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Archives de CO/CO de l'année 2011/CO n° 1053 du 10 septembre 2011/Page 4

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Libye : La chute d’un dictateur, mais pas celle d’un régime pourri.

ZoomEn entrant dans la capitale, Tripoli, les rebelles libyens soutenus par les forces de l’OTAN (France et Angleterre comprises) semblent avoir obtenu une victoire décisive contre le pouvoir de Kadhafi. Personne ne regrettera le dictateur persécuteur de son peuple pendant 40 ans !
Mais force est de constater qu’il faut se méfier des «amis de la liberté du peuple libyen». Alors que la guerre n’est pas terminée, et que la population de Tripoli, traumatisée, reste privée d’électricité, d’eau potable, etc., les «amis», les grandes puissances, s’activent pour savoir laquelle profitera le plus de la manne pétrolière et de la reconstruction du pays qu’elles ont bombardé pendant des mois. Déjà la conférence de «ces amis de la Libye» vient de débloquer 15 milliards de dollars provenant de comptes libyens qui avaient été gelés en Occident pour en faire cadeau à de grosses sociétés françaises, britanniques, etc. La France, la Grande Bretagne, les USA... qui viennent donc de bombarder la Libye, se ruent sur le marché de la reconstruction de ce qu’ils ont détruit, tout en faisant main basse sur le pétrole !
Pour conclure ces transactions, ces pays se sont dépêchés de reconnaitre officiellement le «Conseil national de transition » (CNT) comme l’autorité gouvernementale légitime. Cette reconnaissance n’a donc rien à voir avec les soi-disant préoccupations démocratiques, encore moins avec les intérêts de la population pauvre. Les avoirs bloqués de l’état libyen seront versés au CNT, uniquement parce qu’il est un bon serviteur des possédants occidentaux.
Quant aux intérêts de la population pauvre, ils ne peuvent être représentés par exemple, par le président du CNT, Mohamed Aboud-Al-Djelil, ancien ministre de la justice de Kadhafi. Ce «rebelle» de fraiche date, bourreau de son peuple, s’illustra en 2007, en confirmant la condamnation à mort des infirmières bulgares, injustement accusées.
Les dirigeants occidentaux se réjouissent bruyamment de la chute de Kadhafi, avec lequel, il y a quelques mois encore, ils faisaient des affaires. Il ne faut pas oublier comment Rama Yade, ex-membre du gouvernement de Sarkosy s’était fait rabrouer pour avoir critiqué l’accueil réservé à Kadafi par le président français. Ils osent se présenter aujourd’hui comme des «champions de la liberté des peuples » alors qu’ils cachent le nombre de Libyens victimes des bombardements de la France, de ses alliés et de l’OTAN ; que l’intervention militaire qui aurait coûté à la France 200 millions d’euros était une façon de permettre aux militaires de tester leurs nouveaux matériels, et à Dassault de faire des affaires et de la publicité pour ses Rafales qu’il n’arrive toujours pas à vendre à l’étranger. Cette opération  militaire entièrement payée par l’Etat fut chèrement payée par la population libyenne  et elle n’a pas fini de payer !
 Les vautours s’apprêtent à dépecer le cadavre sur le dos de la population libyenne : le Medef projette une réunion spéciale pour les patrons intéressés par « les nouvelles opportunités » en Libye. Total, Alcatel, Vinci et de nombreux autres sont déjà sur les rangs pour pouvoir tirer les avantages de la reconstruction de tout ce qui a été bombardé et de la remise en marche de l’exploitation pétrolière.
Il reste à espérer un sursaut des travailleurs libyens pour déjouer leurs plans !
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Haïti : Quel que soit le premier ministre, pas d’illusion pour les pauvres.

Zoom Après le passage de l’ouragan Irène qui a fait deux morts à Port de Paix, les habitants de la région nord d’Haïti réparent les dégâts. Un millier de personnes ont été déplacées et 108 familles sinistrées, tandis que des plantations ont été détruites et des routes coupées. Quant aux sinistrés qui vivent à près de 600.000 dans les camps en majorité dans la zone métropolitaine, la catastrophe redoutée a été évitée, la météo ayant été plus clémente que prévu. Leur préoccupation reste toujours de trouver un logement en dur alors que la saison cyclonique est loin d’être terminée.
Ce n’est pas cela qui préoccupe les politiciens qui s’affrontent autour de la nomination d’un premier ministre et d’un nouveau gouvernement. Les partisans de Préval, Aristide, Manigat n’ont pas dit leur dernier mot dans la guéguerre qui les oppose à Martelly.
Après Gourgues et l’industriel Rouzier, c’est un médecin, Gary Conille, qui est pressenti par Martelly. Il était connu sur les bancs de la faculté pour sa proximité avec les duvaliéristes. Mais depuis il a eu un parcours international de bon serviteur de la bourgeoisie. Il a été représentant résident du Programme des Nations Unies pour le Développement, et donc chef de cabinet de l'ancien président américain Bill Clinton lors de sa mission en Haïti après le séisme du 12 janvier. Il a joué un rôle de premier plan  dans la Commission de Reconstruction d’Haïti mise en place après les conférences de New York. Des milliards de dollars y ont été brassés mais la population attend toujours la reconstruction promise par les agences internationales et le gouvernement haïtien. Gary Conille a donc le costume taillé pour plaire aux bourgeois haïtiens et à ceux qui font mine de se pencher sur le sort d’Haïti.
Mais au vu des résultats de cette commission, les sinistrés, les travailleurs et les pauvres des quartiers n’ont rien à espérer de ce côté-là. Quel que soit le nom du premier ministre qui aura finalement l’aval des politiciens, l’augmentation du  salaire minimum ou l’amélioration des conditions de travail et de vie des ouvriers et de la population pauvre en général, ne feront pas partie de son programme.
 
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Il y a dix ans, le 11 septembre 2001….

Il y a dix ans, des terroristes islamistes précipitaient deux avions contre les deux tours jumelles de  New York. Le même jour leurs complices faisaient tomber deux avions remplis de passagers dont l’un sur le Pentagone. Ces attentats odieux ont causé la mort de près de 5000 personnes. Les tours jumelles devaient s’effondrer ensevelissant des milliers de personnes.
Ces attentats aussi horribles que stupides ont été attribués à Al Quaida et Ben Laden. La vengeance de l’impérialisme fut d’enclencher une nouvelle guerre du Golfe en prétextant la détention d’armes de destruction massive par l’Irak de Saddam Hussein. L’armée américaine aidée par l’armée britannique envahit l’Irak, semant la mort et la désolation dans tout le pays. Ils firent payer non seulement à l’armée de Saddam Hussein les attentats du 11 septembre mais aussi largement au peuple irakien. Des milliers de civils furent tués dans les bombardements. De même en Afghanistan qui est jusqu’à aujourd’hui soumis à des bombardements intensifs au nom de la lutte contre les Talibans. Si La France avait refusé de se joindre à la croisade contre l’Irak, elle l’a fait en Afghanistan.
L’impérialisme anglo-américain a fait de l’Irak un pays en ruine aux prises avec des attentats islamistes qui quasi quotidiennement causent la mort de dizaines de personnes.
Ces guerres n’ont rien réglé. Mais l’impérialisme américain a considéré que les peuples d’Irak et d’Afghanistan devaient payer le prix fort de la vengeance pour les attentats du 11 septembre aux Etats Unis. Au terrorisme individuel ils opposent un terrorisme d’état. Il s’agit d’intimider ces peuples, de faire des exemples. Mais au-delà, ce sont leurs intérêts économiques et financiers, leur domination sur le monde que les USA et les autres puissances occidentales défendent dans les pays arabes. Et même si les attentats du 11 septembre et tous les attentats islamistes ne sont que des boucheries sanglantes, stupides et inutiles, l’impérialisme fait bien pire. Depuis les deux bombes atomiques lancées sur deux villes du Japon à la fin de la deuxième guerre mondiale, il n’a cessé d’intervenir militairement dans les pays pauvres dans des proportions bien plus vastes, cruelles, mortelles que les attentats des organisations islamistes.
 

Spot publicitaire contre le travail au noir : Une véritable hypocrisie !

Depuis quelques jours les radios diffusent des spots publicitaires qui ont pour thème entre autres la lutte contre le travail illégal. On y entend notamment une mère de famille qui affirme ne pas pouvoir faire travailler une femme de ménage sans la déclarer.Ces spots publicitaires diffusés par l’Etat se veulent des instruments de lutte anti-fraude. Mais encore faudrait-il, pour lutter réellement contre la fraude, s’attaquer aux véritables délinquants en col blanc : ce n’est pas la mère de famille qui emploie une aide à domicile qui constitue la plus grosse fraudeuse. Les entreprises qui ont pignon sur rue sont ô combien plus nuisibles et ce n’est pas par des messages « bon enfant » que l’Etat s’attaquera véritablement à ces fraudes là. Pour les capitalistes à la recherche du profit maximum, il n’y a pas de petites économies. Frauder fait partie, d’une manière ou d’une autre, du fonctionnement normal de la gestion de leurs entreprises. Bien souvent d’ailleurs ce sont leurs comptables et experts comptables qui leur permettent de dissimuler en toute «légalité» un certain nombre d’informations.        En Guadeloupe d’ailleurs, le travail non déclaré est légion dans certains secteurs : l’agriculture, le bâtiment, l’hôtellerie restauration. Si réellement  l’Etat voulait faire reculer cette fraude, au lieu de diminuer le nombre des fonctionnaires, le gouvernement chercherait bien au contraire à renforcer le nombre d’inspecteurs et de contrôleurs du travail et renforcerait aussi leur pouvoir de sanction sur les entreprises fraudeuses !

Martinique : Ce n'est pas la loi qui va éradiquer sans délai l'habitat insalubre

          A l'initiative du député S. Letchimy, la loi «sur l'habitat informel et insalubre» a été promulguée le 23 juin dernier. Si l'on en croit le nom donné à cette loi, on pourrait penser que cette promulgation est une étape vers la disparition de conditions de logement indignes que l'on rencontre trop souvent en Martinique et dans les autres DOM. Mais une interview d'Alex Foucade, directeur de l'ADIL (Agence départementale d'information sur le logement), parue dans France-Antilles le 31 août 2011, relativise bien les choses.
          M. Foucade y révèle qu'autant sinon plus que l'insalubrité, c'est le caractère informel de ces habitats qui représente une gêne pour l'administration. L'habitat «informel» étant constitué par des édifices «édifiés sans droit ni titre sur le terrain d'autrui» le propriétaire reste souvent introuvable malgré les recherches. Les opérations d'aménagement sont ainsi souvent retardées. Et «aménagement» ne signifie pas éradication de l'habitat insalubre. L'interview cite, comme exemple d'aménagement qui pourrait être accéléré par la nouvelle loi, le TCSP (Transport en commun en site propre), les propriétaires n'ayant plus à être recherchés. Ainsi ce volet de la nouvelle loi, d'application immédiate, pourrait profiter à de grosses entreprises de construction ou de travaux publics, en facilitant la passation des marchés.
          Quant à l'habitat indigne c'est, dans les prévisions, et indépendamment du financement nécessaire, petite vitesse et grande lenteur. Le recensement doit débuter en juin 2012, et ses modalités doivent être définies et déclinées dans chaque commune par un «pôle départemental de l'habitat indigne» lui-même mis en œuvre par un futur  «observatoire de l'habitat indigne».
          Si l'on ne compte que sur les effets d'annonce parlementaires et sur le «zèle» de l'administration, insalubrité et indignité de l'habitat pour certaines familles pauvres ont encore de beaux jours devant eux !