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Archives de CO/CO de l'année 2011/CO n° 1053 du 10 septembre 2011/Page 2

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Martinique : Education nationale : Mobilisation autour des lauréats affectés hors de Martinique.

Depuis fin juillet 2011 une petite agitation  existe dans l’Education en Martinique. En effet, certains lauréats de concours (Surveillants, enseignants, etc.) se sont vu imposer une affectation hors de l’académie de Martinique (Rouen, Orléans, Créteil, Bordeaux, etc.) alors qu’ils n’avaient jamais fait ces vœux.
 
Les stagiaires concernés ont sollicité des syndicats d’enseignants pour qu’ils interviennent et obtiennent leur maintien en Martinique, d’autant qu’ils n’ont aucune garantie à la fin du stage de pouvoir être titularisés en Martinique.
 
Le Rectorat justifie cette décision d’affectation hors de Martinique par le fait qu’il n’existerait pas de moyens, même provisoires, pour employer ces collègues. Mais il ne dit pas que cette situation est la conséquence directe des dizaines de suppressions de postes réalisées dans cette académie ces dernières années, et notamment les 234 survenues au titre de l’année 2011. De surcroit, le Rectorat dit avoir été surpris par le nombre de candidats admis. En fait, il avait prévu au plus juste et voudraità tout prix déverser le surplus dans certaines académies, à des milliers de kms de Martinique.
 
Une autre raison qui pousse le Recteur à ne pas vouloir les garder, et certainement même la principale, est d’ordre financier : de l’aveu même d’un responsable de cette administration, le «coût» d’un stagiaire est évalué à 70 000 euros ! Multipliez ce chiffre par 14, et on a tout de suite l’explication de l’obstination de l’administration.
 
Lors d’une réunion de rentrée le 29 août dernier, le Recteur a multiplié les pirouettes pour faire passer la pilule, avec des soi-disant mesures d’accompagnement pour faciliter le départ et l’installation des professeurs concernés.
 
Pour la plupart des syndicats présents, le résultat est négatif. Deux d’entre eux, l’UNSA et le SMPE-CGTM, ont appelé dans un communiqué leurs collègues à réagir dès la rentrée pour «mettre en échec» une telle politique. Avec les autres syndicats enseignants, ils ont également interpellé dans une lettre ouverte des élus mais aussi collègues de l’Education Nationale, notamment ceux aspirant à rester ou à devenir sénateurs !
 
Ce dossier des stagiaires de l’Education nationale affectés hors de Martinique n’est qu’une illustration supplémentaire de la politique de restrictions budgétaires mise en place par les gouvernants.
                                                                                              

Le gouvernement prévoit de faire les poches aux plus pauvres.

Zoom Pour tenter de calmer les appétits des marchés financiers le gouvernement Fillon a l’intention de mettre en place un plan d’austérité. C’est d’ailleurs la recette, (ou le traitement de cheval), préconisé par les chefs d’Etats français et allemand à tous les autres chefs d’Etat européens. Le détail des mesures n’est pas encore connu, mais on sait qu’il s’agit de trouver autour de douze milliards d’euros d’économies supplémentaires. On sait aussi que c’est à la population laborieuse que ces gouvernants vont demander l’essentiel des sacrifices même s’ils prennent une mesure symbolique pour taxer les plus riches.
 
Aujourd’hui, ils font mine de s’appuyer sur un rapport piloté par l’Inspection des Finances et rendu public le 29 août sur l’évaluation de l’efficacité des niches fiscales et sociales  -500 niches, représentant 100 milliards d'euros- pour trancher dans les dépenses budgétaires. Ainsi, on a déjà entendu certains représentants du patronat aux Antilles comme en France, monter au créneau contre la suppression éventuelle de privilèges concernant  les investissements des plus riches en Outremer régulièrement épinglées par ce type de rapport.
 
Mais on n’a pas entendu les mêmes réactions  face aux menaces qui concerneraient  certaines mesures présentées comme des « niches sociales » et qui, selon le fameux rapport de l’Inspection des Finances ne seraient pas suffisamment efficaces.
 
Quelques exemples ont été jetés en pâture par les services de communication du gouvernement et font encore débat en cette période pré-électorale.
 
Il y a la suppression de l’exonération des cotisations sociales sur les tickets restaurant, sur les chèques vacances, sur l’intéressement, sur certaines indemnités et même sur les pensions et retraites. Fillon a annoncé une augmentation déguisée de la CSG (contribution sociale généralisée) en réduisant à 2% l'abattement  forfaitaire pour frais professionnels (3 % jusqu’ici)  sur le paiement de la CSG. La CSG, impôt  prévu pour le financement de l’Assurance Maladie, les prestations familiales et le fonds de solidarité Vieillesse, sera donc payé sur 98% et non plus sur 97% de la totalité des revenus. Cette mesure concernera tous les salariés et rapportera à l’Etat 550 millions d’Euros soit nettement plus que la taxe sur les super riches qui elle, ne devrait rapporter que 200 millions.

Martinique : Insurrection du Sud de 1870-1871. Première page des luttes ouvrières

Il y a 141 ans, en septembre 1870, dans le sud de la Martinique, les classes exploitées, les ouvriers d’usines, des plantations, les paysans pauvres, et aussi le petit peuple des bourgs mulâtres et noirs, paysans et propriétaires terriens se soulevèrent contre la caste dominante des békés.
 
Un bref rappel : 22 ans plus tôt, éclatait la révolution de février 1848 en France. Pour la première fois, les ouvriers de Paris se sont armés contre la bourgeoisie pour défendre leurs droits. La 2 République fut proclamée, un gouvernement provisoire mis en place, et le 27 avril un décret pour l’abolition de l’esclavage dans les colonies est proclamé.
 
Les esclaves, les mulâtres de Martinique apprirent la nouvelle, mais ne voyant rien venir, ni acte ni application, ils ont imposé par leur force le 22 mai 1848 l’abolition de l’esclavage.
 
Dans ce décret du 27 avril d’autres actes figuraient : l’accession à la citoyenneté, à la généralisation de l’instruction scolaire primaire, à l’octroi du suffrage universel masculin. Les anciens  hommes de couleur libres  le savaient. Mais leur espoir fut déçu par l’avènement de la République réactionnaire de Cavaignac, ensuite par celle de Louis-Napoléon Bonaparte puis du second empire de Napoléon III.
 
Le prolétariat, dans l’agriculture mais aussi dans les bourgs, est constitué par les anciens esclaves mais aussi par les nouveaux engagés, principalement des coolies, immigrants d’Inde, et des Africains, les Congos. Pour ces gens, les conditions de vie et de travail restèrent très proches de l’esclavage. Et tous ceux qui faisaient partie du cercle des békés racistes et nostalgiques de l’esclavage, et mêmes des mulâtres républicains se sentaient tout permis. Les méthodes les plus barbares étaient utilisées par les anciens maîtres békés pour contraindre les anciens esclaves à accepter les plus durs labeurs : mise en place du livret de travail, impôt personnel d’une valeur de cinq jours contrôlé par la présentation d’un passeport, système des amendes et ouverture des ateliers de discipline. A cela  s’ajouta la situation en France. Avec le déclenchement en septembre 1870 de la guerre entre la France et l’Allemagne, les marchandises de première nécessité se firent rares.
 
C’est dans ce climat insupportable et explosif que s’est déroulé un autre évènement. Le 19 février 1870, sur la route impériale reliant Rivière-Pilote au Marin,  Augier de Maintenon, un blanc raciste fraichement arrivé d’Europe, aide commissaire de la Marine et chef de service au bourg du Marin, en compagnie de son ami Pelet de Lautret, ancien officier militaire et maire du Marin, tous deux à cheval, voulurent imposer leur loi à un nègre.