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Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1104 du 11 janvier 2014/Deuxième page

Deuxième page

Dieudonné et Anelka, deux Noirs en colère et perdus.

ZoomLa presse a beaucoup parlé de la «quenelle» faite par Nicolas Anelka en pleine polémique sur l’interdiction demandée par Manuel Valls des spectacles de Dieudonné. La «quenelle» inventée par Dieudonné – geste du bras tendu vers le bas et main sur l'épaule en haut du bras tendu – n’est pas simplement, comme le prétend Anelka, un «geste antisystème». Il suffit de faire un tour sur internet à la recherche de photos de «quenelles» pour voir, aux côtés des Jean-Marie Le Pen et autres leaders de l’extrême droite violente, que ce sont bien souvent des militaires, paras et chasseurs alpins, des gendarmes et des policiers qui s’y adonnent… pas les milieux les plus antisystème qui soient, donc ! En réalité, la «quenelle» est un code de reconnaissance entre sympathisants de l’extrême-droite. C’est le revers rusé de la médaille «Marine Le Pen» : on expulse bruyamment du FN les militants qui se font prendre en train de faire le vrai salut nazi, et on leur permet, de l’autre côté, de donner libre court à l’envie de plastronner tandis que les sondages leur sont de plus en plus favorables.  
Pourtant, aux Antilles, ce que beaucoup retiennent, ce n'est pas tant, hélas, leurs déclarations ou gestes antisémites, mais le fait que ce sont de jeunes Noirs non dénués de talent. Quand Dieudonné hurle sa rage parce que les sociétés de production françaises lui refusent son projet de film sur la traite négrière au motif que «ce n’est pas un sujet», on partage sa colère. Concernant Anelka, on peut admettre qu'il y a eu «deux poids, deux mesures», quand la Fédération française de foot le sanctionne durement alors qu’elle passe l’éponge sur les propos racistes (et pas seulement «discriminatoires», comme l’ont dit les médias) du sélectionneur Laurent Blanc en 2010. Mais si des chômeurs et des jeunes des quartiers se sentent attirés par ce genre de personnages, si de jeunes Noirs ou Arabes se sentent vengés des «bien pensants» et des racistes, il faut se rappeler que tout cela se passe dans les «hautes sphères». Dans un monde très éloigné de celui des pauvres et des travailleurs.
 Dieudonné et Anelka non seulement ne veulent pas, ne peuvent pas vouloir en finir avec cette société fondée sur les inégalités, cette société qui produit le racisme, mais pour toute une série de raisons ils sont conduits aujourd'hui au racisme antisémite qu'il faut condamner sans  appel.
Les deux finissent par recourir aux mêmes fantasmes que les petits-bourgeois racistes de l’extrême droite française : ceux qui inventent des «complots» à n’en plus finir pour expliquer que le système d’inégalités qu’ils aiment de tout leur cœur et dont ils voudraient jouir, ne leur permet pas de réussir (c’est toujours à cause d’une force extérieure cachée dans l’ombre : les étrangers, les juifs, les Noirs, les francs-maçons, etc.). Ce n’est pas un hasard si tous les deux, Dieudonné et Anelka, ont été autrefois exhibés par la «bonne société» française comme des symboles d’intégration : l’un, jeune humoriste Noir et populaire était encensé parce qu’il se présentait aux élections pour défendre les «valeurs républicaines», l’autre, footballeur talentueux issu des banlieues, était nommé par Canal (+) président d’honneur du club de Trappes censé «donner leur chance aux jeunes des cités». Et ce n’est pas non plus un hasard si tous deux se retrouvent aujourd’hui aux côtés des nostalgiques de «l’Algérie française», voire du nazisme. La colère de Dieudonné et d’Anelka, c’est au fond leur chagrin d’amour avec une Marianne qui, derrière ses allures de sainte vierge, ne parvient pas à cacher son passé esclavagiste et colonial et son présent impérialiste.
En 1933, le révolutionnaire russe Léon Trotsky commentait ainsi le premier livre d’un autre grand artiste, l’écrivain Céline : «Roman du pessimisme, [il] a été dicté par l'effroi devant la vie et par la lassitude qu'elle occasionne plus que par la révolte. Une révolte active est liée à l'espoir. Dans le livre de Céline, il n'y a pas d'espoir. (…) Céline montre ce qui est. Et c'est pourquoi il a l'air d'un révolutionnaire. Mais Céline n'est pas un révolutionnaire et ne veut pas l'être. Il ne vise pas le but, pour lui chimérique, de reconstruire la société. Il veut seulement arracher le prestige qui entoure tout ce qui l'effraie et le tourmente». Ces lignes pourraient presque mot pour mot s’appliquer à Dieudonné. Trotsky prédisait que Céline passerait probablement dans le camp du fascisme et l’histoire lui a donné raison. Pour Dieudonné et Anelka le doute n’est hélas plus permis : ils sont déjà perdus.
En l’absence de luttes larges et offensives des travailleurs et des opprimés, les pauvres, les jeunes et les travailleurs, les victimes du racisme, sont réduits à compter les points entre un Valls qui multiplie les déclarations xénophobes depuis son poste de ministre et un Dieudonné antisémite qui fraye avec les pires ennemis du monde ouvrier. Mais se ranger dans le camp du second serait suicidaire. Seule la lutte collective peut donner une issue positive à leur soif de justice. Seule la lutte des travailleurs peut mettre fin à un système d’exploitation qui engendre le racisme.


Guadeloupe : Générale des Eaux : le chantage d’une multinationale !

Zoom Fin décembre, les médias locaux ont abondamment relayé les menaces de la Générale des Eaux de «fermer le robinet», voire même de quitter la Guadeloupe. Les élus n’étaient pas en reste, avec notamment le maire de Goyave Ferdy Louisy, qui déclarait : «Si la Générale des Eaux s’en va, comment fait-on pour distribuer l’eau ? Une grande partie des foyers guadeloupéens est concernée». Toute cette mise en scène n’avait qu’un seul objectif : obtenir un renouvellement du contrat entre les communes du Siaeag (Syndicat intercommunal d'alimentation en eau et d'assainissement de la Guadeloupe) et la Générale des Eaux, aux meilleures conditions pour cette entreprise.  
En réalité, cela faisait déjà un an que ce contrat devait être renégocié, et que la Générale des Eaux faisait planer des menaces tant sur les mairies que sur les salariés de l’entreprise. Elle a attendu le dernier moment pour que son chantage fonctionne le mieux possible, et a bénéficié de la complaisance des élus locaux pour arracher un accord qui lui est très favorable. Le contrat avec le Siaeag est renouvelé, la Générale des Eaux récupère 10 millions d’euros, elle augmente ses tarifs de 6,4% ce qui va toucher 73 000 familles, et surtout elle peut licencier au moins une centaine de salariés (soit 25% du personnel) sans complications, en les transférant aux Collectivités.
 La Générale des Eaux fait partie du groupe Véolia, une multinationale de l’environnement qui vend de l’eau dans 77 pays. Véolia avait annoncé en mars 2013 son intention de licencier 10% de ses salariés en France (1 500 personnes). En décembre la multinationale a annoncé le licenciement supplémentaire de 700 agents administratifs pour 2014. La prétendue négociation avec le Siaeag lui a permis d’atteindre son objectif en Guadeloupe, et même de le dépasser. Ce n’est pas la première fois que Véolia utilise ainsi son monopole dans la distribution de l’eau pour imposer ses conditions aux municipalités.
En France, il y a eu de nombreuses tentatives similaires de la part des trois entreprises qui se partagent le marché de l’eau (Véolia, Saur et Suez-Lyonnaise) pour continuer d’augmenter leurs prix déjà exorbitants. Dans certains cas, comme à Paris ou à Grenoble, les élus ont refusé le chantage et rompu le contrat pour revenir à une gestion municipale de l’eau, par régie directe. À chaque fois, cela s’est traduit par des baisses de prix significatives pour les consommateurs, de 20 à 45%. Même une ville comme Bordeaux, dirigée par un leader de la droite, Alain Juppé, a décidé en 2011 de créer une régie publique. 
Il faudrait donc que certains maires de Guadeloupe s'expliquent  sur le fait qu'ils n'envisagent pas de faire de même. (Quitte à exiger pour cela des aides de l’État pour les communes les plus endettées).
 Au final, les usagers de Guadeloupe paieront la facture qui était déjà bien élevée au regard du service rendu et l’avenir des salariés de la Générale des Eaux restera compromis par la soif de profit de la direction. C’est ce à quoi il faut s’attendre, tant que nous vivrons dans un monde où les multinationales imposent leur loi, avec la complicité d'un certain nombre d'élus, y compris pour des services fondamentaux comme la distribution de l’eau.
 

LA SARA : Les maîtres-chanteurs sont des délinquants !

Le 5 décembre, 51 parlementaires ultra-marins ont signé une lettre soutenant le projet de décret du ministre Victorin Lurel sur la fixation des prix des carburants Outre-mer. Il n'y avait aucun Martiniquais parmi les signataires, ce qui avait été remarqué. Le député-président de Région Serge Letchimy avait fait savoir à qui voulait l'entendre que la raison de sa non-signature était ses craintes pour l'avenir économique de la SARA (Société anonyme de raffinerie des Antilles). Finalement, le 18 décembre, avec les sénateurs S. Larcher et M. Antiste, il apportait son soutien au ministre tout en appelant "le gouvernement à la plus grande vigilance pour qu'aucun emploi ne soit menacé".
Entre-temps, par ailleurs, 3 syndicats de salariés de la SARA (CFE-CGC, CGTG et FO)  s'adressaient aussi au président de la République : «Nous, représentants du personnel, nous permettons de vous interpeller sur le devenir de nos emplois menacés par l'application du projet de décret de fixation des prix des carburants dans les DOM... ».
C'est dire si la SARA et les compagnies pétrolières qui sont ses actionnaires ont su faire entendre leur propagande. Jusqu'à entraîner les gérants de stations-service à fermer pendant 3 jours.
Par exemple le directeur général délégué de Rubis-Energie a déclaré : "Là, on a des apprentis sorciers, guidés par des objectifs politiciens et une haine viscérale des pétroliers... Les choses telles qu'elles sont faites aujourd'hui sont inapplicables... S'il n'y a pas ajournement, pour concertation, il se passera des choses".
Nathalie Chillan, chargée de communication de la SARA, écrivait à Patrick Ollier, député-maire UMP de Rueil-Malmaison, qui soutenait le décret Lurel : « ...Je défendrai mon entreprise coûte que coûte, parce que la défendre, c’est défendre la filière carburant et c’est aussi défendre mon emploi ! ».
Il faut beaucoup de complaisance pour croire ce conte de la pauvre SARA menacée par le méchant gouvernement de gauche. Sur les 33 millions d'euros de bénéfice annuel moyen que réalise la SARA, 98 % sont redistribués en dividendes aux trois actionnaires que sont Total (50 % du capital), Exxon (17 %) et Rubis (33 %). Et ces géants du marché pétrolier ne pourraient pas supporter que leurs marges soient égratignées ? Leur chantage à l'emploi est indécent.
Le mouvement ouvrier pourrait d'ailleurs le retourner contre eux. Car que nous disent au fond ces maîtres-chanteurs ? Qu'ils sont prêts à mettre des centaines de travailleurs au chômage, simplement pour maintenir au même niveau les «marges» résultant d'un vol sur le travail des salariés. Ce sont des raisons analogues qui ont abouti à imposer le chômage de masse que nous connaissons : il s'agissait de maintenir au plus haut les profits de tous ces capitalistes prédateurs. Les compagnies pétrolières et leurs semblables des autres branches se désignent ainsi eux-mêmes comme les responsables, non seulement d'hypothétiques futurs licenciements à la SARA, mais aussi, dans le passé, de tous les réels licenciements subis par les travailleurs.
Le ministre Lurel n'ira probablement pas bien loin dans son prétendu bras de fer avec les pétroliers. Il n'est par contre pas impossible qu'il se résigne trop facilement à leur céder en acceptant qu'ils menacent l'emploi des salariés du secteur. Dans ce cas il faudra être prêt à se défendre, ne pas accepter un seul licenciement, imposer le partage du travail entre tous les bras disponibles, avec maintien d'un salaire décent. Et ce ne sont pas ces actionnaires, qui encaissent des millions sans rien faire, même en dormant, qui pourront nous dire que si il y a moins de travail, il faut gagner moins.
 

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