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LDC n° 84, novembre 2004
Guadeloupe - Grèves et manifestations pour s’opposer à l’intimidation judiciaire au service du patronat


Le juge d’application des peines de Pointe-à-Pitre, sur la requête des avocats du syndicat UGTG (Union générale des travailleurs de la Guadeloupe), a décidé de suspendre pour deux mois l’application de la peine de Michel Madassamy, membre dirigeant de l’UGTG, compte tenu de son « état de santé dégradé » par une grève de la faim de 30 jours.

Par ailleurs, un référé a été introduit auprès du tribunal de Pointe-à-Pitre pour faux et usage de faux concernant l’un des documents qui ont servi pour l’arrestation et l’incarcération de Madassamy. Le jugement sera rendu le 18 novembre.

La décision du juge est bien un recul devant la détermination de Madassamy et devant l’importance du soutien apporté par les travailleurs et les jeunes qui sont mobilisés depuis un mois pour exiger sa libération et pour faire reculer les injustices, les attaques antisyndicales et antigrévistes.

Tous ces gens, préfet, membres de l’appareil judiciaire, qui volent au secours des patrons pour les aider face aux grèves des travailleurs, ont subi un revers. Car c’est bien eux qui ont attisé le mécontentement et provoqué la montée de la colère par leur attitude arrogante et méprisante, par leurs gestes hostiles répétés contre les travailleurs en grève, par leurs menaces et par l’étalage et l’usage répété contre les grévistes du dispositif de répression.

Ils croyaient peut-être que leur répression judiciaire, leurs multiples condamnations crapuleuses, leurs amendes, leurs interpellations et arrestations allaient intimider et démobiliser les travailleurs et les organisations syndicales combatives. Tout cela a eu l’effet contraire.

Des grèves n’ont cessé d’éclater dans diverses branches : commerce, services, fonction publique, port, mairies, distribution d’essence.

Alors se pose un problème : dans deux mois, les autorités judiciaires (procureur, juge d’application des peines, etc. ) vont-elles se risquer à remettre en prison Michel Madassamy ? Chercheront-elles à tout prix à appliquer les dix mois de prison auxquels ce militant syndical reste condamné ?

On voit mal comment, dans deux mois, Madassamy accepterait plus qu’aujourd’hui d’être mis en prison.

Quant à ceux qui se sont mobilisés pour obtenir sa libération, ils estiment qu’il s’agit là d’une première étape et que la libération de Madassamy doit devenir définitive. Les organisations regroupées dans le Comité contre la répression veulent aussi que les jugements hâtifs, injustes, disproportionnés contre des grévistes, des militants syndicaux soient annulés ou deviennent lettre morte, d’une façon ou d’une autre.

De même qu’il faut mettre un terme à la prétention de faire payer des dizaines de milliers d’euros d’amendes et d’astreintes à des travailleurs pour avoir participé à des piquets de grève sous prétexte qu’ils entravaient « la liberté du travail » .

Si les autorités judiciaires et l’administration préfectorale décidaient à tout prix de faire appliquer les peines de Madassamy et des autres condamnés, ce serait là une véritable provocation. Une telle attitude ne pourrait qu’attiser la colère et en arriver à des affrontements avec les travailleurs et les jeunes les plus combatifs.

Il est certain qu’il y a des forces locales, des gens dans les milieux du patronat et du MEDEF, qui voudraient bien en arriver là, c’est-à-dire qu’ils espèrent ainsi mettre au pas les syndicalistes et les travailleurs combatifs. Il s’agit notamment de tout le lobby bananier qui gravite autour de quelques grands planteurs békés de Guadeloupe et Martinique, les Dormoy, Lignères, Hayot et compagnie.

Les autorités dites de « tutelle » à Paris vont-elles les suivre sur ce terrain ? Ou feront-elles un calcul plus avisé et plus prudent ? Nul ne peut le dire pour l’instant.

Dans les semaines qui vont suivre, on verra si les grèves et manifestations, l’engagement des travailleurs pour exiger la libération de Madassamy, ont été une première étape dans la mobilisation des travailleurs ou une simple réaction défensive ou de solidarité sans lendemain.

Rappel du fil des événements

C’est donc depuis le 4 octobre, lorsque Madassamy fut arrêté puis commença sa grève de la faim, que la situation sociale, déjà marquée par la grève longue des ouvriers de la banane, se tendit encore plus. Tout au long de ce mois d’octobre, des grèves et des manifestations avec ou sans barrages de routes se multiplièrent dans l’île.

L’épisode le plus marquant se déroula au cours des manifestations du samedi 23 octobre, qui se déroulèrent toute la journée et une partie de la nuit jusqu’au dimanche, dans différents quartiers de Pointe-à-Pitre, principale ville de Guadeloupe.

On assista alors à une véritable explosion de colère de quelques centaines de jeunes, face aux forces policières locales, gardes mobiles et autres.

Pierres contre grenades lacrymogènes, débris, carcasses de voitures, poubelles enflammées barrant différentes rues et carrefours, pendant la journée du samedi, témoignèrent de la colère des jeunes. Mais la nuit venue, dans le quartier populaire du « carénage », les affrontements devinrent plus violents. Certains manifestants ont tiré à balle sur les policiers qui usaient de grenades lacrymogènes et de « flashballs » (arme tirant des balles de caoutchouc) qui ont blessé des manifestants. Il y eut des blessés dans les rangs des policiers et plusieurs manifestants furent arrêtés.

Au cours des événements du samedi 23 et dimanche 24 octobre, onze manifestants ont donc été arrêtés. Trois ont été relaxés. Huit ont été emprisonnés. Trois sont en détention provisoire en attendant le jugement. Cinq ont été condamnés de un à quatre mois de prison ferme. Ils ont été battus, insultés avec acharnement par les policiers guadeloupéens du commissariat de Pointe-à-Pitre.

Réactions des autorités, des politiciens et des notables

Le préfet intervint dans les médias, radio et TV. Il avertit que des poursuites seraient engagées contre des manifestants identifiés, photographiés, interpellés, emprisonnés au cours des différentes manifestations qui se déroulent depuis un mois en Guadeloupe.

Le préfet menaça aussi les organisateurs appelant à des manifestations qui n’auraient pas été déclarées trois jours avant aux autorités. Ils seraient, dit-il, responsables de tout ce qu’il adviendrait au cours de ces manifestations : affrontements avec les forces de répression, casse, pillage, etc., et poursuivis pour cela. De telles manifestations non signalées trois jours avant seraient considérées, dit-il, comme des « attroupements sur la voie publique » et seraient traitées comme tels. Il redit son intention de faire preuve de fermeté.

Ces menaces n’ont pas empêché les organisations du comité contre la répression et l’UGTG de tenir des meetings dans diverses communes sur la voie publique, de manifester dans Pointe-à-Pitre et particulièrement le vendredi 5 novembre, pendant l’audience du tribunal qui devait délibérer sur la mise en liberté de Madassamy.

Les modérés, réformistes de gauche - du parti socialiste et progressiste - étaient gênés de dénoncer les mesures répressives contre les syndicats et les travailleurs. Pour eux, il s’agissait de « décisions de justice » devant lesquelles ils se prosternent respectueusement.

Ni les dirigeants socialistes à la tête de la région, ni ceux qui sont à la tête du département, ne dénoncèrent la répression antisyndicale, les condamnations lourdes contre des militants syndicaux et grévistes, alors que cette justice de classe n’avait manifestement pour but que de frapper les travailleurs et les militants syndicaux combatifs et d’intimider l’ensemble des travailleurs. Par ces condamnations, la prétendue justice, au service du patronat, vise à rendre plus difficiles les luttes des travailleurs.

Les politiciens socialistes et progressistes biaisèrent et cherchèrent à placer le problème uniquement sous l’angle « humanitaire » : la vie d’un homme était en danger, il fallait examiner son cas avec mansuétude, trouver une porte de sortie, etc.

Un tel comportement n’est pas surprenant. Ces notables, hommes politiques de gauche ou de droite, élus, maires, députés, sénateurs, etc., sont hostiles aux grèves et aux syndicats qui déclenchent des mouvements, notamment dans « leurs » municipalités, dans « leur » Conseil général ou régional. Tout comme les patrons, ils laissent « pourrir » les grèves (parfois pendant des mois) et s’arrangent toujours pour revenir sur les accords signés avec les personnels municipaux ou d’autres collectivités locales.

Ainsi, seuls les syndicats et les organisations politiques (indépendantistes, communistes du Parti communiste guadeloupéen, communistes-trotskystes de Combat Ouvrier) menant une action commune dans le Comité contre la répression depuis le début du mois de juillet 2004 ont pris des positions claires et ont organisé la riposte aux attaques du patronat, de la justice et de la préfecture.

Les travailleurs dans le mouvement contre la répression antisyndicale et antigrévistes et pour la libération de Madassamy

Les travailleurs ont joué un rôle déterminant dans la mobilisation pour la libération de Madassamy et contre la répression antisyndicale par leurs grèves. C’est ainsi que pendant pratiquement tout le mois d’octobre et au début de novembre, le port de Pointe-à-Pitre a été perturbé puis bloqué. Du reste, après la libération de Madassamy, estimant qu’ils avaient des revendications propres à satisfaire, les dockers sont restés en grève jusqu’à aujourd’hui (9 novembre).

Au moment où Madassamy fut emprisonné, le 4 octobre, il s’est trouvé que la grève des ouvriers agricoles de la banane durait depuis le 24 août et avait déjà créé un climat de tension où le face-à-face avec les forces de répression se répétait tous les jours, depuis près de six semaines.

La grève des ouvriers de la banane a eu pour conséquence d’entraîner dans la grève les dockers. Ceux-ci ayant été sollicités par les grévistes de la banane, s’engagèrent à ne plus décharger et charger les bateaux bananiers.

Lorsque Madassamy fut emprisonné et commença sa grève de la faim, l’ensemble des personnels du port progressivement ont alors arrêté toutes les opérations sur les bateaux.

Puis, ils décidèrent non seulement d’exiger la libération de Madassamy, mais aussi de mettre en avant leurs propres revendications concernant l’organisation du travail, les horaires, etc., qui depuis des années, sont rejetées par les patrons opérant sur le port.

Dans le commerce, des entreprises moyennes telles que La Palette, les supermarchés Carrefour Abymes et Baie-Mahault, la Colas, l’usine de production de ciment (Ciments antillais), des mairies, une entreprise de production de poulets et oeufs, etc., tous ceux-là se sont mis en grève, à la fois pour soutenir Madassamy et arracher sa libération, et en même temps dans presque tous ces secteurs les travailleurs mettaient en avant leurs propres revendications.

Là où des NAO (négociation annuelle obligatoire) tombaient en octobre ou novembre, elles se sont déroulées sous la pression de travailleurs mobilisés, apportant des résultats inhabituels au niveau des augmentations de salaires, du paiement des jours de grève notamment.

Dans d’autres cas, ces NAO furent houleuses, en particulier dans le secteur hôtelier où les négociations ont été rompues.

Dans pratiquement toutes les branches, des inter-syndicales CGTG-UGTG ont fonctionné et ont donné du dynamisme aux grèves et de la détermination aux grévistes. Ils ont senti qu’ils pouvaient compter sur ces deux syndicats et cela les encouragea à lutter avec détermination pour faire reculer les patrons sur leurs revendications, tout en réclamant la libération de Madassamy.

Les causes du mécontentement

Un incident qui se déroula le jeudi 4 novembre donne une indication sur l’état d’esprit des travailleurs durant ces semaines d’agitation.

Alors que les dockers de Pointe-à-Pitre étaient en négociation avec le patronat du Port autonome, ils apprirent que le secrétaire général de la CGTG, JM Nomertin, était mis en garde à vue à la gendarmerie de Capesterre.

Aussitôt ils suspendirent les négociations et déclarèrent qu’ils ne les reprendraient que lorsque le représentant de la CGTG serait relâché. Ce qui fut fait en fin de journée alors que les gendarmes avaient affirmé vouloir le garder deux fois 24 heures.

Le mécontentement qui a suscité les grèves et les mouvements de colère a plusieurs causes.

Les travailleurs en ont assez de l’attitude des patrons qui bloquent les salaires et ne lâchent rien depuis des années.

Puis, il y a eu les attaques contre les syndicats et contre les grévistes, notamment lors de la dernière grève de la banane pour faire appliquer le SMIC. Cela a choqué beaucoup de travailleurs dans toutes les entreprises.

Enfin, il faut ajouter à ces causes de mécontentement l’attitude générale des patrons, leurs mots blessants, parfois racistes, relayés par l’arrogance et le mépris des autorités, notamment du préfet, triste personnage qui est déjà passé en procès en France pour avoir tenu, en tant que préfet du Vaucluse, des propos racistes envers les Gitans.

Il y a encore ces attaques contre l’UGTG depuis quelques mois : 27 mois de prison ferme au total pour 5 militants de l’UGTG, 75 mois de prison avec sursis, plus de 120 000 euros d’amendes à payer.

Certains médias, certains journalistes et commentateurs, les représentants du MEDEF, ont tenté de faire croire que c’était les « dérapages » ou les « débordements » de l’UGTG qui étaient visés par la justice.

Mais d’autres travailleurs, liés à d’autres syndicats, notamment à la CGTG-Banane pouvaient constater, vérifier par leur propre expérience qu’il s’agissait là de mensonges.

C’est le cas après la grève de Baillif (en septembre 2003) chez le gros planteur béké Lignères. Aujourd’hui, la justice veut faire payer à des travailleurs agricoles de lourdes astreintes prononcées au cours de la grève.

Les travailleurs avaient fait grève du 15 juillet au 10 septembre 2003 pour obtenir le paiement des jours fériés légaux (dont le 14 juillet). Lignères prétendait en particulier que les travailleurs haïtiens de sa plantation ne devaient pas toucher la journée fériée du 14 juillet car c’était une fête française. Il fallut donc près de deux mois de grève pour que ce patron borné et réactionnaire cède sur ces revendications.

Mais comme, pendant la grève, les travailleurs organisaient des piquets devant les différentes plantations de Lignères, il a fait appel à la justice à plusieurs reprises. Celle-ci a condamné des grévistes et des représentants syndicaux de la CGTG à payer des astreintes pour entraves à l’accès à l’entreprise et à la liberté du travail. Montant des astreintes : 15 000 euros réclamés à chacun des 16 grévistes cités devant les tribunaux, plus 3000 euros au titre de frais des tribunaux, ce qui représente au total 288 000 euros à verser à Lignères et aux tribunaux.

Lignères a certes signé un accord reconnaissant qu’il devait payer les jours fériés, mais il ne les a toujours pas versés aux travailleurs. Évidemment, il n’est ni poursuivi ni condamné. Cela aussi choque et mécontente bon nombre de travailleurs.

Après cette grève chez Lignères, il y a eu une grève chez un autre gros planteur blanc, le nommé Chaulet, dont le frère est député UMP et maire d’une commune, puis ce fut le démarrage de la grève générale de la banane le 24 août 2004.

Depuis lors, les patrons ont tourné leur vindicte et appelé à la répression contre la CGTG et contre Nomertin, son secrétaire général. Les grévistes de la banane furent sans arrêt inquiétés, convoqués, interpellés, invectivés par les gendarmes et autres forces policières envoyées sur les lieux de grève ou de manifestation. Un gendarme a même braqué son arme en direction de Nomertin car il n’avait pas réussi à l’arrêter sur un barrage de route, celui-ci ayant été arraché des mains des gendarmes par un groupe d’ouvriers agricoles en colère.

La grève menée dans les plantations de bananes, qui a duré plus de deux mois, a été provoquée par le refus des patrons d’appliquer l’augmentation du SMIC au 1er juillet 2004. Là encore, des jugements ont été prononcés contre les grévistes et les syndicalistes : astreintes de 500 euros par jour pendant toute la durée de la grève.

Les représentants de la CGTG-Banane, des grévistes, ont été convoqués à plusieurs reprises à la gendarmerie de Capesterre Belle-Eau, principal centre bananier de Guadeloupe. Aujourd’hui encore, les convocations se poursuivent.

Chaque fois, le syndicat et les travailleurs ont décidé de s’y rendre car c’était l’occasion de manifestations devant la gendarmerie et sur une voie publique très passante, et de diffusions de tracts suivies de rassemblements, d’explications sur le contenu des interrogatoires, etc.

Aujourd’hui encore, alors que la grève de la banane est terminée, il y a de nouvelles convocations d’ouvriers et de syndicalistes à la gendarmerie.

Tous ces procès suivis de condamnations ont été le prolongement de grèves et des manifestations liées à ces grèves. C’est bien aux travailleurs, aux grévistes, que s’attaquent les patrons et la justice à leur service, pas seulement à un syndicat.

Ainsi, progressivement, malgré le matraquage médiatique des positions officielles, sur l’impartialité de la justice, sur l’absence de toute intention d’attaquer les syndicats et le droit de grève, les travailleurs ont bien compris que cette répression n’avait rien d’innocent, ni de sélectif (uniquement envers l’UGTG), mais qu’elle visait tous les syndiqués et l’ensemble des travailleurs.

Ces condamnations de militants, de grévistes à la prison ferme ou avec sursis, ces astreintes énormes à payer, ces interpellations répétées de grévistes, tout cela vise tous les travailleurs, pour affaiblir, décourager leurs luttes, leurs grèves.

La prise de position sans ambiguïté et sans réserve de la CGTG en faveur de Madassamy et contre les répressions diverses qui touchaient l’UGTG a contribué à pousser les travailleurs dans la bonne direction et à comprendre qu’il faut faire passer les intérêts généraux de leur classe avant les querelles ou les divergences entre syndicats différents.

L’objectif du patronat

Le patronat, en particulier le MEDEF, estime qu’après plusieurs années de grèves touchant tous les secteurs où les travailleurs n’hésitent pas à se battre jusqu’au bout, parfois pendant plusieurs mois, pour obtenir leurs revendications, il faut donner un coup d’arrêt à cette combativité en particulier en s’attaquant aux syndicats les plus combatifs.

Le MEDEF n’a pas caché qu’il avait une tactique mise au point avec tous les gros patrons en liaison avec certains hommes politiques, qui n’hésitent pas à afficher leur position antigrévistes (manifestations de rue des élus contre une grève de municipaux qui durait trop à leur goût). Le MEDEF estime que la préfecture doit intervenir plus vaillamment, plus directement en faveur du patronat lors des grèves.

Selon la CGTG, le MEDEF a fait circuler des instructions à tous les patrons, notamment une résolution de décembre 2001 pour résister à la combativité des travailleurs. Les recommandations du MEDEF comportaient quatre points :

- ne pas donner satisfaction aux revendications des grévistes,

- création d’une caisse de solidarité patronale,

- faire appel systématiquement aux huissiers, tribunaux et forces de répression,

- non-paiement des jours de grève.

Le MEDEF voulait ainsi unifier le front patronal mais cela n’a pas toujours marché comme il l’entendait. En effet, devant la combativité et l’acharnement des travailleurs lors des grèves, bien des patrons ont dû reculer et concéder tout ou partie des revendications. Cependant, beaucoup de patrons s’acharnent à faire durer les grèves le plus longtemps possible, tout en en faisant porter la responsabilité aux travailleurs, accusant les syndicats de détruire l’économie.

Ce que veut le patronat, ce que veulent les administrations préfectorale et judiciaire à son service, c’est décourager les travailleurs. N’ayant pas réussi dans cette voie, ils cherchent à désorganiser les syndicats ou en tout cas à placer des obstacles sur leur chemin : peines de prison, lourdes amendes (frapper les syndicats à la caisse).

Ils s’en prennent aux travailleurs qui ont été grévistes. Mais loin d’être découragés, les travailleurs, dans la période où ces attaques se font le plus sentir, ont mené plus de grèves, comme par défi envers patrons et administrations judiciaire et préfectorale. Ils ont agi en vertu du vieux principe que la meilleure défense, c’est de continuer les luttes revendicatives, c’est de refuser de se plier aux diktats du patronat, de se laisser intimider par la répression judiciaire et policière.

De même, les menaces du préfet n’ont empêché ni les meetings en communes et en ville, ni les manifestations à Pointe-à-Pitre. Particulièrement, une grande manifestation se tint le vendredi 5 novembre, jour où devait se prononcer l’appel de l’application de la peine de Madassamy.

En libérant Madassamy pour deux mois, les juges et les autorités espèrent sans doute calmer momentanément la situation et gagner du temps. Ils espèrent qu’une certaine lassitude se fera jour et que la mobilisation retombera.

L’objectif de faire libérer Madassamy pourrait alors avoir occulté celui d’annuler toutes les peines iniques prises contre des syndicalistes et des grévistes, condamnations qui sont tombées en cascade depuis deux ans et qui arrivent à la phase de « l’application des peines ».

Dans les jours qui viennent, on verra bien si les motifs qui ont poussé les travailleurs à entrer en grève étaient seulement défensifs face aux attaques du patronat et de la justice, ou bien si les travailleurs, forts des succès obtenus ici ou là sur certaines revendications de salaires notamment, vont décider d’aller plus loin et d’étendre le mouvement de revendications.

Quoi qu’il en soit, on peut déjà dire que les événements que viennent de vivre les travailleurs, à la fois pour obliger l’administration à reculer sur l’emprisonnement de Madassamy, pour dénoncer les attaques judiciaires contre les syndicats et contre les grévistes, et pour arracher certaines revendications, laisseront des traces encourageantes pour l’avenir.

Le moral de l’ensemble des travailleurs en ressortira renforcé, ce qui ne peut être que positif pour les luttes à venir.

9 novembre 2004