l’arbitrage du Conseil régional - y compris contre des travailleurs en grève comme lors de la grève du commerce - ils apparaissent plus combatifs, plus radicaux et ils ont progressé au cours des dernières années.

Ou va le parti communiste martiniquais ?

Par ailleurs, le fait que le Parti Communiste Martiniquais se mette à la remorque du Parti Progressiste Martiniquais et qu’il pèse sur la CGTM pour qu’elle en fasse autant, favorise évidemment, au sein de la CGTM, et l’audience du Parti Progressiste Martiniquais, et ses hommes. On a vu à plusieurs reprises, notamment à l’occasion de grèves et contre des travailleurs révolutionnaires de notre tendance, les dirigeants de la CGTM, membres du Parti Communiste Martiniquais, se faire les exécuteurs des exigences de responsables politiques du Parti Progressiste Martiniquais.

A mener la politique du Parti Progressiste Martiniquais, à s’aligner derrière lui, dans le domaine politique comme dans le domaine revendicatif, le Parti Communiste Martiniquais favorise évidemment son partenaire dans la gauche, qui est en même temps son rival.

Alors que le Parti Progressiste Martiniquais accroît son influence, celle du Parti Communiste Martiniquais décline. Et ce fait pourrait être déterminant pour une fraction de notables et de technocrates. Existe-t-il parmi ces notables et ces technocrates des gens qui poussent vers un rapprochement encore plus accentué du Parti Communiste Martiniquais et du Parti Progressiste Martiniquais, voire vers une fusion ? Témoigne en ce sens l’insistance mise par le Parti Communiste Martiniquais pour qu’il y ait une liste unique de la gauche à toutes les élections en 1986.

Lorsque Césaire démissionna en 1956 du Parti Communiste Français, il fut suivi par toute une fraction de notables de gauche que l’étiquette communiste embarrassait à ce moment-là. Césaire allait fonder le Parti Progressiste Martiniquais. Les travailleurs de ce qui était encore à l’époque la Fédération Martiniquaise du Parti Communiste Français restèrent en majorité dans ce parti qui se transforma plus tard en Parti Communiste Martiniquais.

Trente ans après, est-on en train de revenir en arrière et de gommer en quelque sorte la scission de 1956, mais au profit des scissionnistes de l’époque ? Rien ne permet de l’affirmer, en tout cas, pour le moment. Le Parti Communiste Martiniquais a son appareil, avec ses intérêts propres. Même si depuis quatre ans les deux partis mènent la même politique, s’il n’y a donc pas d’obstacle politique à un rapprochement organique, les hommes de l’appareil du Parti Communiste Martiniquais peuvent parfaitement choisir la rupture brutale avec le Parti Progressiste Martiniquais plutôt que de se fondre dans ce dernier.

Ce qui est certain, c’est que plus loin est poussé le rapprochement actuel ente le Parti Progressiste Martiniques et le Parti Communiste Martiniquais, plus c’est une victoire pour Césaire, une revanche sur son ancien parti.

Et ce qui est certain, c’est que l’ensemble de cette évolution « unitaire » ne va pas dans le sens des intérêts des travailleurs. Sans doute, même au temps où le Parti Communiste Martiniquais prétendait combattre le Parti Progressiste Martiniquais, il ne représentait pas les intérêts politiques de la classe ouvrière de la Martinique. Et il y a même loin du Parti Communiste Martiniquais des temps présents au parti combatif de la fin des années trente.

Mais une mainmise du Parti Progressiste Martiniquais sur le Parti Communiste Martiniquais, et à plus forte raison, un éventuel rapprochement organique, signifieraient la domestication directe de toute une fraction de militants politiques de la classe ouvrière, de militants syndicaux, par les bourgeois qui dirigent le Parti Progressiste Martiniquais. Ce parti ne peut avoir aucune autre politique à proposer que l’étouffement des revendications ouvrières. C’est déjà le cas sous le régime colonial actuel. Cela le sera, à infiniment plus forte raison, au cas où l’impérialisme français finirait par choisir l’indépendance octroyée pour la Martinique, en négociant les conditions de cette indépendance avec les forces politiques qui représentent la bourgeoisie locale et parmi lesquelles les notables du Parti Progressiste Martiniquais occupent une place de choix.

Il faut espérer qu’une partie au moins des militants ouvriers du Parti Communiste Martiniquais et de la CGTM n’accepteront pas l’évolution dans ce sens. Et il faut surtout oeuvrer pour que renaisse en Martinique et en Guadeloupe un véritable parti communiste, qui renoue avec les traditions ouvrières révolutionnaires que les dirigeants des partis communistes des Antilles, réformistes et électoralistes, ont abandonnées depuis longtemps.