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Archives de CO/CO de l'année 2011/CO n° 1050 du 4 juin 2011/Page 4

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Mexique : Il y a 100 ans, le 21 mai 1911, les armées paysannes de Pancho Villa et Zapata chassent le dictateur Porfirio Diaz
Extraits d'un article de « Lutte Ouvrière », n° 2238.

Le 21 mai 1911, Porfirio Díaz, qui régnait en maître sur le Mexique depuis trente-cinq ans, abandonnait le  pouvoir, chassé par les paysans insurgés.
 
Díaz était arrivé à la tête de l'État mexicain en 1876. Il ouvrit le Mexique aux capitaux étrangers venus des États-Unis et d'Europe. Les paysans pauvres, traités comme des esclaves, avaient soif de terres car 1 % de la population possédait  97 % de la superficie du pays. Cette concentration terrienne s'accompagnait d'une répression féroce contre ceux qui protestaient. En 1908, plusieurs soulèvements paysans furent durement réprimés.
 
Dix ans de guerre civile
Lorsque Díaz déclara qu'il ne se représenterait pas aux élections de 1910, un propriétaire foncier, Madero, le prit au mot. Sa campagne fut un succès. Aussi, quelques jours avant le vote, il fut arrêté par Diaz, qui fut réélu ! Madero s'évada, proclama la nullité des élections, exigea la présidence provisoire et appela à l'insurrection pour le 20 novembre 1910. Un groupe de petits paysans propriétaires, avec à sa tête Pancho Villa, et un groupe de mineurs conduit par Pascual Orozco furent les premiers à s'insurger. En mars 1911, ils furent rejoints par les paysans du Morelos conduits par Émiliano Zapata.
 Le 7 juin, Madero entrait dans Mexico. Le 6 novembre, il était élu président avec 90 % des voix. Madero tardant à rendre les terres communales, Zapata et ses troupes se soulevèrent pour s'en emparer. Madero lança contre eux l'armée du général Huerta. Mais l'insurrection paysanne s'étendit. Madero se retrouva isolé, tandis que le général Huerta jouait sa propre carte, avec le soutien des États-Unis. Huerta le fit assassiner le 22 février 1913.
Mais, à son tour, Huerta fut écarté par un ancien sénateur de Diaz, Carranza.
 
Carranza se retrouva face à l'insurrection paysanne. Au nord, Pancho Villa conduisait une armée de dizaines de milliers d'hommes et, dans le Morelos, les paysans armés de Zapata se lançaient dans une réforme agraire radicale. Fin 1914, les deux armées entrèrent dans Mexico, obligeant Carranza à s'enfuir. Villa et Zapata se firent photographier dans les fauteuils du gouvernement, mais retournèrent ensuite dans leurs fiefs respectifs. Leaders d'une révolution paysanne, ils ne se voyaient pas exercer le pouvoir à Mexico.
 
L'absence d'une direction politique ouvrière et paysanne
La majorité des dirigeants ouvriers ne cherchèrent pas à s'allier aux paysans, calculant qu'ils pourraient obtenir un statut privilégié en soutenant le général Obregón qui, derrière Carranza, allait être l'artisan de la reconquête du pouvoir par la bourgeoisie.    
Les paysans insurgés, privés d'alliés dans les villes, allaient rester isolés. Cela permit finalement au général Obregón d'en venir à bout.
Il succéda à Carranza à sa mort en 1920, reprenant certaines revendications paysannes, mais faisant assassiner Zapata et Villa.
Dans les années trente, le président Lazaro Cardenas concéda une vaste réforme agraire et nationalisa, avec indemnités, le secteur du pétrole sous contrôle étranger. Ce n'est qu'en 1992 que ses lointains successeurs mirent fin à la réforme agraire et privatisèrent l'industrie du pétrole.
Un siècle après la révolution de 1910-1911, la libération des ouvriers et des paysans du Mexique reste à accomplir, sous une direction politique qui ne soit pas celle d'un quelconque bourgeois ou d'un général démagogue.
 

Martinique : Collectivité Unique avec des pouvoirs limités…

Le mercredi 22 juin s’est tenue à l’Assemblée Nationale une séance de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la république française.
Il s’agissait pour les députés de Martinique et de Guyane d’avoir une première lecture des projets de loi, l’un organique, l’autre ordinaire, adoptés par le sénat le jeudi 12 mai dernier sur l’instauration de la Collectivité Unique.
La loi ordinaire instaure une Collectivité Territoriale Unique en Martinique et en Guyane dans le cadre de l’article 73. La loi organique des collectivités régies par l’article 73 de la constitution, est préparée par le gouvernement français et fixe les modalités de fonctionnement. Ainsi, les nouvelles collectivités peuvent obtenir de l’Hexagone, la possibilité d’adapter des lois et règlements par habilitation, ou encore de fixer elles-mêmes certaines règles relevant de la loi ou du règlement.
La lecture de ce projet de lois constitutionnelles par le rapporteur, Philippe Gosselin, a fait débat et a suscité des réactions parmi certains députés, notamment du député PPM et Président du Conseil Régional, Serge Letchimy
Tout d’abord le gouvernement a décidé l’installation de la Collectivité Unique en 2014 en même temps que les élections territoriales en France. S. Letchimy a manifesté sa satisfaction par la phrase : « il y a de très bonnes choses dans ces deux textes que nous voterons ».
Par contre le Président du Conseil Régional de la Martinique a manifesté son désaccord sur le nouveau pouvoir de substitution du préfet. Ce dernier aura pour mission d’intervenir, de rappeler en quelque sorte à l’ordre les élus locaux de cette nouvelle Collectivité, s’ils ne respectent pas cette fameuse loi organique. « Il y en a une -dit-il- qui est inacceptable, c’est l’incroyable article 9, qui sort d’un chapeau un pouvoir exorbitant du préfet…On veut faire brusquement reculer la Martinique et la Guyane de cinquante ans? Comment peut-on donner au préfet des pouvoirs exorbitants au moment même où l’on parle de libertés locales ? Cet article doit tout bonnement être supprimé » a-t-il déclaré.
Le rapporteur lui a tout de suite rétorqué : « Il ne s’agit nullement de stigmatiser les outre-mer. Le pouvoir de substitution du préfet n’est pas une nouveauté : il existe déjà depuis des décennies ».
Façon de dire au Président de région : « Vous croyez qu’on vous aurait donné tous les pouvoirs, vous rêvez ». Cette décision du gouvernement est évidemment politique. C’est pour mieux assurer et de défendre les intérêts des possédants capitalistes.
Ces élus locaux qu’ils soient de droite, de gauche ou indépendantistes qui font aujourd’hui mine de se rebeller, se sont toujours montrés respectueux des privilèges des riches et des exploiteurs. Alors leurs grandes déclarations avaient plus l’air d’être du cinéma !
 

Éducation : Les promesses « électorales » hypocrites de Sarkozy pour 2012

Fin juin, le président N. Sarkozy a annoncé qu’en 2012  il n’y aurait pas de fermetures de classes dans le primaire. Après plusieurs années de casse de l’école, avec 50 000 postes supprimés depuis 2007, on veut maintenant nous faire croire qu’après les élections présidentielles tout va s’arranger ! L’objectif de Sarkosy, président-candidat à sa succession, est clair : tenter de calmer la colère des parents d’élèves et des enseignants, qui vont faire face en septembre à 1500 fermetures de classes pour l’ensemble des académies.
Pourtant, le budget 2012 pour l’éducation est déjà prêt. Comme en 2011, il prévoit 16 000 suppressions de postes dans les écoles, collèges et lycées. Si les écoles primaires sont préservées au détriment du second degré, nous n’aurons rien gagné.
Mais l’hypocrisie de Sarkosy et de son gouvernement va encore plus loin : à la rentrée 2012, il y aura 11 000 professeurs des écoles qui partiront à la retraite, et seulement 3 000 nouveaux enseignants recrutés par concours. Faites le calcul, il manquera 8 000 professeurs. Ces gens là prennent la population pour  une bande d’imbéciles qui ne  savent même pas compter.
Bref, les parents d’élèves et les enseignants ne doivent pas se laisser endormir par les belles promesses du déjà candidat Sarkozy. Comme certains l’ont déjà compris, pour défendre l’école publique il faudra se mobiliser!
 
 

Haïti : Les promesses du président Martelly

En réponse aux travailleurs, djobeurs, pauvres, petites marchandes, paysans qui l’ont porté  à la présidence, Michel Martelly, dans son discoursd’investiture du 14 mai, a tracé les perspectives de sa présidence.         Aux pauvres, il sert les promesses avec les envolées lyriques: « Mon peuple, mon peuple haïtien, gens des rues, chômeurs, faites moi confiance, les choses vont réellement changer, commerçants, marchandes, ouvriers, les personnes sous les tentes, femmes du pays, les handicapés  je ne vous ai pas oubliés, vous savez que je suis fait pour vous, embarquez, levez-vous, Haïti vous attend… ».                                                     Mais il n’oublie pas aussi le bâton au cas où certains seraient pris de doute et contesteraient : «Mais, pour qu'il y ait du travail en Haïti, il faut qu'il y ait la sécurité dans le pays, la sécurité pour les personnes, pour nos biens, pour la production, pour les placements d'argent, pour les investisseurs, pour que les paysans puissent produire... Cela, je ne vais pas le négocier, si une personne vient mettre le désordre, créer l'instabilité pour que le pays ne puisse pas fonctionner, je regrette, la justice va agir contre ces gens là, la justice va agir comme il se doit… ».             Il ouvre la voie à ceux sur qui il compte s’appuyer : « Un Haïti où la classe moyenne va prospérer, parce que c'est la classe moyenne qui est le moteur économique d'un pays »…                                                                  Il rassure ceux pour qui il travaille, les riches et les possédants : « Il faut qu'il y ait le respect, pour que les investisseurs prennent confiance, viennent investir, construire, pour que nous puissions trouver le développement que je cherche, le développement que je cherche pour vous » …                                                                                                                     Et il dit à la bourgeoisie internationale de ne pas s’inquiéter : « Je demande à la Communauté Internationale, de me faire confiance, vous allez trouver un autre leadership, dans un bon partenariat, dans le respect des uns et des autres, avec bonne gouvernance, transparence et honnêteté. C'est un nouvel Haïti, ouvert aux affaires dès aujourd'hui. »    Le Premier ministre qu’il a choisi, Daniel Rouzier, est un grand importateur d’autos,  banquier de coopératives, connu dans la diaspora et la  bourgeoisie locale, le profil du bon serviteur de la bourgeoisie.                Avec ce début, les travailleurs peuvent commencer à se poser des questions et se préparer à défendre leurs intérêts.                               


Un livre à lire :

Le livre intitulé « L’insurrection de la Martinique 1870-1871 », écrit par G. Pago, historien, et aussi dirigeant du Groupe Révolution Socialiste, vient de paraître aux éditions Syllepse et se trouve désormais en librairie.
         Les évènements retracés ont pour point de départ l’affaire Lubin. Celle de Léopold Lubin, jeune noir, issu du milieu des « Noirs libres » (qui avaient pu racheter leur liberté avant l’abolition de 1848), cravaché violement par un officier de Marine, blanc, Augier de Maintenon, proche du milieu des anciens esclavagistes békés et ayant leur comportement arrogant et provocateur. Lubin n’arrivant pas à obtenir réparation de cet outrage auprès des tribunaux, décida de remettre au Blanc, arrogant, sa correction. Il sera arrêté sur le champ, puis jugé et condamné par la Cour d’assises de Fort de France à cinq années de bagnes à Cayenne assorties d’une très forte amende.
         Cette condamnation  révolta la population du Marin, où les faits se sont déroulés, mais aussi celle de Rivière-Pilote  et de Sainte Luce. Elle augmenta la grande tension sociale qui existait à l’époque en Martinique. Il y a l’exaspération des anciens esclaves qui continuent d’être, 30 ans après l’abolition de l’esclavage en mai 1848, sous les fers des anciens maîtres békés, celle des nouveaux «engagés» , «Coolies» ou «Congos» dont les conditions de vie sont très proches de l’esclavage. Il ya aussi l’exaspération des anciens «Noirs libres» qui ne voient toujours pas d’amélioration de leur situation sociale et au contraire subissent les vexations continues des anciens esclavagistes restés tout puissants.
         Le mouvement déclenché le 21 septembre 1870, jour de l’arrivée en Martinique du décret du 4 septembre proclamant la république en France, après la chute de second Empire et de Napoléon III, se transforma en insurrection.
         Parti de Rivière Pilote la révolte gagna plusieurs communes, du Marin au Vauclin, de Rivière Salée à Sainte Anne. Elle aura comme chefs,  Louis Telga, Eugène Lacaille, Lumina Sophie, pour ne citer que ceux restés célèbres. Pendant cinq jours, « la révolte qui se transforma en véritable insurrection entraîna les petits planteurs et les ouvriers agricoles journaliers, ceux qui ne sont pas attachés aux habitations » et aussi les travailleurs casés ». Les mauvais salaires, le désir de terre, la crainte d’un retour à l’esclavage, surtout depuis l’arrêté Gueydon du travail forcé, sont leurs principaux mobiles ». Les bandes d’insurgés,sillonnèrent les campagnes aux cris de « Mort aux Blancs », « Mort aux békés », « Vive la République », brulant sur leur passage les habitations des propriétaires békés qui s’enfuyaient.
         G. Pago explique aussi que la répression quisuivit cette grande peur infligée aux possédants, fut féroce : exécutions, condamnations à mort, déportations en Nouvelle Calédonie, lourdes condamnations pour des dizaines d’insurgés et de leurs proches. Les annales des procès ont fourni à l’auteur des documents intéressants sur le comportement et le fonctionnement des propriétaires békés, leur relation avec l’Etat et la volonté commune de vengeance affichée pendant plusieurs mois dans le milieu des possédants.
         S’appuyant sur de nombreux documents, listes et identités des accusés, auditions des témoins lors des procès, Gilbert Pago retrace avec précision les évènements de 1870 et 1871 qui ont été la première page du mouvement ouvrier de la Martinique et enrichit leur analyse.
         « L’insurrection de Martinique 1870 – 1871 », un livre que nous invitons nos lecteurs à lire.                                                                  

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