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Archives de CO/CO de l'année 2011/CO n°1049 du 21 mai 2011/Page 4

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GUADELOUPE
L’ECHO DE L’AEROPORT

AIR CARAÏBES (CMI) : TROIS COLLÈGUES MENACÉS DE LICENCIEMENT…                           La direction d’Air Caraïbes, lors d’une précédente réorganisation, a saucissonné l’entreprise en filiales. Pour reclasser certains techniciens, elle a créé « Caraïbes Maintenance Industrielle », basée à Petit Pérou, qui avait des activités de maintenance diverse, sur du matériel non aéronautique.                                                                                  Aujourd’hui, on annonce que cette activité n’est pas rentable. Comme c’est une filiale directe, le contrat de ces collègues précisait qu’ils devaient être réintégrés dans l’effectif de la compagnie en cas de fermeture.                                                                                     C’est le cas pour une dizaine d’entre eux. Mais l’occasion a semblé bonne à la direction pour tenter de se débarrasser de trois collègues. Sous des prétextes futiles, ils ont reçu un préavis de licenciement.
 
… LE PERSONNEL DÉbraye pour s’opposer à cette injustice                                                   Lundi 9, une assemblée générale du personnel s’est tenue au siège. Une pétition a été signée par les nombreux participants pour défendre ces collègues dont deux ont 25 ans d’ancienneté, et un autre 15 ans.                                                                                                                  Au passage, on a pu remarquer qu’en revanche, d’autres récemment embauchés par la direction ont été reclassés.
 
LE call center d’air caraïbes lui aussi menacÉ                                                                                    Cette assemblée générale a permis de constater que d’autres emplois sont menacés. Le « Call center » (réservation par téléphone) a de moins en moins d’activité. La direction vient d’en créer un autre à Nîmes, et a demandé à ceux de Guadeloupe d’aller les former…        On voit donc clairement le plan de la direction : faire des économies sur le dos du personnel en délocalisant au maximum les activités. Si nous laissons faire, la compagnie n’aura plus de caraïbe que le nom, ce qui lui permettra de passer aux yeux du public antillais pour une entreprise « locale », alors que ceux qui l’ont construite seront au chômage…                                                                                                                                            C’est pour cela que nous devons continuer à nous mobiliser pour faire annuler ces mesures injustes.
 

DH : Succès des grévistes des laboratoires du CHU de Fort de France.

Les grévistes des laboratoires du CHUFF, en grande partie des contractuels, étaient mobilisés à l’entrée du CHU ce mardi 147 mai dès 6H du matin. Vers 10H, ils se sont invités à une réunion extraordinaire de Pôle avec les biologistes, les cadres et le directeur des ressources humaines. Après près de 3 heures de réunion, ils ont arraché : le passage d’une collègue d’un poste à 80% à 100% applicable dès le lundi 23 mai. Ils ont également obtenu un plan d’intégration de 19 contractuels sur les 22 : 6 en 2011, 5 en 2012, 4 en 2013 et 4 en 2014. Les 3 autres contractuels (statut 40) relevant de conventions particulières seront néanmoins suivis pour être intégrés. Les grévistes qui, pour la plupart étaient mobilisés pour la première fois, étaient satisfaits de leur mouvement et ont décidé de mettre en place un comité de suivi pour «ne rien lâcher» sur ce qu’ils ont pu arracher.

Martinique : Laboratoires du CHU : lutte pour la titularisation des emplois précaires sur les postes vacants.

Les techniciens de laboratoire titulaires et contractuels du CHU de Fort de France, ont décidé de faire grève à partir du 17 mai. Depuis la parution du plan d’intégration des contractuels de la direction, ils sont mécontents et l’ont déjà fait savoir. Il y a deux semaines une pétition de protestation a circulé parmi les agents. Elle a été signée et déposée à la direction. Mais le personnel estime ses réponses insuffisantes pour assurer un bon déroulement des laboratoires car la direction prévoit  d’accorder 3postes et 2 ou 3 autres sur une liste complémentaire, pouvant être appelés au moment du départ à la retraite de certains collègues. Pour les techniciens de laboratoire « on est loin du compte ! ».
         Dans leur pétition, ils rappellent leur situation en ces termes :
 «…….. Aux laboratoires du CHUFF, nous sommes 73 techniciens titulaires et 22 techniciens contractuels (soit plus de 28%), travaillant pour certains depuis de nombreuses années... Nous sommes déjà en sous effectif et travaillons sur des plannings à flux tendu, sans être correctement remplacés lors des congés maladie ou de nos congés annuels.
         Et voilà qu’en plus la direction ne fait rien pour régulariser la situation des collègues.
         Au rythme de 3 intégrations par an, il leur faudrait attendre 10 ans pour être intégrés, c'est-à-dire jusqu’à 2022.
C’est injuste et inacceptable !
         D’autant qu’il existe des postes vacants : 5 au TEPA en 2010, depuis 3 titulaires sont partis, 2 autres partiront cette année et des départs sont prévus en 2012. Il existe donc 10 postes vacants pour 2011.
         Oui ! La décision de la direction est choquante pour nous. Elle constitue un manque de clairvoyance pour assurer l’organisation du travail. Elle dénote aussi un manque de respect pour nous tous, techniciens de laboratoire, qui aspirons à travailler dans de meilleures conditions. »
         Mardi 17, avec leur syndicat CGTM, ils appellent l’ensemble de leurs collègues techniciens de laboratoire, à se mettre en grève pour montrer leur détermination à se faire respecter et à obtenir un véritable plan d’intégration pour les contractuels. Ils les appellent à manifester à l’entrée du CHU, en se rassemblant au «Village infernal».
                                                                                                      
 

Haïti : Les promesses du président Martelly

En réponse aux travailleurs, djobeurs, pauvres, petites marchandes, paysans qui l’ont porté  à la présidence, Michel Martelly, dans son discoursd’investiture du 14 mai, a tracé les perspectives de sa présidence.         Aux pauvres, il sert les promesses avec les envolées lyriques: « Mon peuple, mon peuple haïtien, gens des rues, chômeurs, faites moi confiance, les choses vont réellement changer, commerçants, marchandes, ouvriers, les personnes sous les tentes, femmes du pays, les handicapés  je ne vous ai pas oubliés, vous savez que je suis fait pour vous, embarquez, levez-vous, Haïti vous attend… ».                                                     Mais il n’oublie pas aussi le bâton au cas où certains seraient pris de doute et contesteraient : «Mais, pour qu'il y ait du travail en Haïti, il faut qu'il y ait la sécurité dans le pays, la sécurité pour les personnes, pour nos biens, pour la production, pour les placements d'argent, pour les investisseurs, pour que les paysans puissent produire... Cela, je ne vais pas le négocier, si une personne vient mettre le désordre, créer l'instabilité pour que le pays ne puisse pas fonctionner, je regrette, la justice va agir contre ces gens là, la justice va agir comme il se doit… ».             Il ouvre la voie à ceux sur qui il compte s’appuyer : « Un Haïti où la classe moyenne va prospérer, parce que c'est la classe moyenne qui est le moteur économique d'un pays »…                                                                  Il rassure ceux pour qui il travaille, les riches et les possédants : « Il faut qu'il y ait le respect, pour que les investisseurs prennent confiance, viennent investir, construire, pour que nous puissions trouver le développement que je cherche, le développement que je cherche pour vous » …                                                                                                                     Et il dit à la bourgeoisie internationale de ne pas s’inquiéter : « Je demande à la Communauté Internationale, de me faire confiance, vous allez trouver un autre leadership, dans un bon partenariat, dans le respect des uns et des autres, avec bonne gouvernance, transparence et honnêteté. C'est un nouvel Haïti, ouvert aux affaires dès aujourd'hui. »    Le Premier ministre qu’il a choisi, Daniel Rouzier, est un grand importateur d’autos,  banquier de coopératives, connu dans la diaspora et la  bourgeoisie locale, le profil du bon serviteur de la bourgeoisie.                Avec ce début, les travailleurs peuvent commencer à se poser des questions et se préparer à défendre leurs intérêts.                               


Un livre à lire :

Le livre intitulé « L’insurrection de la Martinique 1870-1871 », écrit par G. Pago, historien, et aussi dirigeant du Groupe Révolution Socialiste, vient de paraître aux éditions Syllepse et se trouve désormais en librairie.
         Les évènements retracés ont pour point de départ l’affaire Lubin. Celle de Léopold Lubin, jeune noir, issu du milieu des « Noirs libres » (qui avaient pu racheter leur liberté avant l’abolition de 1848), cravaché violement par un officier de Marine, blanc, Augier de Maintenon, proche du milieu des anciens esclavagistes békés et ayant leur comportement arrogant et provocateur. Lubin n’arrivant pas à obtenir réparation de cet outrage auprès des tribunaux, décida de remettre au Blanc, arrogant, sa correction. Il sera arrêté sur le champ, puis jugé et condamné par la Cour d’assises de Fort de France à cinq années de bagnes à Cayenne assorties d’une très forte amende.
         Cette condamnation  révolta la population du Marin, où les faits se sont déroulés, mais aussi celle de Rivière-Pilote  et de Sainte Luce. Elle augmenta la grande tension sociale qui existait à l’époque en Martinique. Il y a l’exaspération des anciens esclaves qui continuent d’être, 30 ans après l’abolition de l’esclavage en mai 1848, sous les fers des anciens maîtres békés, celle des nouveaux «engagés» , «Coolies» ou «Congos» dont les conditions de vie sont très proches de l’esclavage. Il ya aussi l’exaspération des anciens «Noirs libres» qui ne voient toujours pas d’amélioration de leur situation sociale et au contraire subissent les vexations continues des anciens esclavagistes restés tout puissants.
         Le mouvement déclenché le 21 septembre 1870, jour de l’arrivée en Martinique du décret du 4 septembre proclamant la république en France, après la chute de second Empire et de Napoléon III, se transforma en insurrection.
         Parti de Rivière Pilote la révolte gagna plusieurs communes, du Marin au Vauclin, de Rivière Salée à Sainte Anne. Elle aura comme chefs,  Louis Telga, Eugène Lacaille, Lumina Sophie, pour ne citer que ceux restés célèbres. Pendant cinq jours, « la révolte qui se transforma en véritable insurrection entraîna les petits planteurs et les ouvriers agricoles journaliers, ceux qui ne sont pas attachés aux habitations » et aussi les travailleurs casés ». Les mauvais salaires, le désir de terre, la crainte d’un retour à l’esclavage, surtout depuis l’arrêté Gueydon du travail forcé, sont leurs principaux mobiles ». Les bandes d’insurgés,sillonnèrent les campagnes aux cris de « Mort aux Blancs », « Mort aux békés », « Vive la République », brulant sur leur passage les habitations des propriétaires békés qui s’enfuyaient.
         G. Pago explique aussi que la répression quisuivit cette grande peur infligée aux possédants, fut féroce : exécutions, condamnations à mort, déportations en Nouvelle Calédonie, lourdes condamnations pour des dizaines d’insurgés et de leurs proches. Les annales des procès ont fourni à l’auteur des documents intéressants sur le comportement et le fonctionnement des propriétaires békés, leur relation avec l’Etat et la volonté commune de vengeance affichée pendant plusieurs mois dans le milieu des possédants.
         S’appuyant sur de nombreux documents, listes et identités des accusés, auditions des témoins lors des procès, Gilbert Pago retrace avec précision les évènements de 1870 et 1871 qui ont été la première page du mouvement ouvrier de la Martinique et enrichit leur analyse.
         « L’insurrection de Martinique 1870 – 1871 », un livre que nous invitons nos lecteurs à lire.                                                                  

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