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Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1104 du 11 janvier 2014/Première page

Première page

Éditorial : HAÏTI : APRÈS TROIS JOURS DE GRÈVES ET DE MANIFESTATIONS OUVRIÈRES

Le 10 décembre, les travailleurs ont brusquement exprimé leur colère en arrêtant la quasi-totalité des entreprises de sous-traitance de la zone industrielle. Ils répliquaient ainsi à une proposition du Conseil Supérieur des Salaires qui rabaissait le salaire de 250 gourdes par jour (4,54 euros) à 225 gourdes (4,09 euros).
Ils ont scandé des slogans comme «nous en avons ras le bol, les esclaves sont révoltés contre les 225 gourdes», «nous ne pouvons vivre avec ce salaire de misère», «nous voulons 500 gourdes comme salaire minimum», «nous exigeons de meilleures conditions de travail».
Ce sont 15 000 à 20 000 travailleurs qui ont manifesté toute la journée allant de la zone industrielle jusque devant le Parlement et ont exigé des deux Chambres leur soutien pour l’ajustement du salaire à 500 gourdes (9 euros) par jour. Les présidents des deux Chambres sont venus bredouiller un appui à leurs revendications, et ont parlé de la formation d’une commission qui allait se pencher sur la situation de ces milliers d’ouvriers et ouvrières.
Cette manifestation a fait suite à une mobilisation activée par des groupes de syndicalistes présents dans quelques usines du parc SONAPI et de la route de l’aéroport de Port au Prince. Les ouvriers qui ont débrayé dans les premières entreprises ont entrainé les autres en marchant d’une usine à l’autre. Les patrons comme Baker ou Apaid ont reculé devant la foule des manifestants et ont ouvert les portes des usines. Le patron de la banque centrale d’Haïti s’est dit «inquiet de cette revendication de salaire», il «n’aimerait pas que cela fasse perdre des investissements».
La manifestation a été reconduite le 11 décembre où 7 000 ouvriers ont pris la rue en direction de Pétionville où se réunissaient des patrons avec leurs commanditaires et des syndicats. Cette fois les policiers ont bloqué la route puis ont canalisé la manifestation vers la zone industrielle. Les ouvriers leur lançaient «quand les patrons nous sucent le sang on ne voit pas de policier».
Le 12 décembre les ouvriers étaient à nouveau dans la rue. Ils ont défilé dans la zone industrielle, certains patrons ont fermé leur entreprise, les policiers ont cerné la zone et bloqué les manifestants.
Les patrons ont eu peur, et les jours suivant les manifestations ils ont fait marche arrière sur des  sanctions à l’encontre des manifestants. Ils ont attendu la fin du mois et à la fermeture, le 20 décembre, ils ont  révoqué (licencié) une dizaine de syndicalistes pensant ainsi casser le mouvement.
A la reprise du 6 janvier les ouvriers ont accusé le coup, mais la solidarité est là. Les travailleurs s’organisent pour faire face aux coups portés par les patrons.
Pendant ces trois jours, les ouvriers ont senti leur capacité à créer un moyen de lutte pour faire face aux patrons dans le combat engagé. C’est le rapport de force qui permettra de faire aboutir leurs revendications.
C'est à travers leurs luttes et leurs manifestations que les travailleurs d'Haïti gagneront en expérience, jusqu'à ce qu'ils sonnent le glas des illusions envers des politiciens qui les ont bercés de belles paroles avant de montrer leur vrai visage de défenseur exclusif des intérêts des patrons et des riches, comme Aristide par exemple. Il y en aura encore, des faux amis des travailleurs qui tenteront de surfer sur leur colère pour des intérêts n'ayant rien à voir avec ceux des ouvriers. Les travailleurs haïtiens sont en train de se donner les moyens de les démasquer au plus vite.
Ces manifestations sont peut être le début d'une nouvelle prise de conscience de classe durable des travailleurs haïtiens, prise de conscience de leur force, prise de conscience que personne d'autre qu'eux-mêmes ne pourra changer leur sort !
S'il en est ainsi, la classe ouvrière d'Haïti surgira alors sur la scène politique aussi brusquement que lors de ses dernières manifestations, au bénéfice de ses propres intérêts et de ceux de l'ensemble des exploités et des pauvres.

Guadeloupe : explosion du chômage de longue durée

Pendant toute la période des fêtes et en ce début d’année, toutes les occasions sont bonnes pour les représentants de l’État, la Préfète, et des Collectivités, la Présidente de Région, pour faire semblant de s’apitoyer sur les difficultés de la population.
C’est ainsi que la Préfète a fait le tour des personnels de garde pendant les fêtes. Et les exécutifs locaux Borel Lincertin et Gillot ont comme d’habitude délivré des vœux hypocrites. Tous ces gens-là font comme si les difficultés, la pauvreté croissante de la population laborieuse et la délinquance qui les accompagne, venaient de nulle part. Ce cinéma répugnant n’a qu’une seule cause : faire accepter aux travailleurs les attaques continues et la dégradation des conditions de travail et de vie de la population.
Le chômage ne cesse de s’aggraver. Si l’augmentation de 2% en un an (chiffre du mois de novembre 2013) du nombre de demandeurs d’emploi peut apparaitre à certains commentateurs de la presse officielle, comme une «légère» hausse des chiffres en Guadeloupe, une récente étude de l’INSEE sur le chômage de longue durée en 2012 donne une indication de la gravité de la situation.
Le chômage touche officiellement plus de 60 000 personnes inscrites à Pôle Emploi. 55% d’entre elles soit plus de la moitié, sont inscrites depuis plus d’un an. Les femmes, les travailleurs les moins formés et les plus de 50 ans sont les plus touchés par le chômage de longue durée. Parmi les chômeurs de longue durée, c'est-à-dire inscrits depuis plus d’un an, 41% sont inscrits depuis au moins 3 ans.
Un demandeur d’emploi inscrit depuis plus d’un an possède, en moyenne, une ancienneté d’inscription de 44 mois !
 Cette étude ne porte pas sur les revenus de ces chômeurs de longue durée. Mais il est évident qu’après une année de chômage nombreux sont ceux qui ont cessé de percevoir des allocations, s’ils avaient eu la chance d’être parmi les 30% indemnisés ! Les jeunes de moins de 25 ans sont beaucoup moins touchés par le chômage de longue durée. Et pour cause : ils sont soumis aux allers-retours à Pôle Emploi, car ils passent de petits boulots précaires en inscription au chômage.
 La principale raison de cette explosion du chômage de longue durée depuis 2008 est la crise mondiale que les capitalistes ont créée et qu’ils font payer aux travailleurs par une régression sociale.

Martinique : Espace Sud : les agents refusent d’être les dindons des marchés.

Le 30 décembre dernier, les élus de l’Espace Sud qui est le nom de la communauté d’agglomération des communes du sud, ont choisi leur nouveau prestataire de la Délégation de service public portant sur la restauration scolaire. Les salariés de la Datex, le précédent délégataire, se sont alors mobilisés. A l’annonce du choix de Servichef, entreprise appartenant au groupe Yann Monplaisir, ils ont envahi la salle de délibération et, soutenus, ils ont fait entendre leur voix. Aujourd’hui, ces salariés n’entendent pas être lésés au nom d'un choix présenté comme économique, choix fait entre deux grosses entreprises locales. En effet, l’offre de Servichef serait moins élevée de 37 centimes par repas que celle présentée par la Datex, société de Mme Palandri. Selon les comptes des élus de l’Espace Sud, avec 12 000 couverts par jour, cela ferait une économie de 3,4 millions d’euros pour les communes et pour les parents… sur  6 ans. La patronne de Datex, elle, a porté plainte devant le tribunal administratif estimant qu’il y a eu délit de favoritisme dans l’attribution de la délégation de service public.
Mais c’est surtout côté salariés que le compte n’y est pas. Car s’il y a économie, c’est d’abord sur le nombre de salariés repris pour l’exécution de ce marché puisque sur les 123 salariés de Datex seuls 89 seraient repris par Servichef, soit 34 de moins.
Les patrons de Servichef interpellés sur cette question ont donné des garanties jugées peu convaincantes par les agents de la Datex sur le maintien des effectifs. Les élus des communes du Sud, eux, s’en sont contentés.
La loi prévoit que lors de l’attribution des marchés publics de ce type de prestations, la totalité du personnel soit repris avec le maintien des avantages acquis par le nouveau prestataire. Mais dans les faits, les patrons utilisent toutes sortes de magouilles dans le compte des effectifs pour présenter les prix les plus bas et obtenir les marchés, en remplaçant des contrats à durée indéterminée par des contrats précaires par exemple. C’est souvent le cas lors du renouvellement des marchés d’agents de sécurité, ou d’agents de nettoyage, où de nombreux travailleurs se retrouvent sur le carreau.
Alors, que ce soit à Servichef ou à Datex, ce sont les agents eux-mêmes qui peuvent le mieux connaître le nombre d’agents nécessaires pour assurer la fabrication et le transport des repas dans les écoles, et dans de bonnes conditions de travail. Ils auraient tout intérêt à exercer un véritable contrôle sur les effectifs, mais aussi sur les comptes qui leur sont présentés par les patrons.
Aujourd’hui, les agents de Datex ne sont pas dupes et restent attentifs. Ils attendent que le tribunal administratif se prononce sur le choix du prestataire. Mais surtout ils refusent d’être la variable d’ajustement et entendent que la totalité des agents gardent leur emploi. C’est bien le minimum pour ces dizaines de salariés, dont certains étaient, il y a quelques années, employés dans les cantines municipales.
                                                                                                                                           

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