Site

Documents/Articles de "Lutte de Classe"/Guadeloupe et Martinique /LDC n° 144, mai 2012 Zénith - Intervention de Ghislaine Joachim-Arnaud, porte-parole de Combat Ouvrier

LDC n° 144, mai 2012
Zénith - Intervention de Ghislaine Joachim-Arnaud, porte-parole de Combat Ouvrier

STRONG>



Intervention lors du meeting National du Zenith le 15 avril 2012

Chers camarades, chers amis,

Je parle ici au nom de Combat Ouvrier, organisation communiste révolutionnaire, trotskyste, de Martinique et de Guadeloupe.

Combat Ouvrier est, tout comme Lutte Ouvrière, membre de l’Union communiste internationaliste, l’UCI. C’est donc en tant que porte-parole d’une organisation sœur de Lutte Ouvrière que j’interviens devant vous aujourd’hui. Et c’est en tant que telle aussi que nous appelons à voter en Martinique et en Guadeloupe pour Nathalie Arthaud, la candidate de Lutte Ouvrière à l’élection présidentielle. Je suis sa représentante en Martinique, commme Jean-Marie Nomertin l’est en Guadeloupe.

Ma camarade Nathalie a récemment déclaré que la situation des travailleurs des pays dits de l’Outre-mer était la même qu’ici en France, mais en pire. Cela résume bien la situation.

Prenons le chômage. En Martinique et en Guadeloupe, le taux de chômage officiel se situe entre 21 et 25 %. Il frôle les 65 % pour les moins de 25 ans.

Prenons les prix. Une revue des patrons de la grande distribution a chiffré à 84 % la différence de prix entre les Antilles et la France, sur un panier type de produits alimentaires de consommation courante.

Prenons les salaires et pensions. Une très récente grève des pompistes en Martinique a eu lieu parce que des centaines de ceux-ci sont payés au SMIC, quelle que soit l’ancienneté. Et c’est vrai pour de nombreux travailleurs dans tous les pays dits de l’Outre-mer.

Concernant les retraites, eh bien, plus de la moitié des foyers de retraités ne perçoivent que 520 euros par mois aux Antilles.

Le taux de pauvreté est particulièrement important : on compte 26 à 27 % de pauvres aux Antilles, c’est-à-dire de gens qui vivent avec moins de 667 euros par mois. Ce taux est environ de 13 % en France. Un Antillais sur quatre est considéré comme pauvre.

Et puis, dans le pire, il y a le poids des patrons sur la société et leur arrogance vis-à-vis des travailleurs, hérités de la morgue et du mépris des exploiteurs coloniaux, de l’esclavage et du colonialisme direct. L’esclavage tout court a depuis longtemps cédé la place à l’esclavage salarié, mais le mépris raciste est toujours là.

En Guadeloupe, le patron béké – les békés sont les descendants des vieilles familles esclavagistes – Hervé Damoiseau déclarait tranquillement dans une interview à la suite de la grève générale de 2009 : « Puisqu’on se plaint autant de la Guadeloupe et de son système, les Guadeloupéens sont en, grande partie, sénégalais, qu’est ce qui leur empêche d’aller visiter le Sénégal, pour voir si on est mieux au Sénégal qu’en France ? Puisque le pouvoir colonialiste est si désagréable que ça. »

Ces gens-là ont la haute main sur l’économie de la Guadeloupe comme de la Martinique. Ils contrôlent la majeure partie de la grande distribution, de l’import-export, des grandes exploitations agricoles, etc.

Ce gros patronat issu des familles de colons ne se contente pas d’avoir la mainmise sur l’économie locale. Il a la mainmise sur le personnel politique.

Sarkozy est appelé fort justement le « président des riches ». Mais c’est vrai, non seulement pour la France dite « métropolitaine », mais ô combien aussi pour les vieilles possessions françaises de Martinique et de Guadeloupe.

On l’a bien vu lors de la grève de 2009 où il a suffi que le lobby des riches békés et autres possédants réclame le départ du ministre des DOM de l’époque, Yves Jégo, jugé trop compréhensif à l’égard des grévistes, pour l’obtenir et obtenir ensuite sa « tête ».

Oui, les riches familles békés, comme les Hayot, Damoiseau, De Lucy, Aubéry, De Reynal ont leur entrée à l’Élysée et s’en vantent. Cela a du reste toujours été le cas depuis la période de l’esclavage puis de la période coloniale directe, jusqu’à aujourd’hui.

Et c’est dans un tel contexte que ma condamnation en première instance pour incitation à la haine raciale apparaît totalement inique. Le lobby béké m’a traduite devant les tribunaux parce que j’avais inscrit à la fin d’une émission de télé, sur le livre d’or : « Matinik sé ta nou, Matinik sé pa ta yo, an band bétché volè profitè nou ké fouté yo déwo, komba ta la fok y kontinyé. » Voilà la traduction : « La Martinique est à nous, elle n’est pas à eux. Une bande de békés voleurs profiteurs, on les mettra dehors. » C’était le slogan, la chanson de la grève générale que criaient et chantaient des dizaines de milliers de travailleurs dans les rues.

Alors, un tel procès contre moi, c’est vraiment le monde à l’envers. C’était un procès à l’envers.

Mais vous l’avez compris, ce procès était aussi une manière d’attaquer, à travers ma personne, la grève générale de 2009 dont j’étais une des responsables. Une manière de se venger de la peur panique que la bourgeoisie antillaise, et les békés donc, ont ressenti face à la force de la rue et de la grève.

Tout cela est très révélateur de l’arrogance d’une caste d’un autre âge !

Mais pourquoi cette couche de possédants ne se sentirait-elle pas aussi sûre d’elle et dominatrice lorsqu’elle bénéfice régulièrement de la manne de l’État ?

Aujourd’hui encore, tous les lois et textes successifs pour les pays dits de l’Outre-mer accordent défiscalisation, exonérations de charges fiscales, de cotisations sociales et autres facilités à ces possédants et aux grosses sociétés, et ce depuis des années, soi-disant pour créer des emplois. Et en contrepartie, ils ne créent pas plus d’emplois. Les gouvernements de droite leur ont même accordé le droit de pollution criminelle au chlordécone, un puissant pesticide nocif, répandu dans les bananeraies (avec le silence de la gauche) alors même que ce produit était interdit.

Dernière en date de ces promesses de cadeaux : l’exonération totale de charges sociales pour toute embauche de jeunes d’Outre-mer. Et sans condition d’âge pour toute embauche dans les zones franches. Et par contre la droite ne se gêne pas pour retourner les choses, en laissant entendre qu’en Outre-mer la population pauvre serait « assistée », alors que les aides et l’assistance sont toujours pour les plus riches.

Sarkozy, pour créer l’illusion, prône pour l’Outre-mer, ce qu’il appelle le « développement endogène ». En réalité, c’est une politique qui vise, en faisant croire qu’il pourrait y avoir un développement propre aux Antilles, à ce que l’État fasse des économies en mettant plus de dépenses sur le dos des collectivités locales. En gros, il faut faire mieux avec moins de crédits. Disons que c’est la version tropicalisée de la politique générale de l’État.

Et c’est un des buts de la décentralisation en France comme en Outre-mer.

Dans nos pays, la casse du service public se poursuit comme en France, à la Poste, dans les hôpitaux, dans l’Éducation nationale mais avec au départ beaucoup moins d’infrastructures. C’est flagrant dans les hôpitaux.

Quant à la gauche socialiste ou apparentée, elle suscite aussi bien des illusions de changement en appelant à voter Hollande.

Mais ce dernier ne ferait rien de mieux que la droite s’il était élu. Hollande a fait une série de promesses, mais il n’a pris aucun engagement un tant soit peu radical pour résoudre en particulier le chômage, véritable gangrène de ces territoires. D’une part, Hollande réduit ses prétentions aux seuls jeunes entre 16 et 18 ans. Mais, d’autre part, même à ces jeunes de « 16-18 ans » il n’offre qu’une vague « insertion » et aucun horizon sérieux vers des emplois stables et durables. Autre promesse à dose homéopathique : 500 millions d’euros pour l’investissement outre-mer. 500 millions, c’est un peu moins du double des dettes cumulées des trois principaux hôpitaux de Martinique. 500 millions, c’est pratiquement les montants des exonérations et des dettes patronales d’une année à la Sécurité sociale en Martinique. Mais 500 millions pour quatre « départements d’Outre-mer » et six « territoires d’Outre-mer », c’est une goutte d’eau dans les océans qui les séparent !

Les trente propositions pour l’Outre-mer que fait Hollande sont du même acabit : contrôle des prix, égalité tarifaire sur les tarifs bancaires avec la France, sur les télécommunications. Il sait que les Antillais y sont sensibles, alors il en parle, mais il ne dit rien sur la manière de les régler. « Je lutterai contre la hausse des prix des carburants », a-t-il dit, mais il ne dit rien sur la manière de faire plier les grandes compagnies comme Total… Évidemment, puisqu’il ne le pourra pas, tout comme Sarkozy, Marie-Luce Penchard, la ministre des DOM, et la droite qui sont soumis aux diktats des grosses sociétés et des gros possédants. Du reste, Hollande rassure bien aussi ce monde de possédants en déclarant qu’il «  maintiendra le niveau de la défiscalisation ».

Alors, pour donner le change, Hollande agite quelques petits hochets pour donner l’impression aux Antillais que, quand même, on tient compte d’eux.

Il promet la création d’une « maison de l’Outre-mer » à Paris et celle de la disparition du mot « race » de la Constitution. Tout cela est bien ridicule face au chômage endémique, aux licenciements, à la pauvreté croissante.

On le sait, les races n’existent pas, mais s’il y avait une race des bonimenteurs, il en serait, lui, Hollande de cette race-là !

Évidemment, toutes ces propositions de Hollande ne coûtent pas cher. Car lui, non plus, ne veut pas toucher aux intérêts de la bourgeoisie et des gros possédants de France et d’Outre-mer.

Voilà camarades, en quelques mots ce que je voulais vous dire.

Aux Antilles comme ailleurs, la seule issue pour les travailleurs ce sera la lutte, une lutte consciente et déterminée. Et les travailleurs qui en sont convaincus pourront et devront l’exprimer dans ces élections en votant pour la candidature de Nathalie Arthaud.

Et les travailleurs qui en sont convaincus auront dans les jours qui restent avant le premier tour, à convaincre autour d’eux sur leurs lieux de travail, dans leurs quartiers, dans leurs immeubles, au marché, à l’épicerie, chez le boulanger, dans leur famille d’utiliser le bulletin de vote pour exprimer ses opinions, ses sentiments.

En Martinique comme en Guadeloupe, les travailleurs ont le même intérêt qu’ici à dire avec force qu’ils en ont assez de faire les frais d’une crise économique et financière dont seuls les capitalistes et les banquiers sont responsables. Le bulletin de vote Nathalie Arthaud leur permettra de dire que seules les luttes puissantes et massives des salariés, des chômeurs, des retraités, des jeunes pourront changer leur vie. Rien d’autre !

Ils pourront, avec ce bulletin de Nathalie Arthaud mis dans les urnes les 21 et 22 avril, avancer les objectifs des futures luttes du monde du travail :

- augmentation des salaires, des pensions, des retraites et des allocations indexée sur l’augmentation des prix

- interdiction des licenciements, répartition du travail entre tous sans perte de salaire

- contrôle par les travailleurs et la population laborieuse de toute l’économie, à commencer par son entreprise

- expropriation de toutes les banques sans indemnité ni rachat et mise en place d’une banque unique sous le contrôle des salariés.

Ces objectifs sont aussi valables pour les travailleurs dans les quatre coins dispersés des départements dits d’Outre-mer qu’ici en France.

Le vote en faveur de Nathalie Arthaud sera le seul vote qui ne sera pas comptabilisé dans la mangeoire au profit des différentes équipes variantes, prêtes à servir le grand capital. C’est le seul vote dans notre camp, dans notre classe, pour nous-mêmes !

Alors, le 21 avril aux Antilles et 22 avril ici en France votons et faisons voter en toute conscience pour Nathalie Arthaud.