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LDC n° 42, octobre 1991
Guadeloupe - Après la scission au sein du Parti Communiste Guadeloupéen




Le Parti Communiste Guadeloupéen connaît depuis plusieurs mois l’une des crises les plus importantes de son histoire.

Cette crise vient de déboucher sur une scission importante. L’assemblée générale de militants, convoquée par la section de Pointe-à-Pitre, le 28 septembre, sous la direction de Henri Bangou, principal dirigeant du PCG, s’est transformée, en effet, en assemblée de fondation d’un nouveau parti : le PPDG, le Parti des Progressistes et des Démocrates de la Guadeloupe.

Le nouveau parti entend rompre avec le « communisme » et le « centralisme démocratique » au nom de la « démocratie ». Il ne cache pas une certaine sympathie, sinon une sympathie certaine, pour le Parti Socialiste. La scission a bien un caractère social-démocrate et droitier.

Le nouveau PPDG déclare avoir l’adhésion de quelque 700 membres du PCG. On remarque que pour le moment le nouveau parti ne rallie pas la majorité des membres du PCG dont on peut estimer le nombre à environ 2 000 (pour relativiser les choses, il faut savoir que la Guadeloupe est une île d’un peu plus de 387 000 habitants). Mais c’est loin d’être négligeable.

Il est vrai que c’est la section communiste de Pointe-à-Pitre, la plus importante ville de Guadeloupe, qui a pris l’initiative de la scission et qui constitue l’essentiel des forces du nouveau parti. Son principal dirigeant, Henri Bangou, est depuis près de trente ans maire, conseiller général de Pointe-à-Pitre et depuis quelques années sénateur.

Du côté des élus et notables du PCG, le nouveau parti a déclenché une vague de ralliements. Celui d’abord de Cléry, maire de la deuxième ville du pays, Basse-Terre. Le soutien du maire, apparenté communiste, de Sainte-Anne. La presque totalité des élus du PCG du Conseil général.

Par ailleurs, un autre notable en vue du Parti Communiste, Ernest Moutoussamy, député et maire de Saint-François (une des grandes communes de l’île) vient à son tour de donner sa démission du PCG. Il n’a pas donné pour autant son adhésion au PPDG, mais peut-être est-il seulement prudent et attend-il de vérifier si l’opération marche (certains lui prêtent le projet de créer son propre parti). Si le maire de Port-Louis démissionne également, comme le bruit en court, le PCG aura perdu dans la scission la majorité de ses notables en vue (ce qui ne signifie pas nécessairement qu’ils entraîneront tous, comme Bangou à Pointe-à-Pitre, les militants de base de leurs communes respectives).

En réalité, les chiens ne faisant pas des chats, cette scission de notables au sein du PCG n’est que la régularisation d’une situation de fait qui existait déjà depuis longtemps au sein du Parti Communiste Guadeloupéen. Celui-ci, comme d’autres partis communistes, est à la fois un parti lié aux travailleurs, aux couches pauvres, par les luttes qu’il a menées autrefois, mais il est aussi un parti de notables modérés, un parti qui aspire à gérer les affaires de la bourgeoisie, même dans le cadre colonial.

Et ce sont les représentants les plus sociaux-démocrates qui aujourd’hui prennent le large.

Un parti qui s’est forme dans les luttes d’apres-guerre

Les premiers militants communistes et les fondateurs du Mouvement Communiste de la Guadeloupe se firent connaître pendant la guerre mondiale en tant que résistants au régime de Vichy - qui collaborait avec l’occupant allemand en métropole et auquel les autorités locales restèrent fidèles la majeure partie de la guerre.

C’est donc sous le drapeau du nationalisme français que ces militants communistes agirent et acquirent une certaine notoriété par leur combat clandestin et la répression dont ils furent victimes.

En avril 1944, ils fondèrent la Section guadeloupéenne du Parti Communiste Français.

Dans leur texte de fondation : L’appel au peuple, ils déclaraient d’une part : «  Nous communistes, affirmons que le capitalisme doit être renversé par la violence révolutionnaire ». Mais d’autre part, ils écrivaient qu’ils adressaient «  un salut fraternel... au vaillant Parti Communiste de France qui derrière le général de Gaulle exige impérieusement que tous les Français unis suivent la seule politique que les circonstances imposent et que résume si bien la formule de Clémenceau : « La guerre, rien que la guerre, toute la guerre »... »

En réalité, dès le départ, les fondateurs du Mouvement Communiste de la Guadeloupe accrochèrent la classe ouvrière au char de la bourgeoisie française, tout comme le fit le Parti Communiste Français à la même époque dans la métropole coloniale en jouant la carte de « l’unité nationale » pour, en fait, remettre la classe ouvrière au travail.

Cependant, pendant la même période, ce furent ces militants communistes qui prirent la tête des luttes ouvrières importantes qui se déroulèrent dans les champs de canne et les usines à sucre. En janvier 1945, ce fut sous la direction de leurs militants que les travailleurs de la canne exploités par les sucriers de l’usine Marquisat obtinrent satisfaction. En mars 1946, une grève générale des travailleurs de la canne, toujours sous la direction de militants communistes, se conclut également par une victoire. La combativité fut telle que les travailleurs obligèrent tout le Conseil général à démissionner, ce qui força le gouvernement français à régler le conflit dès le lendemain.

Les militants communistes jouèrent un rôle décisif dans la création de l’Union départementale CGT et surtout dans la multiplication de sections syndicales dans tous les champs de canne. Dès avant le départ des ministres communistes du gouvernement français, et à plus forte raison après, ces militants furent toujours présents à la tête des grèves qui se succédèrent dans les années 40 et 50. Leurs dirigeants acquirent une grande notoriété parmi les travailleurs.

Parallèlement, la jeune Section guadeloupéenne du Parti Communiste Français conquit rapidement une forte influence électorale. Aux élections de novembre 1946 déjà, la Section guadeloupéenne du PC obtint deux députés sur trois. Puis, d’élections en élections, ils gagnèrent des postes de conseillers généraux et plusieurs municipalités importantes.

Cette influence électorale relativement forte venait, en partie, - et notamment dans les milieux petits-bourgeois - de ce que c’était dans l’air du temps, car le Parti Communiste de la métropole était, au même moment, un parti de gouvernement avec plusieurs ministres. Mais du côté des couches les plus pauvres, cela venait, aussi, de ce qu’il apparaissait, en même temps, comme un parti lié aux travailleurs et à ses luttes.

Le pcg et le probleme colonial

En ses débuts, la Section guadeloupéenne du PC se prononça pour la « départementalisation » et « l’assimilation ».

En mars 1946, le Parlement français vota en effet la transformation de la Guadeloupe, comme quelques autres colonies de la France - la Martinique et la Guyane dans l’hémisphère américain et la Réunion dans l’Océan Indien - , en Départements d’Outre-Mer (DOM).

Malgré ce changement juridique qui faisait qu’officiellement la Guadeloupe n’était plus une colonie, dans les faits les discriminations sociales de nature coloniale ont subsisté en matière de droits sociaux pendant de nombreuses années : salaire minimum, sécurité sociale ou allocations familiales (encore aujourd’hui, bien que considérablement réduites, des différences subsistent). Et, au-delà de l’aspect juridique des choses, les postes de décision continuèrent à être occupés par des blancs de la métropole, métropole où se prenait par ailleurs l’essentiel des décisions.

Jusqu’à la fin des années 1950, le combat du PCG sur le plan social fut de revendiquer l’égalité des droits sociaux avec les travailleurs de la métropole coloniale. Et comme par ailleurs la combativité ouvrière était forte, jusqu’au recul de ces dernières années, le PCG acquit une influence non négligeable dans la classe ouvrière et put gagner la confiance de milliers de travailleurs percevant ses dirigeants comme ses meilleurs défenseurs.

Mais au milieu des années cinquante, le climat commença à changer. Le mouvement de décolonisation, les luttes d’émancipation nationale conduites par les nationalistes dans un grand nombre de pays du tiers-monde, encourageaient dans la jeunesse, dans l’intelligentsia, voire parmi certains notables, l’expression de l’idée que la départementalisation n’était qu’un changement juridique pour préserver une situation coloniale.

Expression indirecte de cette évolution : dans l’autre DOM des Caraïbes, la Martinique, le principal leader du mouvement communiste de là-bas, l’écrivain Aimé Césaire, qui rompit avec le PCF après la répression de la révolution hongroise de 1956, fonda un nouveau parti, le Parti Progressiste Martiniquais, qui, sur la base d’un nationalisme modéré, teinté de sympathies social-démocrates, non seulement se maintint face au PC de Martinique, mais le concurrença sérieusement.

Aussi, en 1958, un tournant s’opéra : la fédération guadeloupéenne du PCF devint le Parti Communiste Guadeloupéen et, désormais indépendant, il prôna, pour la Guadeloupe, l’autonomie.

Ces débats autour de la question nationale ne cessèrent de secouer le PCG jusqu’à aujourd’hui. Mais, dans le courant des années soixante, ils provoquèrent déjà deux scissions. La première vit l’exclusion du fondateur du PCG, Rosan Girard, et d’un groupe restreint de ses partisans. Le chef historique du PCG proposait la dissolution du PCG dans un « Mouvement national » large pour l’autonomie, thèse non admise par la direction du PCG. La deuxième scission, en 1966-67, fut plus importante. Elle opposait un groupe important de jeunes et de moins jeunes qui reprochaient à la direction du PCG sa modération tant théorique que dans l’action. Ils réclamaient que le parti mobilise effectivement les masses sur le mot d’ordre d’autonomie. Plusieurs cellules furent dissoutes, de nombreux militants exclus, dont certains dirigeants de syndicats importants qui entraînèrent avec eux quelques pans de la CGT et un certain nombre de travailleurs. Ils se regroupèrent pendant quelques années autour du journal La Vérité.

Il est à noter qu’en 1963 apparaissait une organisation nationaliste regroupant des militants d’obédience maoïste et castriste : le GONG (Groupe d’Organisation Nationale de la Guadeloupe), père de l’UPLG (Union Populaire pour la Libération de la Guadeloupe) qui est aujourd’hui le plus important des groupes nationalistes. Le GONG parvint alors, avec un langage plus radical, à disputer au PCG une fraction de la jeunesse mécontente.

En 1989, sous la pression d’une fraction de ses jeunes et malgré les réticences d’un groupe de notables modérés en son sein, le PCG adopta le mot d’ordre d’indépendance, longtemps combattu durant des années au nom de « l’autonomie en liaison avec la France ».

Il le fit sous la pression d’une fraction de ses jeunes, dans un contexte marqué par un regain d’activisme indépendantiste et par des attentats pratiqués par les groupes nationalistes. Et ce, malgré les réticences de ses notables et élus modérés n’ayant jamais vraiment rompu avec l’assimilationnisme du passé.

Le pcg aujourd’hui... enfin, tel qu’il etait avant la scission

C’est grâce à ses militants qui, dans le passé, étaient à la tête des luttes que le PCG a conquis son audience électorale. Mais les notables élus grâce à cette audience acquirent une prépondérance à la direction du PCG, devenu de plus en plus un parti électoraliste.

Depuis déjà de nombreuses années, le PCG ne compte pratiquement plus de cellules d’entreprises. Les grandes luttes depuis 1970 se sont déroulées sans que le PCG apparaisse comme tel. Et même lorsque des militants du PCG, apparaissant sous l’égide de la CGT, se sont retrouvés à l’initiative de luttes, ils n’ont pas trouvé de soutien du côté des dirigeants les plus influents du parti. C’est en partie parce que le PCG a abandonné l’activité dans la canne, où pourtant il avait eu du crédit, que les militants nationalistes du GONG, puis de l’UPLG, ont pu profiter du vide laissé par ce parti. Ce sont eux qui ont dirigé la grande grève de 1971 dans ce secteur et celles des années suivantes. Dans de nombreux autres secteurs, même urbains, ils ont pu profiter de la désaffection des militants communistes pour impulser des luttes et créer des syndicats concurrençant la CGT-G dirigée par des militants du Parti Communiste.

Le PCG a néanmoins conservé une présence dans la classe ouvrière. Mais une présence seulement. Suffisante pour maintenir sa prépondérance dans la CGT, qui reste, malgré le talonnage des syndicats nationalistes, le principal syndical de l’île, mais insuffisante pour gagner et former une nouvelle génération de militants aussi liés à la classe ouvrière et à ses luttes que la génération des années 41-50.

Sur le plan électoral, le PCG n’était cependant pas en recul, bien au contraire. La mémoire collective de la classe ouvrière conserve encore aujourd’hui le souvenir des luttes passées. Et une fraction des travailleurs renvoie en quelque sorte l’ascenseur au parti en observant vis-à-vis de lui une certaine fidélité.

Mais surtout, le PCG a misé depuis plusieurs années sur d’autres liens avec les travailleurs que ceux tissés dans les luttes, des liens basés sur les positions conquises grâce aux élections.

Il faut savoir en effet qu’une grande partie de la population de cette possession française vit en tout ou partie des aides sociales de l’État français. Dans un pays où l’on compte près de 40 % de chômeurs, on en comprend l’importance.

Présents et actifs au sein des municipalités, dans les assemblées locales et dans toutes sortes d’organismes sociaux : caisses de sécurité sociale, caisses d’allocations familiales, caisses des écoles, office d’HLM et autres logements sociaux, les maires et élus du PC constituent une des courroies de transmission par laquelle transitent les transferts sociaux de l’État français. Par ce biais, ils redistribuent à la population une partie des aides. Et le clientélisme électoral, voire tout simplement la reconnaissance des pauvres font en retour de cette population une réserve permanente de suffrages électoraux.

Et sur le plan électoral, on a pu observer du côté du PCG un mouvement inverse de celui qui s’est produit pour le Parti Communiste Français.

Alors que ce dernier voit depuis plusieurs années baisser son score aux élections, celui du PCG est monté. Aux élections législatives de 1981, le PCG a eu 25 % des votes, et à celles de 1988, plus de 26 %. L’évolution était parallèle aux élections régionales.

Avant la crise, il comptait un député sur trois, plus d’une douzaine de conseillers généraux et apparentés, presqu’autant de conseillers régionaux (sur 42), 7 maires sur 34 dont ceux des deux principales villes de l’île.

La promotion d’un certain nombre d’intellectuels noirs : avocats, médecins, professeurs, est un phénomène qui date de l’après-guerre et qui s’est amplifié par la suite. Ils occupèrent peu à peu, après la guerre, des postes réservés auparavant aux blancs. Bon nombre d’entre eux rejoignirent le PCG. Ce sont eux qui constitueront cette couche de notables et élus du PC par la suite.

Ces hommes qui doivent leur carrière politique au PCG - c’est-à-dire en fin de

compte, au dévouement présent et, surtout, passé de ses militants - ont commencé, il y a un certain temps déjà, à prendre leurs distances, à se poser en « rénovateurs » et trouver des justifications « idéologiques » à l’abandon de l’étiquette « communiste ». Pourquoi ont-ils choisi ce moment pour sauter le pas et scissionner ? Peut-être en raison de l’approche des élections régionales. Peut-être tout simplement parce que leur opposition « rénovatrice » à l’intérieur du parti est arrivée à son terme.

En tout cas, rien d’étonnantqu’un certain nombre de notables parmi les plus en vue du PCG aient choisi aujourd’hui de poursuivre leurs carrières en dehors de l’appareil du parti. Ils n’ont plus besoin de cet appareil pour leurs carrières. Et leurs explications pseudo idéologiques n’y changent rien.

Le climat politique actuel, avec l’effondrement du stalinisme à l’Est, incite tout naturellement les ex-staliniens de la Guadeloupe, social-démocratisés depuis longtemps, à rompre les amarres et à se débarrasser d’une étiquette de « communiste » de toute façon formelle et qu’ils considèrent aujourd’hui gênante. Alors, ils reprennent à leur compte les idées anti-communistes à la mode et hurlent avec les loups contre les méfaits du centralisme démocratique des dictatures « communistes » à l’Est, et de tout ce que les partis « frères » des pays de l’Est leur auraient soi-disant caché. Autant de propos dont sont friands aujourd’hui les journalistes bourgeois et viscéralement anti-communistes.

Pourtant pendant plusieurs décennies les dirigeants du PCG démissionnaires ont soutenu sans broncher tous les méfaits du stalinisme : que ce soit la répression des travailleurs et de la jeunesse en révolte en Allemagne de l’Est en 1953, la répression sanglante de la révolution hongroise par les troupes soviétiques, l’invasion par ces mêmes troupes de la Tchécoslovaquie ou encore celle de l’Afghanistan. Et Bangou lui-même n’allait-il pas passer ses vacances en URSS avec les privilèges accordés aux « apparatchiks » étrangers ?

Ces notables ont senti que leurs postes électoraux et leurs municipalités pouvaient leur suffire. Et, débarrassés maintenant de la « casserole communiste », ils peuvent envisager toutes sortes de tractations électorales avec le PS, voire même la droite. Car l’enjeu c’est le contrôle des deux assemblées locales : Conseil régional et Conseil général, dont les élections approchent.

Ou va le pcg ?

La scission des « rénovateurs » du PCG a donc été le fait de ces notables élus qui estiment, à tort ou à raison, que leurs réseaux d’influence, leur clientèle électorale, leur permettra de maintenir leurs positions, qui à la tête de sa municipalité, qui au Parlement ou au Conseil général. Ceux qui se maintiennent à la tête du PCG sont pour la plupart des hommes plus jeunes, plus militants et moins directement liés au clientélisme électoral ; mais qui n’ont pas, non plus, d’assise électorale propre et ont besoin de l’appareil du parti et ne tiennent pas à en perdre le contrôle.

La lutte d’influence entre les deux directions, désormais ouvertement rivales au travers de leurs partis respectifs, pour se partager la base du PCG n’est pas terminée avec la fondation du PPDG. Les dirigeants de ce dernier ont quelques raisons de penser qu’ils garderont le gros de la base électorale du PCG (encore que l’avenir dira si leur calcul est juste).

Pour ce qui est de la base militante du PCG, il n’en sera pas nécessairement de même. Bangou a réussi à entraîner avec lui la base militante de Pointe-à-Pitre. Mais cette base est, depuis longtemps, surtout une machine électorale, liée à la municipalité par tout un réseau d’intérêts, d’emplois, etc. En sera-t-il ainsi dans les autres communes dont les maires et/ou conseillers généraux ont quitté le PCG pour le PPDG ? Cela dépend sans doute du mode d’existence de ses sections locales avant la scission. Là où il y avait une véritable vie organisationnelle, une activité militante dans les quartiers, voire, via la CGT, dans les entreprises, et non pas le ralliement purement électoral au maire, les militants risquent d’être partagés. Là où la seule vie politique du PCG était de faire les campagnes électorales, les rénovateurs risquent d’entraîner leurs partisans électoraux ex-communistes et d’en faire des rénovateurs adhérents au PPDG.

Les commentateurs ont évidemment tendance à enterrer le PCG, bien qu’il conserve pour l’instant la majorité de ses adhérents. Leur thèse est que sans les ténors - les élus - le PCG ne survivra pas. Et de citer l’exemple de communes où la perte de la municipalité dans le passé a abouti à l’effondrement local du PCG. Ces prévisions qui sont surtout des souhaits, peuvent néanmoins se révéler exactes. Mais ce n’est pas une fatalité.

Nombre de militants de base demeurent attachés à l’idéal communiste et à ce que représentait le PCG en capital de lutte et en liens avec la classe ouvrière. Et dans le passé, ce furent souvent ceux-là qui, à chaque crise grave du PC, ont su rebâtir, reconstruire et renouer des liens avec les travailleurs et la population.

Mais si les dirigeants du PCG restés à la tête de ce parti ont, au moins, choisi de ne pas jeter par dessus bord l’étiquette communiste - encore qu’il vaut mieux attendre le prochain congrès du PCG « maintenu » pour être assuré que tel est réellement leur choix politique - ils n’en offrent pas pour autant une véritable perspective aux travailleurs.

Le secrétaire général du PCG écrivait récemment : «  Une idée forte commence pourtant à s’imposer à la face du monde, c’est la montée du nationalisme, la volonté incompressible des peuples grands et petits de prendre en main leur destin... Quant à nous, notre espoir tient au fait que notre raison d’être, nos objectifs, sont liés à l’existence du peuple guadeloupéen dans une Guadeloupe dirigée par des Guadeloupéens. C’est sur quoi nous n’allons pas transiger ». En même temps, on observe un certain rapprochement avec l’organisation indépendantiste UPLG.

Tout cela laisse à penser que ce n’est pas sur le terrain des luttes des travailleurs que les dirigeants de ce qui reste du PCG entendent relever la concurrence du PPDG, mais sur le terrain d’un nationalisme plus affirmé. En accentuant son image de « parti anti-colonialiste », le PCG marquera sans doute sa différence avec le PPDG, car ce dernier, dans sa volonté de se rapprocher du Parti Socialiste, voire des partis de notables centristes ou de droite, pourrait gommer tout aspect « anti-colonialiste » de sa phraséologie.

Les travailleurs ne constituaient ni la seule, ni même sans doute la principale base du PCG tel qu’il était avant la scission. Il n’empêche que cette fraction de la classe ouvrière de la Guadeloupe qui voulait soutenir le communisme, voter pour le communisme et qui, à certaines périodes, s’est battue et a reçu des coups pour ce qu’elle croyait être le communisme, l’a fait sous l’égide du PCG. Elle ne l’a pas fait - en tout cas, tous ne l’ont pas fait - pour tel ou tel de ces notables du PCG qui, aujourd’hui se détournent avec mépris du mot même de communisme qu’ils ont tant contribué à vider de tout contenu.

En définitive, ce qui sera déterminant pour l’avenir du PCG, c’est le nombre et le poids des militants qui entendent garder au moins leur référence communiste et qui, conscients que ce sont ses liens avec les travailleurs, les exploités, qui ont fait dans le passé la force du PCG, entendent maintenir ces liens en militant parmi les travailleurs. L’avenir dira s’ils sont nombreux ou pas. Mais s’ils existent et si la perte quasi-inévitable de l’influence électorale du PCG « maintenu » ne les affecte pas au point de les pousser vers l’abandon, le départ des notables ne rendra pas leur activité plus difficile, au contraire.

Né tardivement et sous le signe du stalinisme - de surcroît pendant son intégration dans la résistance c’est-à-dire ouvertement subordonné à la bourgeoisie impérialiste française, américaine, etc, en guerre contre la bourgeoisie impérialiste allemande - le PCG n’a jamais incarné jusqu’au bout les intérêts de la classe ouvrière de la Guadeloupe. La tâche de se donner une organisation communiste révolutionnaire est encore devant la classe ouvrière de la Guadeloupe - et plus généralement, devant la classe ouvrière de ces Caraïbes dont la Guadeloupe fait partie - et pas derrière. Mais il est certain que la disparition du PCG au profit d’une formation qui renierait jusqu’à ces références au communisme, fussent ces références purement formelles, ne serait pas un avantage du point de vue des intérêts politiques de la classe ouvrière, mais un recul.

29 Octobre 1991