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Archives de CO/CO de l'année 2014/CO n° 1105 du 25 janvier 2014/Quatrième page

Quatrième page

Argentine : Solidarité avec les travailleurs de Las Heras

Le 12 décembre, dix travailleurs du pétrole de la région de Las Heras, en Argentine, ont été condamnés à des peines allant de 5 ans de prison à la perpétuité. Cette punition collective, sans aucune preuve, est un véritable scandale. Elle montre que la « justice » argentine est aux ordres : aux ordres du gouvernement et aux ordres des multinationales du pétrole (notamment l’Espagnol Repsol).
En réalité, ces gens-là voulaient faire un exemple. Il y a huit ans, en janvier-février 2006, ces travailleurs avaient mené avec leurs camarades une grève très dure d’une dizaine de jours contre les compagnies pétrolières. Le gouverneur de la province – qui est le fief politique de Mme Kirchner, actuellement au pouvoir – avait fait donner la police qui avait arrêté le principal porte-parole des grévistes. Immédiatement, des centaines de personnes, ouvriers et petites gens des environs, s’étaient rassemblées devant le commissariat pour exiger sa libération. La police avait alors attaqué les manifestants à coup de lacrymogènes, de flashballs et même selon plusieurs témoins, à balles réelles. Dans les émeutes qui ont suivi, un officier de police, Jorge Sayago, avait été tué. C’est la soif de vengeance des flics, celle de la présidente argentine (qui ne tolère pas d’agitation « chez elle ») et la volonté d’en finir avec la résistance des travailleurs des compagnies pétrolières qui explique cette décision de « justice » illégale et la sévérité des peines.
Ces condamnations sont une attaque contre tous les travailleurs : elles signifient que lorsque la classe ouvrière lutte pour ses droits, il n’y a plus de « droits de l’Homme » qui tiennent. Il faudrait une campagne internationale pour exiger la Libération immédiate des travailleurs de Las Heras !
                                                                                    

Martinique : Il y a 80 ans, l’assassinat d’André Aliker

Le journaliste André Aliker, fondateur du journal du Parti Communiste Martiniquais (PCM),"Justice",  fut assassiné et son corps retrouvé sur une plage de Martinique le 12 janvier 1934. Ce n’était pas le premier meurtre commis en Martinique par les hommes de main des exploiteurs ou par les forces de répression au service du pouvoir. Mais cet assassinat a frappé les esprits d’une part à cause de la personnalité de la victime, d’autre part parce qu’il était l’illustration ultime des rapports de classe dans la société coloniale.
 
ANDRÉ ALIKER, UN MILITANT COMMUNISTE
C'est dès son retour du front pendant la guerre de 1914-1918 pour laquelle il s'était porté volontaire, qu'Aliker commença son combat contre l'exploitation capitaliste et colonialiste qui sévissait cruellement en Martinique.
Il était membre du groupe communiste Jean Jaurès, l'ancêtre du Parti Communiste Martiniquais et son activité était centrée sur le journal dont il était le fondateur : "Justice". Par la suite, celui-ci restera l’organe de presse du Parti Communiste, fondé en 1935. Aliker en était le responsable, le principal rédacteur et diffuseur. Par ailleurs, il tirait sa subsistance d’un petit commerce de gros.
Fils d’ouvriers agricoles, très proche de la population, il parcourait les quartiers les plus pauvres en diffusant son journal et discutant avec ceux qu’il rencontrait. Aliker était donc très connu pour ses idées et il était apprécié par ceux qu’il côtoyait et en particulier les travailleurs et la population pauvre.
Cette activité militante, ce dévouement dans le combat des pauvres contre leurs exploiteurs, irritait la fraction la plus riche et influente de la société coloniale, les possédants blancs locaux, descendants des vieilles familles esclavagistes, les Békés. D’autant plus qu’en juillet 1933, le journal Justice avait révélé un scandale financier impliquant le possesseur d’une des plus grandes fortunes de l’île : Eugène Aubéry.  Ce dernier mit en œuvre une stratégie graduelle pour faire taire Aliker et son journal. D’abord, une tentative de corruption qui fut bien sûr rejetée et rendue publique dans le journal. Ensuite, la banque réclama à Aliker le remboursement du montant des prêts qui lui avaient permis de monter son petit commerce. Cette tentative d’affamer le gêneur échoua également grâce à la solidarité de ceux, nombreux, qui le soutenaient. Un peu plus tard, l’imprimerie qui éditait le journal refusa de le réaliser, prétextant des problèmes financiers. Là aussi, une souscription permit le rachat de l’imprimerie et «Justice» continua à être publié.
Une première tentative d’intimidation physique laissa Aliker roué de coups. Un peu plus tard, le 1 janvier 1934, il fut enlevé, embarqué dans un canot, puis jeté à l’eau au large. Il parvint à regagner la côte à la nage. Il déclara «après l’attentat du jour de l’an, je suis convaincu qu’Aubéry a mis ma tête à prix». Les plaintes déposées par Aliker suite à ces agressions furent classées sans suite.
Très peu de temps après, le 12 janvier 1934, son corps fut retrouvé, mort sur la plage de Fond-Bourlet, dans la commune de Case Pilote. Il avait été ligoté avant d’être jeté à l’eau, mort. Deux émigrés originaires de Sainte Lucie, Moffat et Mellon ainsi qu'une Martiniquaise soupçonnés d'avoir acheté la corde, furent arrêtés. La Martiniquaise fut mise hors de cause. Le 22 janvier 1936, les assassins présumés d'Aliker furent acquittés par la cour d'assises de Gironde. Néanmoins, jusqu'à nos jours, c'est bien Eugène Aubéry que la mémoire collective de la population de la Martinique retient  comme ayant été l'assassin-commanditaire d'André Aliker.
Le 31 janvier 1936, Marcel Aliker, le jeune frère d'André tenta d'abattre Eugène Aubéry au Lamentin, au pied de l'église lors des obsèques du Béké André Debuc, maire de la commune. Mais l'arme s'enraya. Jeté en prison, mais soutenu par l'opinion publique, Marcel Aliker fut acquitté.
Le frère cadet, le populaire chirurgien Pierre Aliker, décédé récemment, le  5 décembre 2013 à l'âge de 106 ans s'est toute sa vie habillé de blanc en souvenir de l'assassinat d'André. Il fut le bras droit d'Aimé Césaire pendant toute la vie de ce dernier et dirigeant  du PPM,  Parti Progressiste Martiniquais, aux côtés de Césaire.
 
EUGÈNE AUBERY ET LA SOCIÉTÉ COLONIALE
L’affaire Aubéry fit éclater au grand jour les méthodes de l’administration coloniale : la collusion des riches avec la Justice, la toute puissance des Békés qui non contents d’exploiter férocement les salariés, estimaient que leurs pratiques mafieuses d’enrichissement étaient au dessus de toute loi.
Eugène Aubéry était à l’origine géreur de l’usine du Lareinty, dont le béké Hayot était l’actionnaire majoritaire. Aubéry épousa l’héritière, Berthe Hayot. Il devint administrateur de la Société Anonyme Lareinty.  Par des rachats successifs d’actions plus ou moins licites, il parvint à devenir le seul propriétaire, à la tête d’un domaine de 2 473 hectares, comprenant 24 habitations et l’usine sucrière. C’était la plus grosse fortune de la Martinique.
Lors de la liquidation de la SA Lareinty, qui devenait propriété exclusive des Aubéry, elle fut largement sous évaluée : 7 millions et demi de francs de l’époque, pour une valeur réelle estimée à 30 millions. Cette malversation financière fut découverte par un fonctionnaire nouvellement promu et indépendant des Békés. Aubéry fut dans un premier temps condamné à verser une forte amende, puis acquitté en appel.
Mais le journal «Justice» avait révélé le scandale et publié des documents. Aubéry était donc publiquement convaincu de fraude fiscale et de corruption de magistrat : 200 000 francs avaient été versés au juge de la cour d’appel.
 
L'ASSASSINAT D’ALIKER, UNE PAGE TRAGIQUE DU MOUVEMENT OUVRIER MONTANT
A la suite du Krach boursier de 1929, les exploiteurs voulurent faire porter par les travailleurs le poids de la crise : baisse des salaires, augmentation des prix… ces derniers, déjà pressurés au-delà du supportable, ne pouvait l’accepter. L’exaspération et la frustration ressenties après le meurtre d’Aliker ne purent qu’alimenter leur révolte.
La justice coloniale ne donna pas de suite à l’assassinat. 4 hommes furent arrêtés. Deux bénéficièrent d’un non-lieu, deux autres furent convaincus de complicité d’assassinat puis relaxés.
Parallèlement  le mouvement ouvrier progressait. L’année qui suivit, donc en 1935, les travailleurs agricoles de la canne déclenchèrent une grève mémorable. Marchant de plantation en plantation, ils arrivèrent dans la ville de Fort-de-France qu’ils occupèrent. Ils revendiquaient des augmentations de salaires, une diminution de la tâche et la baisse de prix des produits de base. Aubéry fut victime d’une tentative de lynchage. D’autres catégories de travailleurs se mirent aussi en grève : dockers, ouvriers du bâtiment. Le béké De Laguarrigue expédia le télégramme suivant  au sénateur Lémery  (le bras droit d’Aubéry) à Paris : «Toutes usines arrêtées par intervention bandes armées parcourant l’île. Marche bandes lundi sur Fort-de-France. Tentative lynchage Aubéry. Prison assaillie, meneurs relaxés crainte émeute, carence autorité. Clame depuis retour ancien salaire. Situation très grave. Avisez Ministère». Cette fois, les troupes coloniales n’osèrent pas tirer.
D’autres carnages, d’autres assassinats, d’autres luttes ont marqué l’histoire  de la Martinique et de la Guadeloupe.
 La départementalisation n’a pas mis fin aux survivances coloniales, même si l'époque de la canonnière et du racisme violent contre les Noirs et les Indiens a laissé place à des discours doucereux, hypocrites et un racisme rampant. Ce sont les combats menés par les travailleurs qui ont pour une grande part fait changer les choses.     Pour en finir avec le colonialisme et l’oppression patronale, il faudra mener la lutte jusqu’à leur arracher le pouvoir.
Ce sont des militants comme André Aliker qui en ont tracé le chemin.
 

Tunisie : Les travailleurs ne se laissent pas faire

C’est de Tunisie, après une révolte qui a renversé le dictateur Ben Ali, que sont parties une série de révoltes dans plusieurs pays arabes. Les travailleurs et la population  de Tunisie se sont bien vite rendu compte que leur situation n’a pas changé et que le nouveau gouvernement islamique Ennahda réprimait toute forme de contestation. Deux militants de gauche ont été assassinés et le pouvoir est fortement soupçonné. Des manifestations de mécontentement se multiplient. La misère s’accroît et les travailleurs protestent contre leurs bas salaires et leurs conditions de travail. Le 27 novembre 2013 des grèves ont éclaté dans trois régions à l’appel du syndicat UGTT (Union Générale des Travailleurs Tunisiens). Dans une région les travailleurs ont réclamé le départ du gouverneur. Dans la  région de Gafsa d’où est partie la révolte il y a trois ans, les travailleurs ont tenté d’envahir le siège du gouvernement et ont incendié les locaux du parti islamique au pouvoir. Ces grèves politiques se sont déroulées dans des régions industrielles où se trouvent des usines de transformation chimique et des mines de phosphates. Ce sont des régions rurales où le chômage s’accroît. Le mécontentement des travailleurs est suivi par la colère de la population contre la vie chère. Le gouvernement a annoncé le gel des salaires des fonctionnaires et des mesures d’austérité. Ces grèves et ce mécontentement sont de bon augure pour que la conscience des travailleurs et des pauvres s'aiguise et les emmène demain à prendre leur place sur la scène politique.  
S'ils parviennent à le faire indépendamment des partis réactionnaires et autres clans islamistes, alors ils pourront trouver la voie vers la construction d'un parti des travailleurs indépendant et armé d'un programme qui défendra avant tout leurs intérêts et ceux de la population pauvre.
 

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