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LDC n° 2, juillet 1972
Internationalisme, nationalisme... et internationale




Après la Deuxième Guerre mondiale un déferlement révolutionnaire a transformé les structures politiques de la quasi-totalité des pays dominés, directement ou indirectement, par l’impérialisme.

De l’Asie à l’Amérique latine, en passant par le continent africain, les masses populaires, parvenues au dernier degré d’exaspération, se sont révoltées contre leurs oppresseurs affaiblis par la sanglante épreuve de la guerre, La violence révolutionnaire de ces peuples était dirigée contre l’exploitation impérialiste elle-même, nais visait aussi à retrouver une dignité, une conscience, bafouées par la dictature des grandes puissances.

Les colonies et protectorats de l’impérialisme français n’échappèrent pas, comme chacun le sait, à cette évolution. L’impérialisme français n’est certes pas l’une des plus grandes puissances, mais, à l’entrée de la guerre, en 1939, son empire colonial était, ainsi qu’on l’enseignait à tous les écoliers, l’un des plus grands, l’un des plus peuplés, l’un des plus riches.

Et l’un des faits qui permet de juger et d’apprécier à leur juste valeur les organisations qui affirment qu’elles perpétuent la IVe Internationale fondée par Trotsky, c’est qu’aucune organisation appartenant à cette ombre d’Internationale n’a participé d’aucune façon, ni de près ni de loin, à cette vaste lutte d’émancipation, qui n’est d’ailleurs pas encore terminée.

Pour ne prendre que l’exemple de l’impérialisme français, à part la section vietnamienne qui existait du vivant de Trotsky et qui a disparu dès le début de la guerre d’indépendance, la IVe Internationale, dont la section française était paraît-il l’une des plus puissantes, n’a été capable de créer de section, entre 1945 et nos jours, dans aucun des territoires opprimés par l’impérialisme français.

C’est en contradiction flagrante avec le programme de la IVe Internationale et même, tout simplement, avec les enseignements des quatre premiers Congrès de l’Internationale Communiste.

Même si cela ne se justifiait que par la faiblesse de la IVe Internationale, cela seul serait un critère suffisant pour affirmer que la IVe Internationale n’existe pas, car pour mériter le titre d’Internationale il faut en accomplir, au moins, les fonctions élémentaires. Tous les soutiens verbaux de la lutte du FNL vietnamien, après d’autres, ne peuvent effacer cette constatation majeure. Ni en Algérie, ni en Afrique, la IVe Internationale n’a été capable de construire une organisation participant tant soit peu aux luttes de ces peuples. Et en réalité, ce n’est pas une question de nombre de militants mais une question politique. C’est parce que !es organisations opportunistes et petites-bourgeoises, qui se parent du titre de la IV e Internationale pour s’en faire une parure sans être capables de défendre son drapeau et son programme, ont abandonné politiquement, après l’avoir abandonné pratiquement, le camp du prolétariat, qu’elles sont frappées de cette incapacité et condamnées à se mettre à la remorque du premier drapeau nationaliste qui passe, qu’il soit vert, blanc au autre, à condition qu’il ne soit pas rouge, en tentant de combler l’absence d’analyse politique par le bruit des tambours.

En réalité, ce travail leur eût été possible, avec les forces dont elles disposaient au sortir de la guerre. En 1947, notre tendance, infiniment plus faible numériquement que le PCI (Section Française de la IVe Internationale) avait plus d’audience parmi les milliers de travailleurs vietnamiens contraints à vivre en France, depuis que l’impérialisme les y avait importés en 1939 comme chair à canon, que le cadavre dont la IVe Internationale était le cercueil.

Aujourd’hui, l’impérialisme français opprime encore des colonies, même s’il les a baptisées « départements français ». Depuis plusieurs années, il existe, en France, parmi les Antillais qui y sont des immigrés économiques, à la Guadeloupe et à la Martinique, une, organisation trotskyste se battant peur l’indépendance des Antilles dites françaises en même temps que pour le socialisme et organisant les prolétaires antillais sur des bases de classe. Mais cette organisation est née en dehors de la IVe Internationale et, qui plus est, ce n’est qu’en dehors qu’elle a pu naître. Si nous en sommes à cette situation, c’est non seulement que la petite secte qui se proclame IVe Internationale n’est pas une Internationale, car elle n’en joue pas le rôle mais c’est surtout parce qu’elle a abandonné, depuis longtemps le programme du trotskysme. Et les conditions de la naissance, de l’existence et du développement actuelle à la Guadeloupe et à la Martinique, de l’organisation des camarades antillais de COMBAT OUVRIER apportent une preuve flagrante de l’inexistence d’une Internationale révolutionnaire même faible, digne de ce nom.

Ce fait particulier prouve que c’était possible, que la IVe Internationale aurait pu le faire, si elle était ce qu’elle affirme, et pas seulement aux Antilles, mais dans toutes les ex-colonies françaises, sinon dans tous les pays sous-développés.

Il ne s’agit pas tant de reprocher aux organisations se réclamant de la IVe Internationale de n’avoir pu construire d’authentiques organisations révolutionnaires marxistes, que de n’avoir pas voulu se donner les moyens politiques de le faire. Bien sûr, il est vain de s’abuser soi-même sur ses propres forces en se prétendant « Internationale » révolutionnaire, en s’appuyant sur des sections nationales qui n’ont d’existence que dans des proclamations qui se voudraient retentissantes. Ce n’est pas un bon moyen d’accomplir les tâches d’une véritable Internationale.

Mais c’est avant tout par le refus de considérer les forces politiques de type nationaliste pour ce qu’elles sont (qu’elles soient le PC chinois, le FLN ou le FNL), que les groupes trotskystes se sont coupés de toute possibilité de jouer un rôle quelconque dans les luttes d’émancipation nationale.

En faisant de ces luttes une analyse fausse et en ayant vis-à-vis d’elles une politique qui pour l’essentiel consiste à soutenir sans critique le nationalisme petit-bourgeois, les organisations de la IVe Internationale se coupent de toute possibilité d’intervenir dans les luttes des pays sous-développés, sur le terrain du prolétariat.

Lorsque ces organisations « analysent » le FNL vietnamien, après le FLN algérien et tant d’autres, comme des tendances susceptibles d’offrir aux masses des perspectives socialistes, non seulement elles tournent le dos au prolétariat de ces pays mais, de plus, aident ces gens à briser toute tentative d’organisation indépendante du prolétariat.

En réalité, il s’agit là d’une théorisation de leur incapacité à construire des organisations prolétariennes dans les pays économiquement arriérés. On commence d’abord par ne pas s’en occuper. Puis, lorsque le mouvement national prend de l’ampleur., on cherche qui soutenir. La génération spontanée étant aussi impossible en politique qu’ailleurs, on ne trouve pas d’organisations prolétariennes, mais seulement des nationalistes auxquels il ne reste qu’à prêter des vertus socialistes.

Pour les camarades antillais de COMBAT OUVRIER, les tâches des révolutionnaires marxistes consistent à lutter en tant qu’organisation socialiste, pour la révolution socialiste, c’est-à-dire, avant tout, pour la prise du pouvoir par le prolétariat.

Aux Antilles, encore réduites à une situation coloniale, la question nationale garde une grande importance, décisive pour les luttes à venir. COMBAT OUVRIER tout en se démarquant de manière stricte des autres courants politiques (et en particulier du nationalisme petit-bourgeois) lutte pour la revendication d’indépendance nationale et pour toutes les revendications démocratiques bourgeoises qui lui sont liées : libertés démocratiques, réforme agraire.

La lutte à mener se situe donc sur deux plans. Il s’agit de lutter résolument contre le colonialisme, contre toute forme d’oppression nationale et donc pour l’indépendance, mais aussi de s’opposer tout aussi fermement à ceux qui veulent fondre la classe ouvrière dans l’« unité nationale ». au nom de la lutte contre l’oppresseur colonial. A l’anti-impérialisme limité de la petite bourgeoisie nationaliste, visant uniquement la création d’un État national, les militants de COMBAT OUVRIER opposent le seul anti-impérialisme qui soit conséquent, celui qui vise à la destruction totale de la société bourgeoise à l’échelle mondiale, Ils aident à l’éducation du prolétariat dans un esprit internationaliste ; ils lui apprennent au travers de son avant-garde à considérer ses luttes comme partie intégrante de la lutte menée à l’échelle mondiale par le prolétariat contre la bourgeoisie.

Ils luttent contre les illusions nationalistes tendant à faire croire à un possible développement économique des Antilles dans le cadre d’une nation indépendante.

Ils font du socialisme, non pas l’affaire d’une nation - et à plus forte raison d’une nation économiquement retardataire - mais celle de toute la planète.

Ils font ressortir l’importance primordiale de la lutte prolétarienne dans les pays développés où les richesses extorquées aux pays pauvres et au prolétariat mondial se trouvent amassées et concentrées par des siècles d’exploitation coloniale.

Cela ne signifie pas pour autant que les travailleurs des pays sous-développés et les travailleurs antillais doivent attendre que la révolution s’accomplisse dans las pays industrialisés. Les conditions d’instabilité permanente dans lesquelles se trouvent les pays sous-développés font que les possibilités révolutionnaires y sont plus qu’ailleurs extrêmement riches. Les militants de COMBAT OUVRIER pensent donc qu’il s’agit avant tout de hisser l’organisation révolutionnaire au niveau de l’engagement des nasses populaires, de manière que le prolétariat se saisisse du pouvoir dès que l’occasion s’en présente.

Attendre la révolution dans les pays industrialisés serait pure et simple trahison, non seulement du prolétariat des pays sous-développés, mais aussi du prolétariat mondial. Il faut agir et vaincre là où c’est possible, dans les conditions qui y règnent. C’est la meilleure impulsion qui saurait être donnée à la lutte générale du prolétariat dans son ensemble.

Il est indéniable que les révolutionnaires socialistes rencontrent des difficultés à défendre une telle politique.

En particulier la difficulté majeure tient à l’inexistence d’une Internationale révolutionnaire. L’absence de cet instrument de lutte n’est pas fait pour faciliter la pénétration des idées socialistes dans la classe ouvrière des pays dominés par l’impérialisme Car si les prolétaires de ces pays luttent de manière courageuse et parfois farouche contre leurs oppresseurs directs et contre l’oppression coloniale, ils ne lient pas spontanément leurs luttes à celles de leurs camarades des pays impérialistes, car une barrière de méfiance considérable s’est élevée entre ces travailleurs et leurs frères de classe qui sont dans les pays oppresseurs, exploités eux aussi mais perçus par les colonisés comme des colonisateurs au même titre que les capitalistes.

C’est précisément l’absence d’Internationale révolutionnaire qui freine le combat contre de tels préjugés et permet aux nationalistes d’exploiter cette méfiance pour les besoins de leur politique. La démagogie fondée sur les appels à l’unité du peuple tout entier contre l’oppresseur s’alimente à l’incapacité dont ont fait preuve ceux qui se réclament des idées marxistes révolutionnaires à s’implanter dans la classe ouvrière des pays impérialistes.

Les nationalistes ont beau jeu de montrer que la classe ouvrière des pays impérialistes est dirigée par des partis qui visent non à la dictature du prolétariat mais à l’entente avec leur propre bourgeoisie. C’est ainsi que l’attitude du PCF pendant la guerre d’Algérie ne pouvait que renforcer les positions nationalistes et permettre au FLN. de justifier ses positions vis-à-vis des travailleurs algériens.

Seule une Internationale révolutionnaire - au lieu de soutenir sans condition la politique anti-ouvrière du FLN - aurait pu se permettre de combattre la politique du FLN, sans être taxée d’« allié du colonialisme », Cela aurait favorisé la pénétration des idées socialistes parmi les travailleurs algériens les plus conscients qui se seraient faits les véhicules de ces idées dans l’ensemble de la classe ouvrière algérienne, donnant alors au combat une autre dimension.

Cela n’a même pas été tenté par la IVe Internationale, ne serait-ce que pour justifier sa prétention à l’existence.

S’il est vrai qu’une organisation révolutionnaire marxiste peut, dans les conditions politiques existant dans les pays sous-développés, s’implanter et se développer plus rapidement que dans les conditions des vieilles métropoles impérialistes, il n’en reste pas moins vrai que les organisations révolutionnaires de ces métropoles ont un rôle fondamental à jouer dans la transmission et la diffusion de l’héritage marxiste. Elles sont les seules à pouvoir faire le lien avec le passé, les seules à pouvoir transmettre le capital d’expérience des bolchéviks et de la Révolution d’Octobre. On ne peut écarter théoriquement toute possibilité de voir des militants isolés dans des pays sous-développés retrouver, à travers le fatras et la confusion désespérante qui règnent à l’heure actuelle, la voie ouverte par les bolcheviks, mais cela tiendrait du miracle et l’histoire est plutôt avare de ce genre d’enfantement miraculeux. Des révolutionnaires ne peuvent ainsi naître de rien, armés de pied en cap, et jouer le rôle qui est le leur.

Il est nécessaire que le lien soit établi entre les problèmes qui sont posés dans tel au tel pays sous-développé et l’expérience du socialisme transmise aux générations actuelles par le mouvement trotskyste.

Celui-ci ne peut jouer un tel rôle qu’à la condition de pouvoir fournir un héritage non frelaté. Il ne s’agit pas de transmettre à d’autres des étiquettes à coller sur eux-mêmes. Il s’agit de faire connaître ce que sont réellement les idées de Marx, de Lénine et Trotsky. Il s’agit de montrer que nous marxistes ne sommes nullement désarmés et sans réponse devant les problèmes posés dans les pays où la question nationale n’est pas réglée.

Dès lors se posent les difficultés inhérentes à la lutte politique elle-même. Car il est évident que les nationalistes s’opposent à l’implantation des idées marxistes. Ils le font d’abord en niant l’existence même du prolétariat dans leur pays.

Cet argument est infirmé quotidiennement par la réalité des luttes menées par la classe ouvrière. Car, avec ou sans parti, la classe ouvrière n’attend personne pour se battre ne serait-ce que contre ses oppresseurs les plus directs, les patrons. Il n’est pas besoin de démontrer longuement l’existence du prolétariat car, dans la plupart des colonies au ex-colonies, les luttes pour l’indépendance ont été précédées de violents conflits sociaux où les travailleurs tenaient une bonne place.

Mais l’argument le plus important reste, pour le nationalisme la nécessité de « l’unité nationale », face au colonialisme.

Créer un parti de la classe ouvrière serait diviser le peuple et donc l’affaiblir, donc faire le jeu des colonialistes.

Sous une apparence de logique, se cache la peur de voir la classe ouvrière proposer elle aussi, et à sa manière, l’unité du peuple. Car la question n’est pas celle de l’unité ou de la division, mais bien celle de savoir : derrière qui, et sur quel programme, se réalise l’unité. Une révolution, de toute évidence, a besoin de la lutte unie de tous ceux qui s’opposent au régime en place, et nous serions les derniers à nier qu’il faut, pour abattre le colonialisme, pour se défaire de l’oppression nationale, mobiliser les forces de toute la nation opprimée, donner une direction énergique à ces forces, et concentrer tous les coups contre l’adversaire immédiat. Mais alors, il n’y a aucune raison pour que les révolutionnaires marxistes abandonnent ce rôle à une organisation nationaliste bourgeoise ou petite-bourgeoise. Ils doivent permettre, par leur action, que la classe ouvrière se pose en leader de la révolution nationale et cela, non pas au nom des intérêts nationaux, mais au nom de ceux du prolétariat mondial. Le prolétariat d’un pays arriéré contestera tout au long des événements la direction de la lutte à la petite bourgeoisie. Il fera la preuve que les meilleurs combattants anti-colonialistes ce sont les travailleurs.

Les nationalistes se font passer pour des réalistes face à des internationalistes qui « rêvent » de la révolution mondiale. S’appuyant sur l’inexistence, à l’heure actuelles de toute Internationale, ils font ressortir que la voie nationalistes, celle qui vise le développement de l’économie nationale, serait réaliste.

A cela les révolutionnaires répondent que la véritable illusion réside précisément dans l’objectif que visent les nationalistes. Espérer le développement d’une économie nationale indépendante est un défi à la réalité. Car aucun pays, même ceux qui ont connu le plus grand isolement, n’a réussi à se couper du marché mondial et donc à éviter de subir par le biais des échanges inégaux la domination de l’impérialisme. Et quand ces pays ne l’ont pas subie, ils ont été paralysés par le poids de l’isolement et de l’autarcie dans la pauvreté. Ce qui est illusoire, c’est penser réaliser le développement économique et rattraper le retard de ces pays alors que la minorité de pays ayant connu un haut degré de développement économique ont dû le faire en pillant systématiquement le reste du monde, puis en le partageant pour les besoins de la concentration des richesses. Tout ce que le monde a produit de meilleur, du point de technique et industriel, s’est trouvé de ce fait, concentré dans quelques pays. Le rêve creux serait de tenter le développement économique alors que nous ne sommes plus ni au 18e ni au 19e siècle, mais à une époque où la place de chaque nation, grande au petite, est fixée et bien déterminée par l’impérialisme.

Les nationalistes justifient l’unité nationale, non seulement par nécessité de lutter contre le colonialisme, mais encore par celle de construire cette économie nationale, ce qui signifie pour les ouvriers et paysans qu’ils seront la base matérielle d’une telle construction en l’absence du capital nécessaire à une telle entreprise. Cela entraînera sacrifices en tous genres, sous-consommation, surexploitation des travailleurs au nom des intérêts d’un développement économique national qui finalement n’a aucune chance de triompher. Et c’est là que réside la supercherie majeure du nationalisme, car si dans un premier temps il peut parvenir à faire preuve d’un radicalisme anti-impérialiste qui permet d’arracher l’indépendance, il aboutit en fin de compte au retour plus ou moins rapide dans le giron de l’impérialisme, quelles que soient par ailleurs les conditions auxquelles s’opère ce retour, et en tout cas il aboutit à une soi-disant accumulation primitive qui n’a d’accumulation que celle de la misère, et de primitif que les moyens employés, dignes du capitalisme naissant.

La seule indépendance qui puisse en fin de compte être considérée comme réalité est bien celle qui est obtenue par la prolétariat à la tête des masses opprimées. Car c’est seulement à cette condition que le combat mené et les sacrifices qui s’imposent par la suite peuvent servir à quelque chose. La seule perspective réaliste, qui ne peut rendre le combat ni plus difficile ni moins efficace, est celle de l’internationalisme, celle de l’extension de la lutte née dans son propre pays à d’autres pays.

Là encore il ne s’agit pas d’objectifs vagues mais de référence à une expérience réelle qui fut celle de la IIIe Internationale, née de la révolution russe. Des révolutions coloniales, certaines ont eu une énorme répercussion à l’échelle mondiale, la révolution cubaine en particulier. On peut comprendre ce que pourrait être la portée d’une révolution prolétarienne quand on voit la sympathie recueillie dans le monde par la révolution cubaine dans ses premières années bien que celle-ci ne fût en rien une révolution socialiste, bien que Castro ne fît jamais appel au prolétariat des USA, de l’Europe ou même d’autres pays sous-développés.

Telles sont les perspectives que les révolutionnaires doivent avoir dans les pays où se pose encore la question nationale.

Il ne s’agit pas d’ignorer l’importance des sentiments nationaux qui poussent les masses et y compris les ouvriers à agir, à lutter contre la colonialiste. Mais c’est précisément sur la base du problème national que les révolutionnaires ont le plus de possibilités d’intervenir, de faire connaître les idées socialistes, de se lier par mille liens à la classe ouvrière. il s’agit à la fois de combattre le nationalisme et d’être à la fois sur le terrain des luttes purement politiques mais aussi sur celui des luttes qui se mènent dans les entreprises, sur les chantiers, dans les champs.

Car dans des pays où les travailleurs sont surexploités, le problème politique et le problème social sont intimement liés.

Il ne peut y avoir résolution, au plutôt amorce de résolution, de la question sociale, sans lutte pour l’émancipation nationale. Inversement la question nationale ne peut être résolue valablement que par la mise en mouvement des grandes nasses d’hommes qui constituent la classe ouvrière et la paysannerie pauvre.

Ce sont ceux-là qui se battent le plus farouchement contre l’impérialisme, c’est leur courage, leur héroïsme, qui donné son caractère radical à la lutte.

A tout le moins, le devoir des révolutionnaires est de leur donner conscience de leur importance, de leur valeur et du rôle qu’ils doivent jouer dans la direction la pays et sa transformation.

Ce rôle est celui d’un parti ouvrier révolutionnaire.

La création de tels partis est le critère sur lequel on peut juger de l’existence d’une Internationale, même embryonnaire.