Site

Documents/Textes de meeting

Textes de meeting

Allocution de Nathalie Arthaud au meeting de Combat Ouvrier en Guadeloupe le 24 janvier 2013

Travailleuses, travailleurs, camarades et amis,
C’est mon premier voyage en Guadeloupe. J’en suis ravie et je suis particulièrement fière de le faire, non en touriste, mais en communiste révolutionnaire qui vient saluer ses camarades de Combat ouvrier et défendre ces idées que nous avons en commun auprès des travailleurs des Antilles.
Depuis mon arrivée, je vais de découverte en découverte. La banane et le sucre, ce n’est pas une découverte, bien sûr, ça fait partie de mon quotidien comme des millions de femmes et d’hommes, mais de voir ce que cela signifie de travail, d’opérations différentes, de labeur et de peine pour les travailleurs qui les produisent, c’est autre chose. J’ai vu le travail des ouvriers de la sucrerie, j’ai discuté avec les ouvriers de la banane qui s’échinent toute la journée à ramasser des régimes de 50, 60, 70 kg et je vous garantis que pour moi le sucre et la banane n’auront plus tout à fait le même goût.
Que ce soient les travailleurs de la sucrerie, des ouvriers de la banane, des employés de la sécurité sociale, de Carrefour, tous m’ont parlé de leurs salaires trop bas, des heures supplémentaires non payées, de l’arrogance et de la répression patronale, de la crainte de ne pas avoir de retraite.
Alors il y a une chose de sûre, c’est que les travailleurs de la Guadeloupe sont confrontés aux mêmes problèmes que ceux de France, en pire parce que le chômage, les petits boulots, la cherté des prix atteignent ici des records, et parce qu’au mépris patronal s’ajoute le mépris raciste hérité de l’esclavage et du colonialisme. Mais ce sont fondamentalement les mêmes problèmes, les mêmes revendications, les mêmes objectifs urgents, et le même combat à mener.
Neuf mois après le changement du gouvernement
Il y a neuf mois, l’écrasante majorité des travailleurs a voulu se débarrasser de Sarkozy. Ce n’est pas que Hollande soulevait l’enthousiasme, c’est simplement que beaucoup de travailleurs pensaient qu’avec Hollande, « cela ne pouvait pas être pire ».
Eh bien si, avec Hollande c’est encore pire. Cela ne tient pas à sa personne, pas à son caractère, mais au contexte, à la crise et au fait que dans cette période le patronat est de plus en plus agressif. Le patronat ne prenait déjà pas beaucoup de gants sous Sarkozy, mais avec Hollande ils y vont à cœur joie ! Alors oui, c’est pire pour les travailleurs, parce que les licenciements se multiplient, parce que la jeunesse reste condamnée au chômage, parce que les prix continuent de monter, parce que même les services publics continuent d’être démantelés.
Le gouvernement dit aux travailleurs qu’il faut lui laisser du temps, que tout ne peut pas se faire tout de suite. Mais il a trouvé le temps de concocter un plan d’austérité drastique. Il a trouvé le temps de faire 20 milliards de cadeaux au patronat au nom de la compétitivité. Qu’est-ce qu’il a fait pour les travailleurs ? Rien !
Il n’a même pas été capable d’augmenter le Smic, car les 0,3 % de « revalorisation » accordés au premier janvier, 3 centimes sur le salaire horaire, ce n’est pas une augmentation, c’est de la provocation !
Le gouvernement a relevé le Smic de 0,3 % mais dans le même temps il a autorisé une augmentation de 2,4% pour les tarifs du gaz, de 2,5 % pour l’électricité : autrement dit, il a décidé l’appauvrissement de tous les smicards !
Et regardez comment le gouvernement prétendument de gauche se conduit avec ses propres travailleurs. Il se conduit comme n’importe quel patron ! Il bloque les salaires, supprime des emplois, demande aux travailleurs qui restent de faire le travail de ceux qui sont partis.
L’ensemble de la France compte 8,6 millions de pauvres. Combien, parmi eux, travaillent dans l’administration, dans l’éducation, dans les hôpitaux ou dans les collectivités locales ? L’Etat-patron s’y connaît un rayon en matière de petits salaires, de temps partiels et de contrats précaires ! Mais quelle différence y a-t-il entre la droite et la gauche ? Aucune !
Plan d’austérité contre les travailleurs
En dix mois au pouvoir, le gouvernement n’a rien fait pour les travailleurs mais il a fait beaucoup contre les travailleurs.
La droite a à son actif bien des ignominies, par exemple, la taxation des indemnités des accidents de travail, le forfait de 35 € qu’il faut payer par exemple pour aller aux prud’hommes. Je ne vais pas en faire la liste, elle serait trop longue ! Eh bien, non seulement le gouvernement Hollande ne les supprime pas, mais il est en train de préparer les siennes, car les 60 milliards de coupes budgétaires sur cinq ans, il les prendra bien quelque part.
Combien de suppressions d’emplois seront encore programmées dans les hôpitaux ? Combien de communes manqueront d’argent pour restaurer les écoles ou pour aider les familles à payer la cantine ? Combien de départements réduiront leurs aides sociales ?
A cela s’ajoutent les hausses d’impôt, des hausses de taxes que tout le monde paiera et la hausse de la TVA qui entrera en vigueur en 2014, alors que Hollande avait promis juré qu’il ne l’augmenterait pas !
Les riches se plaignent d’avoir à payer plus d’impôts et on n’entend qu’eux. Mais avec l’air de ne pas y toucher, le gouvernement fait les poches des classes populaires, aussi bien que le faisait Sarkozy !
Alors oui, le style a changé avec Hollande. Il y a moins d’arrogance mais plus d’hypocrisie, plus de mensonges, plus de tromperies. Eh bien, ce que j’ai à dire aux travailleurs et aux militants, c’est « ne vous laissez pas désarmer par ce gouvernement qui se dit de gauche et qui mène une politique de droite. » Ce n’est pas parce que c’est le PS qui est arrivé au pouvoir qu’il faut se laisser faire !
La crise
On nous dit qu’il faut attendre des jours meilleurs parce que c’est la crise. Oui c’est la crise, indiscutablement, mais est-ce que c’est la crise pour les Hayot, Despointe, de Reynal ? Est-ce que c’est la crise pour ceux qui contrôlent l’import-export, les chaînes d’hôtel ? Est-ce que c’est la crise pour la famille Peugeot, Bettencourt, Michelin ? Est-ce que leur fortune recule ? Non ! Leurs descendants ont encore de beaux jours devant eux ! Pas les travailleurs qu’ils écrasent avec des salaires toujours plus bas, pas les travailleurs qu’ils condamnent au chômage !
A la différence de la France, ce ne sont pas des usines avec des milliers de travailleurs qui ferment en Guadeloupe, il n’y en a pas, mais combien de petites entreprises, de petits magasins, restaurants ont fermé leur porte en licenciant 10, 20 salariés comme l’a fait Hippopotamus par exemple ? Et combien d’autres menacent de le faire, comme c’est le cas pour Carrefour ou pour les concessionnaires de l’automobile ?
On nous dit que ce sont surtout des petites entreprises et qu’elles ne peuvent pas faire autrement. C’est peut-être des petites entreprises mais souvent elles dépendent des mêmes patrons békés et de grandes chaînes qui ont de quoi voir venir mais qui ne veulent pas que leur rentabilité et leurs profits baissent, et pour les préserver elles mènent la guerre aux travailleurs.
La lutte de classe, c’est le quotidien de tous les travailleurs dans la société capitaliste. Le patron se bat pour imposer des heures supplémentaires non payées, le travailleur se bat pour se les faire payer. Le patron fait tout pour augmenter le temps de travail, pour réduire les pauses, augmenter la charge de travail. Les travailleurs se battent contre. C’est le quotidien des travailleurs, mais avec la crise les patrons sont de plus en plus agressifs parce que les profits n’augmentent plus, parce que le gâteau se réduit.
Il ne s’agit plus pour eux de jeter quelques miettes aux travailleurs, il n’y a plus de miettes. Il faut que l’un des deux recule, il faut que l’un des deux se sacrifie. Il ne peut pas y avoir de demi-mesures. C’est eux ou c’est nous ! Et tous ceux qui nous font croire, comme le fait le gouvernement, que l’on peut ménager et les uns et les autres sont des menteurs qui désarment les travailleurs. Il y a une guerre de classe, il faut que les travailleurs rendent les coups.
Accords de compétitivité
Ce sont des menteurs et des ennemis car, dans cette guerre de classe, le gouvernement est dans le camp du patronat. Il n’est pas seulement passif contre les attaques patronales, il en est complice. Il les justifie et les facilite !
Prenez les accords de flexibilité que le patronat et les syndicats ont signé il y a une quinzaine de jours et que le gouvernement s’est engagé à traduire dans une loi. C’est une régression historique.
On nous dit que les patrons ont fait des concessions, mais il suffit de gratter un peu pour se rendre compte du traquenard. Prenez la promesse de la généralisation des complémentaires santé à tous les salariés : il faudra que les travailleurs en payent la moitié, sans pouvoir choisir.
Prenez la taxation des contrats courts censés freiner la précarité : les missions d’intérim, les remplacements de salariés malades et de congés maternité ne sont même pas concernés pas cette taxation, alors à quoi ça rime ?
Quant aux droits à l’assurance chômage rechargeables, le patronat peut jouer au grand seigneur, mais ce sont nos cotisations chômage qui vont payer si on ne nous dit pas, dans quelques mois, qu’il faut baisser les indemnités chômage comme la Cour des comptes l’a conseillé il y a deux jours !
Alors non, il ne s’agit pas d’un accord donnant-donnant où les deux camps sortent gagnants, c’est une charge sans précédent contre les travailleurs.
Le patronat, qui n’avait déjà pas beaucoup de contraintes, en aura encore moins. Il pourra licencier plus vite, moins cher. Il pourra baisser le temps de travail et les salaires en fonction de ses affaires ! Il pourra imposer la mobilité, s’il n’y a pas de travail sur un site, les ouvriers devront faire 20, 50 kilomètres pour aller travailler ailleurs.
Aujourd’hui en France, toutes les grandes entreprises font du chantage aux travailleurs, chez Renault, Peugeot et bien d’autres encore. Les travailleurs sont forcés de choisir entre des baisses de salaire, une mutation à l’autre bout du pays, un allongement de la durée du travail, la suppression de RTT, ou le licenciement.
Ici, les travailleurs de la banane m’ont raconté le travail à la tâche, les patrons qui le matin disent aux travailleurs, « tu ne pars pas tant que ce travail n’est pas terminé » ; eh bien, avec ces accords, c’est le retour du travail à la tâche où les travailleurs doivent être à la disposition du patronat, c’est l’esclavage salarié au sens propre du terme.
Ce chantage patronal, ce nouvel esclavage salarié est justifié, cautionné par le gouvernement, qui va le rendre tout à fait légal. Le PS au gouvernement vient de donner une nouvelle arme au patronat ; alors non, ce ne sont pas des amis que nous avons au gouvernement, ce sont des ennemis qu’il faut combattre comme tels.
Lutte contre le chômage
Et comment ne pas être révolté par la politique du gouvernement en matière de lutte contre le chômage ? Tout ce qu’il sait faire, c’est arroser le patronat à coups de milliards et croiser les doigts pour qu’il veuille bien embaucher. Et Hollande n’y est pas allé de main morte : il a fait 20 milliards de cadeau, avec le crédit compétitivité.
Mais cela fait des années que ça dure, des années que tous les gouvernements font cadeaux sur cadeaux au patronat au nom de la lutte contre le chômage. L’argent est bien dilapidé mais on attend toujours les emplois.
C’est une chanson que vous connaissez bien ici, puisque chaque année le gouvernement fait cadeau de 5 milliards de niches fiscales à ceux qui investissent dans les Dom, au prétexte qu’ils créeront des emplois. Mais où sont les emplois ?
C’est de l’argent qui nous est volé. Car avec cet argent, combien d’emplois auraient pu être créés ici en Guadeloupe, si l’Etat lui-même s’était lancé dans la construction de logements sociaux, dans la construction d’équipements publics ? dans des embauches dans les services publics ?
Au lieu d’être utile, cet argent est dilapidé dans des yachts de luxe, dans des hôtels de luxe, ou il finit sur des coffres forts en Suisse ou en Belgique, que ce soient les comptes de riches békés ou de bourgeois de France.
Le pire c’est qu’à la place d’embauches on a des licenciements. Parce que toutes les grandes entreprises capitalistes qui licencient aujourd’hui, Peugeot, Renault, Sanofi, Arcelormittal, SFR, les banques, la distribution vont recevoir des dizaines de millions …au nom de la lutte contre le chômage ! C’est vraiment se moquer des travailleurs et des chômeurs !
Alors après neuf mois de gouvernement, « la messe est dite » diraient certains : ce gouvernement ne fera rien pour les travailleurs, il ne fera rien pour lutter contre les bas salaires, rien pour résorber la misère et rien contre le chômage. Il n’y a pas de quoi se décourager, pas de quoi baisser les bras, mais il faut regarder la réalité en face : ces gens là ne sont pas de notre côté.
Convictions communistes
Les travailleurs qui se battent pour leur salaire, pour garder leur prime, pour refuser la dégradation des conditions de travail, ont mille fois raison. C’est un combat légitime : ce sont les travailleurs qui font tout, ce sont eux qui sont à l’origine de toutes les richesses, eux qui font fonctionner la société. Leur combat n’est pas un combat égoïste ni corporatiste car les travailleurs sont à l’origine de toutes les richesses, ce sont eux qui représentent l’avenir de la société.
Les familles des riches Békés peuvent disparaître avec les actionnaires de la métropole, la société continuera de tourner grâce aux travailleurs. Les privilégiés et les parasites qui mènent un combat égoïste, ce sont eux.
Si je suis communiste comme mes camarades de Combat ouvrier, c’est que nous n’acceptons pas qu’une minorité s’enrichisse au travers de l’exploitation de la population travailleuse, c’est parce que nous n’acceptons pas le pouvoir qu’ils ont sur la vie des travailleurs.
Ces gens-là ont le pouvoir sur les travailleurs et sur toute l’économie parce qu’ils sont riches parce qu’ils possèdent les capitaux. Mais d’où viennent ces fortunes ? Ici, vous le savez mieux que moi, les fortunes qui dominent encore sont celles des familles coloniales qui n’ont eu qu’à savoir manier le fouet pour s’enrichir sur le dos, sur la sueur et sur le sang des esclaves. Mais l’argent des grands capitalistes de métropole n’est pas plus propre. Ce sont des générations d’ouvriers qui y ont laissé leur vie enchaînés aux machines.
Aujourd’hui c’est avec cet argent que les possédants dominent et dirigent toute l’économie. Et la crise le montre, ils la dirigent dans le mur, parce que tous ces gens ne sont que des parasites qui ne voient pas plus loin que le bout de leur porte-feuille. Si encore ils dirigeaient bien l’économie, s’ils investissaient dans ce qui est utile au fonctionnement de la société, mais c’est tout le contraire ! Ces gens là sont des parasites nuisibles à toute la société parce qu’ils sont aveuglés par le profit.
Ils ne font pas reculer que les travailleurs, c’est toute la société qu’ils condamnent à revenir des générations en arrière. Prenez le chômage, c’est un drame pour les travailleurs plongés dans le chômage, mais pas seulement. Le chômage pèse sur tous les travailleurs car les patrons se servent du chômage pour imposer leur chantage et le chômage est une catastrophe pour toute la société.
Quel peut être l’avenir d’une société qui condamne 60 % de ses jeunes à l’inactivité et au désœuvrement ? Quel peut être l’avenir d’une société qui ne propose à ses jeunes que de vivre de petits boulots et de se satisfaire de 400, 500 € par mois pendant que d’autres expliquent qu’il est tout à fait normal qu’ils touchent un million par an ! Et je ne parle même pas de ce que gagnent les Békés qui doit être encore d’une ampleur tout autre.
Le chômage, les inégalités, l’exploitation, sont le terreau de l’individualisme, du chacun pour soi. C’est sur ce terreau que se développent la délinquance, l’insécurité, le racisme aussi. Les conséquences de l’exploitation ne sont pas qu’économiques, on les subit à tout moment de notre vie. Personne ne peut y échapper, pas même ceux qui ont une meilleure situation et un bon salaire.
Alors combattre le capitalisme, le pouvoir de la bourgeoisie, est une nécessité vitale pour l’ensemble des travailleurs, c’est une nécessité pour préserver la société. Oui, l’avenir de l’humanité est une société communiste, une société débarrassée de l’exploitation et de la loi du profit.
Il faut compter sur les seules luttes
Encore une fois, plus nous nous enfoncerons dans la crise et plus le patronat et le gouvernement attaqueront les conditions de travail et les conditions de vie des travailleurs, plus la guerre de classe sera violente. Ce qui se passe en Grèce ou en Espagne doit nous servir d’avertissement : les dirigeants sont prêts à faire reculer les travailleurs des générations en arrière, ils n’ont pas de limites. Les seules limites seront celles que les travailleurs leur mettront.
Beaucoup se demandent pourquoi les travailleurs ne sont pas encore entrés en lutte, pourquoi il n’y a pas de mobilisation massive. Les raisons ne manquent pas.
Bien des travailleurs ont été démoralisés par les trahisons de ceux qui prétendent représenter les travailleurs et qui, arrivés au pouvoir, mènent une politique antiouvrière, comme c’est le cas du PS aujourd’hui. Beaucoup sont déboussolés et finissent par tourner le dos à la politique, aux syndicats, en se disant que c’est tous les mêmes.
Cela fait des années aussi qu’il n’y a pas eu de grandes luttes collectives. Ce n’est pas que les travailleurs ne se battent pas. Ils le font. Ils le font ici, ils le font en France. En ce moment même, les ouvriers de l’usine d’Aulnay de PSA se sont engagés dans une grève reconductible contre la fermeture de leur usine et contre un patron de combat. Les ouvriers de Renault font des débrayages pour s’opposer au chantage de la direction. Il y a des grèves, des manifestations, mais c’est le plus souvent le dos au mur et des réactions isolées, entreprise par entreprise. Et ce n’est pas cela qui peut redonner confiance dans la force collective des travailleurs.
Alors on peut trouver bien des explications à l’absence de luttes collectives. Mais nous sommes convaincus que, tôt ou tard, les travailleur se lèveront et rendront les coups. Les patrons ne laisseront pas le choix aux travailleurs : les travailleurs devront sauver leur peau.
Un tel mouvement ne s’annonce pas forcément. Beaucoup ici m’ont dit qu’en décembre 2008 ils n’auraient jamais imaginé se retrouver des milliers à manifester et à faire grève. Beaucoup ont commencé la grève en se disant qu’ils feraient deux jours de grève, peut-être trois, mais que cela n’irait pas plus loin. Et c’est allé plus loin. Parce que l’état d’esprit des travailleurs peut changer et il peut changer très vite. Cela, vous le savez mieux que moi parce que vous l’avez vécu lors de la grève de 2009.
Ce que je peux vous dire c’est qu’à 7 000 kilomètres de là, bien des travailleurs ont suivi et vibré à votre combat. Les 44 jours de grève, les manifestations massives, les barrages, les négociations au vu et au su de tous, tout cela a été vécu par bien des travailleurs comme un exemple à suivre.
Cette lutte est un acquis pour les travailleurs, une expérience irremplaçable qui sera précieuse dans les prochaines luttes, car les luttes ne sont pas derrière nous, elles sont devant nous !
Objectifs de lutte
La question n’est pas de savoir s’il y aura une explosion sociale, il y en aura une, forcément. Le problème est de tout faire pour que cette révolte soit consciente, qu’elle ait des objectifs. Il ne suffit pas qu’il y ait des millions de travailleurs dans la rue, il faut encore qu’ils sachent pour quoi se battre, pour quelles revendications et qu’ils soient déterminés à aller jusqu’au bout pour les imposer. Il faut qu’ils aient une politique.
C’est important de défendre cette politique aujourd’hui, de préparer les travailleurs et de populariser dès aujourd’hui un programme de lutte car, dans un tel contexte, les charlatans qui voudront emmener les travailleurs sur des voies de garage ne manqueront pas.
Ce programme de lutte, je l’ai défendu avec mes camarades de LO et de CO dans la campagne de l’élection présidentielle et des législatives. Il est toujours d’actualité.
A commencer par l’interdiction des licenciements.
De même qu’en hiver on interdit aux propriétaires d’expulser les locataires, il faut, dans cette période de crise, interdire les licenciements et forcer le patronat à répartir le travail entre tous sans diminution de salaire. Il faut forcer le patronat à répartir le travail, en baissant les cadences, en diminuant les horaires, en rajoutant des temps de pause, sans diminution de salaire.
Cela fera baisser la rentabilité des groupes capitalistes ? Oui, et alors ! Pourquoi faudrait-il que ce soient les travailleurs qui perdent de l’argent en étant mis au chômage ? C’est aux capitalistes d’assumer les pertes sur leurs profits et, au besoin, sur leurs fortunes privées !
Quand les affaires marchaient bien, ce ne sont pas les travailleurs qui se sont enrichis, mais les grands actionnaires, ils ont accumulé des fortunes au travers de l’exploitation. Cet argent existe, il faut qu’il serve à préserver les emplois et les salaires.
Pour que chacun vive dignement aujourd’hui, il faut relever le Smic à 1 700 euros net et il faut obtenir qu’il augmente au même rythme que les loyers, que le gaz ou l’électricité, et ce pour tous les salaires, les pensions de retraite et les minima sociaux.
Et que l’on ne nous dise pas qu’il n’y a pas d’argent pour cela, ce n’est pas vrai ! La priorité doit aller aux salaires, pas aux millionnaires.
Et puis, il faut imposer un contrôle sur les entreprises et sur les fortunes des propriétaires. D’où vient leur argent ? Ils nous disent qu’ils ne peuvent pas payer les cotisations sociales et qu’un travailleur coûte cher, mais combien rapporte-t-il ? Ce contrôle vaut aussi pour les prix. Pourquoi un produit qui arrive à 1 € se retrouve sur les étalages à 1,50 à 1, 80 ?
Imposer la transparence sur les comptes des entreprises permettrait de mettre au grand jour tout ce qui est volé, non seulement aux travailleurs au travers de l’exploitation mais aussi tout ce qui est volé aux consommateurs.
Mettre en lumière la « profitation » comme l’exploitation capitaliste serait un premier pas pour contester le pouvoir de la classe capitaliste, un premier pas qui permettrait aux travailleurs de prendre conscience qu’ils doivent et qu’ils peuvent eux-mêmes décider. Oui, les travailleurs sont capables de s’organiser pour se défendre, mais ils sont aussi capables de contrôler collectivement l’économie et de la diriger. Et ils le feraient mille fois mieux que les capitalistes, car ils ne seraient pas aveuglés par les profits.
A l’échelle de toute l’économie, les travailleurs pourraient collectivement recenser les besoins, recenser les ressources et les richesses et les moyens de produire que nous avons, et ils pourraient les faire se correspondre. Aujourd’hui, cela est rendu impossible par le système capitaliste car, entre les deux, s’interpose la loi du profit. On ne produit que ce qui rapporte suffisamment !
Voilà pourquoi nous n’avons jamais eu autant de moyens pour construire vite et bien, et pourquoi il manque de plus en plus de logements pour les classes populaires. Voilà pourquoi plus on peut faire circuler les connaissances et le savoir, moins il y a d’éducation ! Voilà pourquoi plus on a les moyens de soigner des maladies graves, de réussir des prouesses médicales, et moins les gens se soignent !
L’économie capitaliste n’est pas seulement injuste, inégalitaire, c’est aussi un immense gâchis, une organisation folle qui fait qu’on est en crise parce qu’on est capable de trop produire. On est en crise et toute la société s’appauvrit parce que le système produit trop de richesses. Il n’y a pas d’organisation économique plus aberrante et plus stupide.
Il n’y a rien à garder dans cette économie capitaliste. Il faut une transformation profonde de la société qui ne peut se faire qu’en expropriant la bourgeoisie, qu’en réorganisant la production sur des bases collectives, en l’organisant le plus rationnellement possible dans l’intérêt de toute l’humanité.
Le Parti
Seul un parti qui se revendique du pouvoir des travailleurs et de la révolution peut défendre cette politique. Mais ce parti est à construire.
On voit bien que le parti qui porte encore l’étiquette socialiste est un parti bourgeois comme les autres. Quant aux partis comme celui de Mélenchon ou comme le Parti communiste, qui prétendent représenter une alternative par rapport au Parti socialiste, ils défendent des politiques guère différentes parce qu’ils se placent tous dans le cadre de l’économie et de la société capitalistes en prétendant savoir mieux la gérer que les autres. Ils ont abandonné la perspective de combattre cette organisation économique pour la renverser.
On les a d’ailleurs vus à l’œuvre : le Parti communiste a déjà participé au gouvernement à plusieurs reprises et il s’est toujours aligné sur la politique du Parti socialiste. Quant à Mélenchon, porte-voix du Front de gauche, il a été, comme ses amis de la direction du Parti communiste, ministre. L’ambition de l’équipe qui l’entoure est certes de prendre la place de l’équipe qui gouverne, mais ce n’est pas pour renverser le système capitaliste, c’est pour le servir.
Alors oui, il manque un parti qui représente les intérêts politiques de la classe ouvrière et qui ne représente que ces intérêts-là.
Il faut un parti dévoué aux intérêts des travailleurs. Un parti qui n’ait aucun lien avec le système existant, qui ne soumette pas sa politique à des calculs électoraux ou à des alliances avec tel ou tel camp politique de la bourgeoisie. Il faut un parti que rien n’attache ni sur le plan économique, ni sur le plan politique à l’ordre social existant, et qui non seulement ne craigne pas de mener jusqu’au bout le combat contre la classe capitaliste, mais qui ait au contraire explicitement cette volonté-là.
Et il faut bien sûr que ce parti regroupe un grand nombre de militants et qui soit présent dans tous les quartiers populaires, dans toutes les entreprises, dans tous les aspects de la vie sociale.
Un tel parti ne pourra agir réellement et efficacement que si la classe ouvrière dans sa grande majorité a envie d’agir et de mener les luttes nécessaires car aucun parti ne peut remplacer l’action collective de millions de femmes et d’hommes.
Mais le rôle de ce parti est de défendre des idées, une politique, pour les travailleurs, de les populariser en permanence bien avant que les luttes s’engagent. Son rôle, c’est de s’opposer à toutes les variantes de la politique de la bourgeoisie, même celles qui se veulent de gauche, voire à la gauche de la gauche.
Alors oui, il faut s’atteler à la tâche et il faut créer ce parti capable de mener dans l’intérêt de la classe ouvrière et de la société les combats d’aujourd’hui, mais aussi de se préparer et s’organiser pour les grandes luttes de demain pour changer la société de fond en comble et construire une société communiste.
Une course de vitesse pour construire le parti
Face à la crise et à la guerre de plus en plus violente que mène la bourgeoisie contre les exploités, il faut opposer une politique qui arme les travailleurs et renforce leurs positions. Car il ne faut pas laisser le monopole de l’opposition à la droite et à l’extrême droite.
Après le psychodrame de l’UMP, on va de nouveau entendre la droite, les dirigeants de l’UMP vont chercher à faire feu de tout bois. Vous vous souvenez de l’affaire du pain au chocolat, vous vous souvenez peut-être de la sortie de Copé accusant les jeunes beurs de « racisme anti-Blancs ». Je ne sais pas si Copé s’est inspiré de Hayot, qui a poursuivi pour racisme notre camarade Ghislaine Joachim Arnaud en Martinique, mais le fait est qu’ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau ! Et on n’a pas fini de les entendre !
On va entendre aussi l’extrême droite et on sait que les idées de droite voire d’extrême droite sont présentes, y compris dans les rangs des travailleurs, et on sait les préjugés qu’elles véhiculent, y compris les plus stupides ou les plus réactionnaires. Avec l’approfondissement de la crise il n’est pas exclu que le FN – ou une autre force d’extrême droite aux prétentions fascistes – en vienne à intervenir physiquement contre les étrangers, comme c’est déjà le cas en Grèce ou en Hongrie.
La droite comme l’extrême droite feront feu de tout bois contre le gouvernement Hollande. Jusque là on ne les a vues que dans la manifestation contre le mariage homosexuel, aux côtés de l’Eglise catholique. Mais elles ont tout de même fait une démonstration de force.
Que la première grande manifestation contre Hollande vienne de ce camp doit être un avertissement pour les travailleurs. Car la droite n’est pas seulement conservatrice, elle est surtout anti-ouvrière. Sans que la droite n’exerce véritablement de pression, Hollande a repris la politique de Sarkozy ; qu’en sera-t-il si elle se met en ordre de bataille ?
Si les travailleurs ont une leçon à tirer de cette manifestation, c’est qu’ils doivent se manifester. Ils doivent se faire entendre, ils doivent occuper le terrain politique en faisant entendre leurs revendications.
La guerre au Mali
La droite et le PS représentent les mêmes intérêts. Ils jouent à s’opposer, mais ils constituent les deux faces de la même pièce et quand ils sont au pouvoir ils mènent la même politique. Regardez ce qui se passe au Mali.
Sarkozy avait eu sa guerre en Lybie, Hollande a la sienne au Mali. L’un et l’autre n’ont pas hésité à défendre les intérêts impérialistes de la France.
Je sais que la population malienne et nombre de travailleurs maliens immigrés en France ont été soulagés par l’intervention de l’armée française. Ils espèrent qu’elle les débarrassera de ces groupes de fanatiques. Et on peut les comprendre ! Personne ne souhaite voir ces bandes d’intégristes imposer leur loi. Le problème, c’est que l’armée française n’intervient pas pour ça.
Bien sûr, le gouvernement français jure qu’il n’est guidé que par la bonne cause. Comme toujours. Les grandes puissances trouvent toujours de bons prétextes pour intervenir : il faut sauver la démocratie, protéger les civils, lutter contre le terrorisme, combattre pour le droit des femmes. Mais en Afghanistan, il en est où, le droit des femmes ? Et en Libye, où en est la démocratie ?
La réalité, c’est que derrière la guerre aux terroristes, ce sont les intérêts de la bourgeoisie française qui sont en cause. Les intérêts d’Areva, qui exploite l’uranium au Niger voisin, les intérêts de Total en Mauritanie, où il exploite le pétrole et où le fer est aussi pillé depuis de longues années.
Ces intérêts là seront bien gardés ; quant à la population, rien ne dit que son sort changera, car c’est justement le pillage et l’exploitation par la France et les puissances impérialistes qui maintiennent l’Afrique dans la misère. C’est le terreau sur lequel se forment les bandes armées.
Le mal, en Afrique, la France l’a fait et elle continue de le faire avec cette guerre. Et il n’y a pas à s’étonner que ce soit le PS qui mène une nouvelle impérialiste, il a toujours participé et cautionné les guerres coloniales, quand il n’en prenait pas la tête, comme ce fut le cas pour la guerre d’Algérie.
Non, rien de bon ne peut sortir de cette guerre. Non à la guerre au Mali, troupes françaises hors d’Afrique !
Le rôle de la jeunesse
Le chômage, l’exploitation, les guerres, voilà l’avenir que l’on réserve à la jeunesse. Je sais qu’il y a ici des jeunes rebelles ; eh bien, je veux leur dire qu’ils ont toutes les raisons de ne pas accepter ce sort là.
Dans le passé, on a dit aux jeunes des classes populaires : faites des études, passez des diplômes, vous aurez un bon travail. Sauf pour une toute petite minorité, la jeunesse travailleuse est ballotée de stage en stage, de mission d’intérim en mission d’intérim, le tout entrecoupé de périodes de chômage. Combien de jeunes se disent à 20 ans, à 30 ans, qu’ils n’ont pas encore commencé leur vie ?
Quant aux jeunes qui font des études supérieures, ils peuvent espérer un emploi de cadre, d’ingénieur, de médecin ou d’enseignant. La société capitaliste leur offre peut-être un sort un peu meilleur que celui qu’elle réserve aux jeunes des quartiers populaires. Et encore !
Il n’est qu’à voir tous ceux qui, bardés d’un master ou d’une thèse, se trouvent obligés de postuler à des emplois sans rapport avec leur qualification et où on les paiera grassement 1 500 euros, si ce n’est moins. Mais le problème n’est pas là.
Le problème est collectif. Le problème, c’est que même ceux qui, dans cette société, peuvent tirer leur épingle du jeu, le font au milieu d’un océan de misère et d’injustice.
C’est ce que disent bien des enseignants, qui se sont engagés dans ce métier avec un idéal, et constatent au quotidien que l’Etat les prive des moyens nécessaires pour transmettre correctement des connaissances aux élèves dont ils ont la charge.
C’est ce que disent les médecins des hôpitaux, écœurés de la façon dont leurs services sont contraints de traiter leurs malades. C’est ce que disent bien des chercheurs, voire des cadres d’entreprise, à qui on avait fait miroiter la lune, et qui se rendent compte qu’ils ne sont que des rouages d’une grande mécanique à profit, toute prête à les broyer.
Alors aux uns et aux autres, je veux dire qu’il y a un autre avenir. C’est celui des combats collectifs, de la révolte consciente.
Il n’y a pas de cause plus noble que de s’engager dans l’activité pour transformer la société de fond en comble afin qu’il n’y ait plus de privilèges et de privilégiés, car la contrepartie c’est l’exploitation, l’oppression pour la majorité, et tout un cortège d’arriérations, du sexisme au racisme, en passant par la xénophobie voire la guerre.
Alors ne laissez-pas la politique à des politiciens professionnels qui en font une carrière personnelle, mais qui se moquent de la collectivité et de son avenir ! Ne cédez pas au conformisme de cette société ! Prenez part au combat pour l’émancipation sociale !
Conclusion
J’ai commencé mon exposé en parlant du combat commun que les travailleurs de France et de Guadeloupe ont à mener. Je terminerai de la même façon parce que ce n’était pas une formule de politesse.
Malgré les 7000 kilomètres qui les séparent, les travailleurs des Antilles et de France sont intimement liés. Qui n’a pas un frère, une sœur, un oncle qui travaille à la poste ou dans les hôpitaux à Paris ou à Lyon ? Beaucoup d’entre vous ont vécu quelques années en France pour étudier ou pour travailler et se sentent en France comme chez eux.
Et puis il y a le combat contre un gouvernement commun, contre un patronat qui est bien souvent le même aussi. C’est pourquoi je suis convaincue que, dans le combat contre l’exploitation, nous nous retrouverons côte à côte.
Et dans le combat pour changer radicalement la société, nous nous retrouverons avec des travailleurs de bien d’autres pays encore, car le capitalisme a fondu les peuples dans un sort commun et on ne pourra détruire la société capitaliste actuelle et créer une forme d’organisation sociale supérieure, la société communiste, qu’à l’échelle internationale.
Lorsque le Manifeste Communiste affirma, en 1847 sous la plume de Marx et d’Engels, « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous », ce n’était pas une prise de position morale ni l’expression de la seule fraternité ouvrière. Cela voulait dire que c’est seulement en unissant leurs forces à l’échelle du monde que les travailleurs peuvent combattre efficacement le capitalisme, exproprier la grande bourgeoisie, mettre les moyens de production à la disposition de la collectivité pour gérer en commun et de manière démocratique les richesses de la planète.
Voilà camarades, les perspectives des travailleurs sont grandes, elles sont enthousiasmantes, à nous de les faire vivre parmi les travailleurs pour qu’elles deviennent réalité.