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Archives de CO/CO de l'année 2011/CO n°1049 du 21 mai 2011/Page 1

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Martinique-Guadeloupe : Mai, un mois-symbole des luttes contre l’oppression !

Le mois de mai en Martinique et en Guadeloupe est un mois chargé de dates symboliques. Comme chaque année de nombreuses manifestations se dérouleront. Les deux dates marquantes étant celles du 22 mai 1848 en Martinique et du 27 mai 1848 en Guadeloupe.                                                                           Le 22 mai 1848 éclatait l’insurrection des esclaves en Martinique précipitant la proclamation de l’abolition de l’esclavage avant même l’arrivée du décret venant de Paris. Car en France, le gouvernement issu de la révolution de février 1848 et de l’insurrection des ouvriers de Paris avait en effet proclamé l’abolition de l’esclavage aux Antilles. En Guadeloupe, le 27 mai 1848, le gouverneur de l’époque fut aussi obligé de proclamer l’abolition avant l’arrivée du décret de France. Car s’il n’y a pas eu d’insurrection comme en Martinique, l’île se trouvait en état pré-insurrectionnel et devenait ingouvernable. La révolte grondait, le marronnage prenait une grande ampleur et les esclaves désobéissaient ouvertement  aux maîtres et dans les « ateliers » de canne.                        46 ans plus tôt, c’est les 26 et 27 mai 1802 que l’armée des esclaves insurgés s’était opposée aux troupes de Bonaparte expédiées en Guadeloupe pour rétablir l’esclavage qui avait été aboli en 1794. Avec Louis Delgrés, Ignace, la Mulâtresse Solitude, Massoteau et d’autres chefs, l’insurrection  fut puissante, massive, mais vaincue à Matouba et à Baimbridge. La répression fut sans pitié pendant plusieurs années et l’esclavage rétabli.                                                Bien loin de cette période pourtant, ironie de l’histoire, les 26 et 27 mai 1967 en Guadeloupe, une répression  atroce, sanglante s’abattit sur les travailleurs et les jeunes lors d’une grève des ouvriers du bâtiment, faisant près d’une centaine de morts et encore plus de blessés.                                                                            En Martinique, il aura fallu que les travailleurs, les militants anticolonialistes, communistes, trotskystes manifestent régulièrement sous la répression brutale, dans les années 70 surtout, pour que le 22 mai soit enfin reconnu comme jour de commémoration officiel et férié. De même en Guadeloupe dans les années 80 et 90 il aura fallu des manifestations régulières, chaque 27 mai pour arriver au même but.                                                                               Aujourd’hui ces deux journées fériées sont entrées dans les mœurs. Mais  n’oublions pas, oui, qu’elles ont dû être imposées dans la rue, contre le pouvoir colonial.                                                                                                                           Ce sont ces luttes qui ont indirectement abouti des années plus tard à la loi Taubira consacrant la traite et l’esclavages comme crimes contre l’humanité et préparé la commémoration annuelle, officielle, du 10 mai en France.                                Mais tout autant que l’abolition en elle même, ce sont surtout les luttes victorieuses des esclaves de Guadeloupe et de Martinique qu’il faut soutenir. Ces luttes d’esclaves étaient l’aboutissement d’une longue série de révoltes, d’insurrections qui, pendant plus de deux siècles avaient jalonné l’histoire de l’esclavage aux Antilles. La victoire la plus grandiose fut celle des esclaves d’Haïti en 1804, contre le fleuron de l’armée napoléonienne, après prés de 15 ans d’insurrection ouverte.                                                                                                      Ces luttes insurrectionnelles de masse, les luttes des travailleurs réprimées dans le sang, restent dans la mémoire collective des exploités et des travailleurs d’aujourd’hui comme autant de faits montrant qu’il est possible de vaincre l’oppression et l’exploitation ou de la faire reculer.                                             Aujourd’hui, sous le régime de l’esclavage salarié, la tâche des travailleurs est de  lutter et de vaincre la dictature de la bourgeoisie, des capitalistes, aux Antilles, comme sur l’ensemble de la planète.
                                                                                                  

Guadeloupe : Les agents de Pôle Emploi imposent l’embauche de 8 jeunes

  Après dix jours de grève, les agents de Pôle Emploi ont arraché la titularisation de 4 collègues précédemment embauchés en contrats à durée déterminée. 4 autres jeunes dont le contrat s’est terminé le 06 mai dernier, bénéficieront d’une embauche en contrat à durée déterminée, jusqu’à ce qu’un poste se libère. Ils pourront alors être embauchés, au fur et à mesure en CDI.
La grève a obligé la direction à augmenter le salaire des CDD après 6 mois de présence dans l’institution en leur permettant un changement d’indice dans la grille de classification.
Cette mobilisation est le reflet d’un mécontentement profond à Pôle Emploi. Depuis la fusion de l’ANPE et des ASSEDIC, un malaise grandissant s’est installé parmi le personnel. Tant en Guadeloupe qu’en France, la fusion est synonyme de cadences de travail insupportables, d’une perte de sens du travail, de la remise en cause des qualifications, d’un manque de réponse criant aux demandes des usagers, d’une augmentation des congés maladie et de mauvaises conditions de travail.
Depuis plusieurs mois, les agressions des demandeurs d’emploi contre les agents se sont multipliées dans les sites. Alors que l’objectif affiché de cette fusion était de simplifier les démarches des demandeurs d’emploi, c’est le contraire qui se produit : les demandeurs d’emploi sont mal reçus et les contrôles à l’encontre des titulaires de l’allocation chômage sont de plus en plus tatillons.
Le nombre de demandeurs à suivre explose. Le gouvernement avait promis que chaque conseiller suivrait 60 personnes au maximum, mais c’est plutôt 100 à 150 personnes qui sont suivies par un agent. Les solutions à leur proposer ne suivent pas. Les emplois pérennes et les formations qualifiantes sont particulièrement rares en Guadeloupe. Depuis la crise de 2008, le chômage à explosé. En 2010, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de 6% atteignant 65000. Quant au nombre de personnel présent pour recevoir les chômeurs, il est notoirement insuffisant. Cela n’a pourtant pas empêché le gouvernement d’annoncer la suppression de 1800 postes de CDD et le non remplacement d’un départ sur deux à la retraite.
En exigeant la titularisation de 8 jeunes qui venaient tout juste d’entrer, un an auparavant, à Pôle Emploi, les salariés ont dit non à cette politique. Ils refusent de faire les frais de ces restrictions budgétaires. Depuis décembre 2010 une fraction minoritaire des agents emmenée par la CGTG avait tenté d’appeler à la mobilisation pour réclamer du personnel supplémentaire. La majorité n’était pas prête à engager la lutte. Il aura fallu le débrayage d’un service, le 39/49, pour entrainer une fraction importante des salariés dans la grève. Ce service d’accueil téléphonique est très éprouvant car les agentes travaillent en permanence au téléphone. La solidarité s’est exprimée à travers cette grève. Solidarité entre services, solidarité inter générationnelle, solidarité contre la précarité.
 Le combat a payé.                                                                         
 
 
          

Martinique : Au Morne Calebasse : Des familles entières sont dans la rue. Qui sont les responsables ?

  Depuis la semaine dernière, 17 familles habitant le lotissement « les Charmettes » sur les hauteurs du quartier Morne Calebasse, quartier résidentiel de Fort de France, vivent un cauchemar. Elles sont victimes d’un glissement de terrain s’étalant sur un hectare et demi.
Les fortes précipitations de fin avril qui ont provoqué de nombreuses inondations sur toute l’île n’ont pas arrangé les choses, et la situation s’est dégradée assez rapidement. Ainsi, en moins de vingt quatre heures, des fissures dans les maisons et autour sont apparues s’élargissant de 10 à 15 centimètres à certains endroits. Alerté, le maire de Fort de France, Raymond Saint-Louis Augustin accompagné de son équipe municipale et des directeurs techniques de la ville, se sont rendus sur les lieux pour constater les dégâts. Observant une partie de leur habitation endommagée plusieurs familles ont refusé dès jeudi 12 mai de dormir sur place face au danger. La municipalité a pris un arrêté  d’interdiction d’habiter dans 17 maisons. Elle a également réuni les habitants du quartier pour les informer des dangers du glissement de terrain. Très rapidement des familles entières, des locataires ont dû se précipiter pour quitter les lieux en pliant bagages dans l’urgence. Certains ont trouvé refuge chez des parents, d’autres ont été logés par la mairie dans des hôtels à Fort de France.
Cependant, la colère, l’angoisse, le stress, l’inquiétude prédominent les discussions. Pour le France-Antilles du lundi 9 mai : « la cause de ce glissement de terrain est connue depuis longtemps. La présence de sources (qui ) ont fait la réputation d’une entreprise d’eau minérale sur le quartier de Moutte ». Et pour les habitants : « Si on nous l’avait demandé, nous aurions répondu qu’il y a toujours eu de l’eau sur ces terrains ». Et le France-Antilles du mardi 10 mai souligne la réaction des riverains: « Cela fait trente ans que j’habite ici. J’ai l’habitude de voir des éboulements mais ils n’ont jamais été aussi dramatiques. … .« Nos principaux responsables sont des trompeurs…..Je paye 2 000 euros de taxes foncière et 900 euros de taxe d’habitation par an… « La mairie et les promoteurs n’auraient pas dû vendre. Ils savaient, nous on ne savait pas qu’avant il y avait une rivière là et tous les autres risques qui vont avec ». Et pour plusieurs propriétaires : « s’ils connaissaient les risques, ils n’auraient jamais entrepris de construire ».
Il faut se poser les questions suivantes : Comment ont été construites ces villas et maisons avec piscine pour certaines ? Est-ce que la population de Calebasse a été informée des risques naturels dans leur région ? Est ce que les mesures de prévention en matière d’étude de terrain, sondage, carottage avant toute construction ont été respectées ? A savoir : la Déclaration d’intention de commencement de travaux (DICT). Décret n°91-1147 du 14/10/1991, le carottage par exemple. Le Plan de Prévention Des Risques Naturels (PPRN) en mairie, a-t-il  été pris en compte ? Ou bien encore le plan de situation du terrain avant tout travaux a-t-il été appliqué et respecté ?
Si toutes ces mesures avaient été appliquées, bon nombre de constructions auraient sans doute été interdites par la mairie.
Mais dans cette société capitaliste, ce qui compte avant tout c’est faire du profit avec comme contrepartie, la débrouillardise, qu’il s’agisse de promoteurs ou de spéculateurs immobiliers. Le sort de la population,  c’est secondaire.
Face à de telle catastrophe qui se répètent, la population de Martinique est désormais avertie. Elle aurait intérêt à s’organiser de façon indépendante en comité de quartier pour contrôler toute construction, soit immobilière ou individuelle pour obliger les entreprises de construction, les mairies ou tout autre organisme, à respecter le Code de l’urbanisme pour la sécurité et le bien être de la population.
 
                                                                                                         
 

«DSK» : une affaire qui pousse sur un terreau sordide

Dominique Strauss Kahn est emprisonné aux Etats Unis suite à une plainte pour agression et tentative de viol sur une femme de chambre dans un hôtel de New York. «DSK» est président du FMI (Fonds Monétaire International), l’un des dirigeants du Parti Socialiste Français et était jusqu’à présent favori dans les sondages pour les élections présidentielles de 2012 en France.                                                                                                               Manipulation, complot, ou réalité des faits ? Jusqu’à présent rien n’est vraiment certain, bien que le témoignage de la femme de chambre et le début d’enquête plaident pour l’instant contre DSK. Mais on sait bien aussi que dans ce monde où l’argent et la puissance personnelle font bon ménage avec la politique, tous les coups tordus sont possibles. Comme aussi, fortes de leur puissance, certaines personnalités croient pouvoir en user et en abuser, persuadées qu’elles sont de leur impunité éternelle.                                              Toujours est-il que dans un cas comme dans l’autre, cette affaire est particulièrement sordide. La presse internationale s’en délecte, confortée par le puritanisme hypocrite qui existe dans une certaine société aux USA. Mais les affaires sordides sont légion dans ces milieux là. Mitterrand, par exemple, déjeunant avec son ami René Bousquet, un homme qui avait envoyé des milliers de juifs dans les camps de concentration,  Pasqua soupçonné de plusieurs trafics douteux, le rôle de certains politiciens français de gauche ou de droite dans le génocide rwandais, les coups tordus des services secrets français contre des dirigeants africains assassinés froidement en liaison avec Jacques Foccart, le monsieur « françafrique», le  préfet  Bolotte ayant donné l’ordre du massacre de mai 67 à Pointe à Pitre sous de Gaulle etc.                                                                       Alors, on  voit aujourd’hui tout le milieu politicien français rivaliser de déclarations hypocrites, allant de la condamnation pure et simple de DSK à son soutien en paroles. Bernard  Debré député de droite n’hésite pas à hurler avec les loups accusant DSK d’être un dangereux récidiviste sexuel dans les hôtels de la chaîne Sofitel, Fillon déclarant que si « c’est vrai, ce serait extrêmement grave ».Une façon détournée d’enfoncer Strauss kahn. Quant aux dirigeants socialistes, tous soi-disant très « prudents » vont, à part deux ou trois, dans le sens du lâchage mesuré. Car en fait, pour tout ce monde ce qui compte avant tout ce sont les futures élections présidentielles. Et DSK, innocenté ou pas, ne  fera plus d’ombre, ni à Sarkozy  ni à ses petits camarades du PS, futurs candidats.                                                                                                                       Et Marine le Pen, en accusant sans détour DSK, y compris sur sa vie privée passée et en termes crus, pense ainsi grignoter encore plus l’électorat PS.         Quoiqu’il en soit, cette affaire ne fait que pousser sur un terreau « d’ordures  parfumées ». Le parfum enlevé aujourd’hui, il ne reste que des odeurs nauséabondes.